Le thermomètre qui brinquebale dans la bise, contre le mur de l’alpage, affiche -18°C. Pourtant, on a plutôt un peu trop chaud lorsqu’on arrive: la montée au Vuipay, balisée par des… caquelons en bois, n’est pas très longue, mais assez soutenue. Aux périodes de pleine lune, la salle est bondée tous les soirs. Mais qu’est-ce qui pousse tant de gens à quitter le chaud confort de la maison, après le travail, pour s’en aller, raquettes aux pieds, grimper dans les alpages?
C’est bien simple: c’est la magie du clair de lune, qui se pose sur les montagnes enneigées, entre les arbres de la forêt, sur ce monde si familier, et pourtant si différent sous cette lumière bleutée aux ombres dures. La nuit, la nature est encore plus silencieuse que le jour: lorsqu’on s’arrête, lorsqu’on fait taire le fracas des raquettes ou des skis, un silence parfait se pose sur le monde, tout paraît arrêté, comme figé par le froid sidéral. Seules quelques traces d’animaux, entre les troncs immobiles, témoignent de la vie discrète qui persiste ici.
Le contraste entre le froid et la bise mordante, et la chaleur de l’alpage, est délicieux – même si les lunettes se couvrent de buée, même si les doigts gelés infligent une douloureuse débattue. Car, et c’est bien une des raisons du succès de ces auberges d’altitude, on sait qu’on y trouvera des nourritures roboratives et peu diététiques, amplement méritées par la montée dans le froid. Je me dois de mentionner à ce sujet le macaroni à la crème, un des chefs-d’œuvres du terroir fribourgeois: préparé avec du gruyère vieux, crémeux juste ce qu’il faut, il révèle des goûts explosifs, corsés à souhait, – certes, ce n’est pas un plat de mijaurée! On l’arrose d’une dôle de Savièse, et tout est bien. D’autant qu’il se couronne quasi obligatoirement, au dessert, par une meringue disparaissant sous une généreuse louche de crème double (pour le prix d’un café en plaine!), une douceur onctueuse qui devrait être inscrite au patrimoine de l’humanité.
C’est dire qu’on ressort dans le froid en ayant très chaud au cœur et au corps. Et on replonge dans l’étrange lumière de la lune, éblouissante là-haut. Elle vole la vedette aux brillantes étoiles d’Orion, le grand chasseur hivernal, qui s’en trouvent estompées. Le chien Sirius, qui court derrière, s’en sort un peu mieux, tant il est lumineux. A l’Ouest, la très brillante Vénus s’est couchée, tandis que Jupiter et sa guirlande de satellites lui courent après. A l’Est, Mars se lève, un peu menaçante avec sa clarté orangée – voilà des millénaires que les hommes la considèrent avec méfiance, sûrs qu’elle annonce quelque malheur, ou la guerre…
On rejoint la forêt, le sentier serpente entre les arbres. Les gigantesques sapins pointus, recouverts d’une épaisse couche de neige, s’en trouvent amincis, comme de grands parapluies fermés. Entre leurs ombres, la lumière lunaire fait des taches vives.
On remontera à une prochaine lune, pour sûr!
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Vos “digressions” poétiques sont rares mais à chaque fois elles me transportent!
J’ai lu avec délectation; ça “revitalise” le site, bravo (mais … où sont passés les interminables commentaires habituels?!!)
Une preuve de plus contre le Cassis de Dijon, rien ne vaut la proximité, et la qualité des produits, le travail des restaurateurs et …l’endurance des randonneurs,
M. Ansermet a raison, il n’y a pas autant de commentaires que sur le s autres sujets.. Peut-être parce qu’il n’y a pas à en faire…juste à ce délecter en silence de la poésie et du bonheur qui se dégagent de ce texte…