PHILIPPE BARRAUD
Les réseaux sociaux contribuent davantage à l’isolement social et au repli sur soi qu’à l’épanouissement. Ils tissent autour de nous des barrières suaves qui encouragent l’individualisme et le non-engagement.
Les réseaux sociaux, toutes espèces confondues, suscitent un engouement populaire et médiatique considérable. Ils font même l’objet d’une approche dévote et parfois sectaire – il faut en être ou pas, et ne pas les critiquer, sauf à passer pour un pithécanthrope ou un anti-social: toujours cette absence de recul à l’égard des nouvelles technologies…
Or, à observer les gens qui nous entourent, on n’a pas vraiment l’impression que ces outils renforcent les liens sociaux; c’est même plutôt le contraire: ils favorisent manifestement l’isolement de l’individu. Celui-ci se replie bien au chaud dans une bulle technique et informatique, une bulle qu’il croit habitée par de nombreuses autres personnes mais où, en réalité, il est résolument seul.
Nous avons tous, une fois ou l’autre, subi le désagrément de déjeuner avec quelqu’un qui commence par poser son smartphone sur la table, et interrompt la conversation toutes les deux minutes pour explorer ses innombrables messageries. Ce comportement, très répandu hélas, conduit à un double isolement, puisque d’une part vous n’irez plus déjeuner avec cette personne mal élevée, et celle-ci, d’autre part, s’enfoncera toujours plus dans son monde virtuel, aveuglée par l’illusion d’être connectée en permanence, alors qu’en réalité elle aura perdu un ami, un vrai, de chair et de sang.
Les réseaux sociaux, à la fois séduisants et tyranniques (comment ne pas en être?), ne sont pas nos amis, comme on pourrait le croire. Ce sont juste de nouveaux moyens de pomper nos données personnelles, et de nous vendre aux annonceurs publicitaires, en nous offrant un su-sucre au passage. Plus grave, en nous offrant la possibilité d’avoir des centaines d’«amis», ils nous dispensent de l’effort de forger de vraies amitiés. Pas besoin de s’engager, de se donner de la peine, de se déplacer, d’affronter des divergences ou des crises: on surfe d’un ami à un autre, sans se mouiller, on pose des informations et des commentaires anodins, on clique sur «j’aime» ou «je n’aime pas», ce qui représente bien le degré zéro de la communication: même pas besoin d’argumenter, je prends ou je jette!
On doit s’interroger sur cette culture de l’anodin, de la communication sans importance, voire sans objet, lorsque la possibilité de communication devient sa propre finalité. Je n’ai rien à dire, mais je le dis à la Terre entière, formidable progrès! Qui va lire ce fatras, ces milliards de téraoctets balancés dans l’espace chaque jour? Probablement personne. Et cela n’a pas d’importance: l’illusion d’être relié au monde entier se suffit à elle-même, et comble pour un moment l’addiction du réseauteur.
Car c’est bien d’addiction qu’il faut parler: chaque jour, nous sommes accablés de messages nous signalant que tel ou tel a ajouté quelque chose sur tel réseau social, et on constate vite que ce sont toujours les mêmes personnes, qui ne peuvent plus passer une heure sans aller pianoter de dérisoires messages à la planète.
C’est peut-être une évolution inévitable dans une société trop urbanisée et surpeuplée: il faut trouver les moyens de s’extraire de cette pression, de cette omniprésence des gens. Réinventer une façon d’être présent le moins possible, devenir une personne qui n’est pas là. Observez un quai de gare aux heures de pointe: à part quelques bobets dans mon genre qui observent les oiseaux ou lisent un livre, le plus grand nombre est penché sur un écran, isolé dans sa bulle, souvent renforcée d’une deuxième couche étanche, sous la forme d’un casque sur la tête: là, la porte est vraiment fermée, il est exclu de communiquer avec qui que ce soit – pour de vrai, s’entend. Le message est clair: “F… moi la paix, je ne suis pas là”. Ainsi va la vie dans la société moderne: à la campagne on se dit bonjour, à la ville, on s’évite.
On a là un formidable malentendu: les réseaux sociaux, supposés nous rapprocher, sont en réalité une redoutable machine à détruire le lien social. Puisque je suis bien au chaud dans ma bulle virtuelle, dans mon autisme social, pourquoi irai-je encore me frotter au monde dans des associations, des groupes, des clubs et autres chorales?
Le soutien de l’UDC au référendum contre la vignette à 100 francs suscite quelque colère dans le canton de Vaud. On laisse entendre en effet que le succès du référendum devant le peuple compromettrait le financement du contournement autoroutier de Morges.
Sachant l’impact dévastateur de ce projet sur une région encore relativement préservée, comme le montre cette vidéo effarante, on se dit que la vignette à 50 francs a du bon !
Pour les épargnants européens, le moment est peut-être venu de vider leur compte-épargne, d’acheter une maison, un cheval, ou de prendre une retraite largement anticipée. Bref, mieux vaut tout dépenser avant la Grande Confiscation. Selon le patron d’UniCredit, l’une des grandes banques italiennes, cité par Le Temps, il est “acceptable de confisquer les comptes d’épargne pour sauver les banques pour autant qu’il s’agisse d’une solution européenne commune.”
Quand on vous disait que le précédent de Chypre allait faire des petits! Les Suisses sont-ils à l’abri? Bien sûr que non, puisque notre gouvernement veut tout faire comme les Européens.
Excellent article, un peu simplificateur comme il se doit pour poser un constat.
Derrière chaque utilisateur il y a une personne (en principe, pour l’instant du moins).
Il faut aussi être conscients que les réseaux sociaux sous leur forme actuelle (Facebook y compris) vont disparaître tôt ou tard, et être complètement remplacés par autre chose, tout comme les réseaux sociaux ont remplacé l’email des “vieux” chez la nouvelle génération.
Mais par quoi vont-ils être remplacés ?
Quelqu’un a-t-il une idée de remplacement plus “humaine” ?