L’épilogue proclamé de l’”affaire Windisch” laisse un goût amer. C’est un nouveau recul de la liberté d’expression. Heureusement, d’autres signes donnent à espérer.
Uli Windisch, professeur de sociologie à l’Université de Genève, ne devra plus utiliser son titre lorsqu’il signe des articles polémiques dans la presse. C’est une sorte de punition molle, une sanction ad personam puisque, sauf erreur, elle est sans précédent dans l’histoire de l’institution genevoise.
Mais c’est surtout une mesure absurde. Par définition, une personne qui s’exprime publiquement le fait es qualité, et c’est en général pour cela qu’elle est appelée à le faire par les rédactions. Même Jean Ziegler serait d’accord avec cela! Imagine-t-on une chronique dans la presse de Micheline Calmy-Rey, qu’elle signerait en tant que simple citoyenne, en faisant abstraction de sa qualité de conseillère fédérale? Ce serait un brouillage de pistes hypocrite et manipulateur, et les lecteurs n’y comprendraient rien.
Mais bon: Uli Windisch a échappé à l’interdiction professionnelle réclamée par la présidence du Parti socialiste, c’est l’essentiel. La question maintenant est de savoir si le bouillant sociologue aura le droit de critiquer la gauche à l’avenir, puisque c’est semble-t-il interdit. Nul doute qu’il le prendra…
En tout cas, il faut se réjouir d’une chose: les opinions émises par Uli Windisch et d’autres auteurs opposés à la pensée unique, en particulier dans les colonnes du Nouvelliste, commencent à porter leurs fruits, dans la mesure où elles émeuvent l’establishment intellectuel car elles sont devenues incontournables. A tel point qu’il ne peut plus, désormais, les passer sous silence, cette efficace censure des gens de pouvoir (politique ou médiatique) à l’égard de ceux qui les dérangent.
C’est ainsi que, le 6 juillet, sur La Première, ces esprits indépendants ont été violemment pris à partie par un chroniqueur de la RSR, manifestement davantage adepte de la tendance Bourdieu que de la tendance Windisch. Qui leur reproche de ne rien apporter au débat, mais “d’occuper le terrain, dans l’espace démesuré que leur offrent des médias en quête de renouvellement”. Tout en leur niant avec arrogance toute compétence pour analyser la marche du monde, car ils seraient dépourvus de la “conscience critique, des compétences techniques et des convictions éthiques” indispensable à cet effet. On est à la limite de l’injure.
Cette opinion du journaliste Olivier Schorderet, qui a bénéficié de l’espace démesuré offert par la radio de service public, montre bien à quel point les vestales du néo-conformisme ne supportent pas les idées contraires. Plus grave, elle montre qu’au fond, ils n’aiment pas le débat démocratique, puisqu’il permet aux idées non-conformes de s’exprimer et de toucher un large public, par ailleurs bien trop sensible à ces convictions odieusement conservatrices!
Peut-on impunément insulter et blesser les femmes de Suisse romande, un lundi matin aux petites heures, sous prétexte de faire de l’humour ? M. Pascal Bernheim, chroniqueur sur La Première, s’est acharné avec une incroyable grossièreté, ce 8 février, sur Brigitte Bardot, en s’en prenant non pas à ses idées ou à son discours, mais à son âge, à sa peau défraîchie, au désir qu’elle ne suscite plus. On peut parier que les auditrices de La Première qui n’ont plus vingt ont pris ces insultes immondes en pleine figure.
Ce petit monsieur n’est pas porté sur les femmes, c’est son problème. De là à les insulter collectivement sur les ondes du service public, il y a un pas qu’il ne fallait pas franchir. Si elle a un brin de respect d’elle-même et de ses auditeurs, La Première doit virer séance tenante cet humoriste dépourvu non seulement d’humour, mais de l’élémentaire respect de l’autre sans quoi la vie en société n’est plus possible.
Ce qui serait épatant, c’est qu’il y ait un conseiller en communication francophone au département de Mme Widmer-Schlumpf. L’entendre sans cesse parler de dates lorsqu’elle veut dire données est exaspérant, et malheureusement les journalistes de radio ne se donnent pas la peine de rectifier.
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« L’espace démesuré que leur offrent des médias en mal de renouvèlement renforce l’arrogance de ces invités permanents à la table de l’actualité… »
C’est somme toute assez cocasse comme observation.
Il semble évident que ledit chroniqueur n’écoute pas la RSR le matin, car justement, en terme “d’invités permanents à la table de l’actualité ” la Première ne soit pas en reste.
Sacré Olivier va! Encore un arroseur détrempé…
Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est que les “systémistes” (bien-pensance et esprits libéraux confondus) ont sorti la grosse artillerie contre l’estimable professeur Windisch, qui, bien que faisant entendre un son sensiblement différent de la moraline de centre-gauche imposée partout, reste néanmoins un aimable républicain, pour qui les valeurs abstraites priment sur les apparentemments concrets (donc quelqu’un qui ne conteste pas fondamentalement le système, mais seulement ses excès).
Que se serait-il passé si le système médiatique avait ouvert ses colonnes au professeur Eric Werner (1) ? En effet, si un Windisch finit au pilori, que resterait-il alors comme châtiment pour un Werner ? Le bûcher médiatique, le pal social…. ?
(1) c’est juste une hypothèse pour la démonstration, nous savons tous que les média mainstream ne laissent jamais la moindre place à l’expression d’une dissidence réelle.
Si j’apprécie hautement la clairvoyance de M. Barraud en matière de presse, voir son billet d’hier à ce sujet, je dois dire que présenter le discours que M. Windisch – invité régulièrement au Grand 8 de la RSR – répète en boucle depuis 20 ans, avec pour leitmotiv repris dans la pensée dominante actuelle que la gauche serait angélique, comme un discours novateur qui aurait de la peine à se défaire du joug d’un conformisme de gauche à la mode, me laisse pantois…. Dans le genre en retard de 10 ans au minimum, on fait pas mieux! Pour un commentaire de Schorderet, combien d’âneries et de contrevérités procédant d’un conformisme de droite? Essayez un décompte objectif, vous verrez que la situation a largement évolué, comme le discours de Windischm justement, qui s’est radicalisé, car sa force réside entièrement dans sa provocation. Et fatalement, il doit la pousser toujours plus loin pour exister….