ico Société Les Roms et leur quête

29 avril 2015 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Yves Leresche est un photographe de talent, mais surtout un humaniste qui a de la persévérance. Il a ainsi passé vingt-cinq ans de sa vie à suivre, photographier et comprendre les Roms.
Nous les côtoyons chaque jour sans vraiment les voir, zombies assis sur le trottoir, quelques gobelets empilés devant eux. La nuit, ils regagnent d’improbables logements – parkings, voitures, tentes de plastique dans les forêts, abri précaire de l’arche d’un pont… Souvent, ils sont délogés par une police relativement pateline, mais le règlement, c’est le règlement, on ne dort pas sur un parking ! Les photos d’Yves Leresche, souvent nocturnes, témoignent de l’extrême précarité de ces gens, qui pourtant ne réclament et ne revendiquent rien.
Lorsqu’ils ont accumulé un peu d’argent – durement gagné, quand on y pense – ils repartent pour leur petit village en Roumanie, rajoutent quelques éléments à la maison qu’ils espèrent finir de construire un jour. Ainsi les Roms ne sont ni des gens du voyage ni des nomades. Entre eux, ils parlent une langue étrange, le Romanès ou Romani, issu du sanskrit et qui ressemble au hindi des Indiens. Les Roms sont des sortes de pendulaires, qui font la navette entre les trottoirs et les couloirs de métro d’Europe, et le petit paradis qu’ils rêvent pour leur famille. D’où le sous-titre du livre magnifique d’Yves Leresche qui vient de paraître, en parallèle avec une belle exposition de photos géantes éclatée en plusieurs lieux à Lausanne: «Roms, la quête infatigable du paradis».*
La force de la démarche d’Yves Leresche, c’est à la fois son empathie et sa distance. Il ne cherche pas à nous culpabiliser, ou à nous convaincre de quoi que ce soit. Il veut seulement nous ouvrir les portes d’un monde à nos yeux opaque et mystérieux, difficile d’accès en effet, nous montrer comment vivent ces Roms que nous voyons tous les jours, leur résilience inimaginable face à la dureté de leur existence, mais aussi à celle des regards parfois portés sur eux. Grâce au travail du photographe, ces Roms ont désormais un nom, une provenance, des lieux familiers, là-bas et ici, un art de vivre fortement centré sur les valeurs familiales. Ils sont orthodoxes, ou évangéliques. Ils ne se mêlent guère de ce qui se passe dans les pays où ils séjournent, ne pensent qu’à rentrer au pays avec un peu d’argent.
On sent la vraie confiance qui s’est établie au fil des ans entre le photographe, réservé et discret, et ses personnages, certains truculents, comme le colosse Florin, d’autres si émouvants par leur courage à supporter un lourd handicap, comme Stela; ou ces femmes rayonnantes, comme Rosalina, et ces jeunes, comme Daniel, aujourd’hui scolarisé à Lausanne. Dans le livre et dans l’exposition, on découvre à la fois leur quotidien dans nos rues, et dans leurs villages, si proches et si lointains, tant ils sont démunis de tout. Mais c’est leurs villages !
A mieux connaître ces vrais inconnus, le regard change. Et on réalise alors que tel vieil homme ou telle jeune femme, qui nous disent bonjour tous les matins, sont là depuis des années; en somme, on se connaît ! On pourrait même, à l’occasion, demander des nouvelles…

*Infolio, 256 pages.

Exposition à Lausanne, Forum et Combles de l’Hôtel de Ville, place de la Palud 2. Jusqu’au 23 mai 2015.

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Commentaire de M.Chappuis le 29 avril 2015 à 23:58

En effet ils sont et ont l’air très sympathiques et aussi pacifiques, à part quand ils “visitent” votre appartement pendant votre absence :)

Commentaire de Marie-France Oberson le 30 avril 2015 à 12:16

“Ils ne se mêlent guère de ce qui se passe dans les pays où ils séjournent”,

Appelons un chat, un chat : une communauté fermée, vivant encore comme au Moyen Age… certes en employant des moyens modernes mis à leur disposition grâce au travail et à l’esprit inventif de gens “autres qu’eux”
Je n’ai rien contre ce genre de vie ,c’est chouette de vivre libre sans contraintes des lois du monde qui n’est pas le nôtre, ça me plairait assez , mais justement,je ne comprends guère pourquoi si moi et les miens cherchons à vivre “entre nous”,repliés sur notre communauté sans nous soucier du reste du monde,mais exigeant de lui qu’il se mette à notre disposition pour nous permettre de vivre autrement que lui , les mêmes qui se pâment d’admiration sur l’esprit de liberté , d’indépendance, de volonté du maintien et de la transmission de traditions ancestrales des Roms -.ou des Touaregs ou autres peuples “exotiques” , viennent nous sermonner sur notre “replis sur soi”, nous faisant remarquer vertement d’un ton accusateur et moqueur que le monde a changé et qu’il faut nous adapter , nous ouvrir au monde, nous métisser et j’en passe et des meilleures Et d’ailleurs les lois, les règlements sont là qui nous y obligent …. même si nous essayons de résister, nous serons disqualifiés, mis à ban…

Commentaire de Jacky Brouze le 30 avril 2015 à 13:04

Vous tombez dans l’angélisme Monsieur Barraud.
Certes ces gens – tous les gens – sont a priori respectables. Ce qui pose problème, c’est leur comportement. Ils viennent chez nous comme des parasites, en exploitant notre pitié et/ou en cambriolant nos domiciles.
Leur existence de consommateurs de richesses ne peut perdurer que parce que d’autres font l’effort de produire des richesses.
(D’autre part, côté “pacifiste”, j’ai vécu quelques contre-exemples que j’évite cependant de généraliser)

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 30 avril 2015 à 13:06

Dans la région de Montpellier, par crainte franco-française de “stigmatiser” les Roms, on les appelle désormais ” les estivants”.
Ni la délinquance (qu’il est aujourd’hui plus convenable d’appeler “micro délinquance”), ni le parasitage du domaine public (du domaine agricole privé, aussi, de plus en plus, comme en Suisse) et ni la production de déchets dits sauvages n’ ont bien sûr pas diminués…

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Sic transit…

Le télétravail, rêve fracassé

Il y a une vingtaine d’années, les futurologues nous assuraient que grâce à l’internet, la plupart des gens travailleraient à domicile. Mal vu ! Le nombre des pendulaires a explosé et, selon les CFF, il va doubler. Voilà qui confirme que les futurologues ont toujours tort.
C’est rassurant…


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