ico Société Les abeilles peuvent respirer. Un peu…

1 mai 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

L’interdiction des néonicotinoïdes – même en Suisse ! – est une excellente chose, voire une divine surprise, tant les tergiversations grotesques de l’Union européenne sur le glyphosate laissaient peu d’espoir. Heureusement, la pression populaire européenne a été si énorme que toute autre décision était impossible. Pour autant, gardons-nous de penser que les abeilles sont sauvées !

D’abord parce que ces produits extrêmement toxiques seront encore utilisés cette année, et que certains agriculteurs pourraient bien jouer les prolongations l’an prochain pour écouler leurs stocks. Ensuite parce que si trois produits sont interdits, d’autres restent autorisés, des centaines d’autres, comme en atteste l’analyse des rivières et des lacs, qui entraînent eux aussi la disparition des insectes, et parallèlement des oiseaux.

L’hiver qui vient de finir a vu nombres d’apiculteurs, en Suisse et en France, déplorer des pertes de colonies exceptionnellement importantes, et les plus chevronnés n’étaient pas les moins touchés. Or, cet hiver n’a pas été particulièrement froid, certes assez long, et les colonies mortes avaient encore de grosses provisions de nourriture. Alors ? Alors nous avons un affaiblissement général des colonies d’abeilles, à quoi concourent plusieurs phénomènes, tels que le bien nommé parasite varroa destructor, la disparition de la flore sauvage remplacée par des cultures intensives abondamment traitées, et une sensibilité accrue aux maladies et aux troubles de l’orientation, due en bonne partie aux pesticides.

Le génial apiculteur qui, au début du 20e siècle, sauva l’apiculture britannique, le Frère Adam, responsable du rucher de l’Abbaye de Buckfast, parle de colonies de 100’000 individus et davantage, et de récoltes dépassant les 100 kilos par ruche ! On en est loin aujourd’hui. Les colonies n’atteignent plus jamais cette taille, et sont du coup moins aguerries pour affronter un hiver prolongé.

L’interdiction de certains néonicotinoïdes est néanmoins une bonne chose. Mais il faut savoir que l’industrie, comme l’Allemand Bayer et le Chinois Syngenta, travaillent à produire d’autres substances, et rapidement, car cette industrie tire d’énormes profits des semences enrobées destinées à des agriculteurs captifs dans le monde entier. Elle voudront donc sauver cette juteuse filière, et ce ne sera pas par la biodynamie…

On peut néanmoins regretter que la Suisse ait préféré attendre une décision de l’UE, plutôt que de prendre les devants. Mais certes: vous n’imaginez tout de même pas notre ministre de l’agriculture défendre les abeilles contre la grande industrie…

NOTE:  Pour ceux qui s’intéressent aux abeilles, signalons le formidable roman de Maja Lunde: Une histoire des abeilles, aux Presses de la Cité. Ce roman déroule trois histoires parallèles, au 19e siècle, aujourd’hui, et vers 2060 en Chine, après l’effondrement de la biodiversité. Passionnant.

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