ico Société Les jeunes ne sont pas une race à part

6 février 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Comme beaucoup de Romands, j’écoute La Première dès l’aube, et périodiquement je m’énerve des crises de jeunisme béat que pique parfois cette chaîne écoutée majoritairement par des gens, disons, plus tout à fait jeunes.

Cette semaine, on nous fait entendre des jeunes de 20 ans à peu près, qui ne connaissent pas grand chose du passé récent et ne nous disent pas des choses bouleversantes. C’est normal: à leur âge, nous aurions été tout aussi ennuyeux et gnangnan, parce que nos intérêts aussi étaient assez futiles… Après quoi on tombe sur la rubrique MP3, qui nous assène les goûts musicaux adolescents et pauvres d’un “p’tit jeune” qui parle comme les footballeurs, en tutoyant le journaliste. De guerre lasse, on file sur France-Inter ou France-Musique, laissant La Première a sa dévotion jeuniste.

Car il y a dans la démarche un réel problème. Plus que jamais, on veut enfermer ce qu’on appelle la génération Z dans les catégories bien précises que leurs aînés veulent leur voir occuper. On leur serine donc qu’ils sont des digital natives, une génération “du numérique, du digital et des écrans”, qu’ils vivent dans un monde virtuel, qu’ils parlent un langage que les vieux ne comprennent pas, qu’ils ont des valeurs différentes de leurs aînés, à savoir qu’ils ne cherchent pas fébrilement à travailler comme leurs parents, mais qu’ils voudraient vivre une vie cool. A force de se l’entendre répéter, les jeunes finissent par croire que c’est vrai, et disent dès lors: “Ma génération pense que, ma génération va faire ceci et cela…” Et l’erreur des adultes, c’est de ne pas se permettre la moindre contradiction, la moindre critique, la moindre provocation devant des sottises affirmées avec aplomb.

Cette manie de la classification des personnes n’est pas nouvelle, mais ce n’est pas une raison pour y céder. Les jeunes ne sont pas une race un un groupe social à part, Dieu merci. Il y en a qui aiment la nature plutôt que les écrans; il y en a qui fuient les réseaux sociaux; il y en a qui cultivent la musique classique plutôt que la soupe américaine dont d’autres se farcissent les oreilles; il y en a qui lisent des livres autres que ceux que le marché leur impose, etc… Bref, les jeunes ne sont pas une race à part, ils n’ont pas non plus la science infuse, et partant les personnes plus âgées – tels les journalistes de La Première – devraient les aider à faire leur place et à accroître leurs connaissances, quitte à les contredire, plutôt que s’ébaubir bêtement de niaiseries post-adolescentes. En cela, on montrerait aux jeunes qu’on les prend vraiment au sérieux – ce qui leur importe énormément !

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Commentaire de philippe lerch le 19 février 2018 à 20:01

“… les journalistes de La Première – devraient les aider à faire leur place et à accroître leurs connaissances ”

voeux pieux M. Barraud: il est à craindre que l’ensemble des journalistes du service public ne soient, mentalement, plus en état de mesurer le décalage entre leur propos et les réalités.

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