ico Société Le véganisme, une mode contre-nature

3 septembre 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Les téléspectateurs romands ont pu découvrir, non sans effarement, le discours sectaire de Mme Andonia Dimitrievic, grand’prêtresse romande du véganisme. Il est regrettable que les médias, toujours à l’affût des dernières tendances, y laissent tout esprit critique.

Le véganisme est effectivement furieusement tendance, et donc fascinant, puisqu’il s’agit d’un mouvement encore plus radical que celui des paisibles végétariens, des anti-gluten et des anti-lactose de convenance. Pour autant, avant d’en faire éhontément la promotion – vite, parlons du dernier bar végane ! – les médias devraient prendre un peu de recul. Malheureusement, les jeunes journalistes ont manifestement été peu formés à l’esprit critique, et font facilement preuve d’une agaçante complaisance.

On l’a dit, le problème avec les véganes, c’est leur radicalité. Comme ils ne font pas de concessions ni d’exceptions, ou rarement, on les invite de moins en moins car c’est franchement compliqué. Ils se retrouvent dont entre eux, comme dans la première secte venue, mais ne se privent pas de faire un prosélytisme pesant auprès de ceux qui ne communient pas avec les mêmes valeurs – ou qui aiment bien manger.

Il y a beaucoup de raisons de critiquer le véganisme. Il y a d’abord son extravagante prétention à vouloir changer la nature profonde de l’être humain: il est omnivore, et donc carnivore, comme l’ours et le cochon, depuis un bon million d’années. Et voici que des bobos urbains, nés de la surabondance de nourriture qui caractérise nos sociétés, prétendent changer tout cela !

Une deuxième raison de critiquer le véganisme, c’est son indifférence aux questions écologiques. La surexploitation des terres au Brésil par exemple, ou celle des travailleurs agricoles, qui leur fournissent le soja dont ils se nourrissent abondamment sous des formes diverses, leur sont profondément indifférentes; l’exigence de manger local est peu compatible avec leur exigences alimentaires très élevées – tout comme l’aspect économique de l’alimentation: payer un prix déraisonnable pour acheter de l’eau troublée par de la poudre de riz, supposée remplacer le lait, n’est pas à la portée de tous.

Une troisième raison est le dévoiement de l’idée de protection des animaux qu’ils manifestent, dans leur démarche dite spéciste. Peut-on en effet prétendre défendre la dignité de l’animal si celui-ci disparaît de nos campagnes ? Si l’on arrête de manger de la viande, de boire du lait ou de manger des oeufs, il n’y aura plus de bovins ni de poules ! Ces animaux seront-ils plus heureux d’être non-existants, de ne pas être nés ? Tous les humains, tant s’en faut, ne vivent pas une vie libre et heureuse. Aurait-ils fallu qu’ils ne naissent point ? En réalité, on marche sur la tête.

En tant qu’écologiste, nous soutenons bien évidemment tout ce qui contribue à respecter l’animal; nous connaissons beaucoup de paysans qui sont très attentifs aux besoins de leurs animaux, tout comme ces particuliers – même urbains ! – qui ont quelques poules autour de la maison. Sont-ils des tortionnaires ? Exploitent-ils éhontément leurs animaux ? Il faut n’être jamais sorti de son quartier, n’avoir jamais approché un animal, pour imaginer cela.

Le quatrième reproche que l’on peut faire au véganes, c’est de vouloir imposer leur charia un peu triste au reste de l’humanité. Dans des pays comme la Suisse, la France ou l’Italie, l’alimentation fait partie intégrante du mode de vie et de la culture; or, ce mode de vie et cette culture sont indissociablement liées à ce que nous donnent les productions animales. Par curiosité, j’ai goûté à quelques recettes véganes mais, désolé, je suis bien trop gourmand pour être convaincu – en tout premier lieu parce que la démarche m’apparaît fondamentalement fausse. Alors disons-le: rien ne remplacera jamais les délices du full english breakfast, ou celles de ce chef-d’œuvre de la production laitière qu’est la crème double de la Gruyère. Sans parler du lait lui-même, le plus efficace désaltérant du monde après un gros effort, et un formidable aliment sous toutes ses formes, quoi qu’en dise une féroce propagande anti-lait.

Alors, gavez-vous de soja transgénique si cela vous chante, mais laissez nous les joies de la gastronomie – dans le respect des animaux. Loin des insupportables usines à viande, beaucoup d’entre nous passent beaucoup de temps à chercher de la viande de cochons en liberté, du lait cru produit par des vaches et des chèvres vraisemblablement heureuses, et d’œufs frais de poules que l’on connaît personnellement ! Pour ceux qui veulent revenir à la raison, au bon-sens et au plaisirs de la table, nous avons des adresses…

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Commentaire de B. Brunner le 4 septembre 2017 à 0:07

Sans entrer ni dans le véganisme que je n’approuve pas, ni dans le végétarisme, simplement manger moins de viande, et surtout de viandes rouges, comme c’était le cas il y a quelques dizaines d’années, ne fait de mal à personne, à soi-même en premier, et au réchauffement climatique également. L’élevage intensif est un facteur non-négligeable de gaz à effet de serre, et donc au réchauffement climatique.

C’est le facteur qui est le plus simple à influencer, et manger moins de viande et plus de légumes et de fruits est bon pour la santé et pour le porte-monnaie.

Le site de M. Marie Turini-Viard montre des comparaisons intéressantes sur le bilan carbone de l’alimentation, et des conseils sur comment l’améliorer soi-même tout en économisant et soignant mieux sa santé:
http://agirlocal.org/habitant/ (et beaucoup d’autres choses intéressantes!)

Bon appétit! (quelle que soient vos croyances et régimes alimentaires)!

Commentaire de Eliane Rossel le 4 septembre 2017 à 10:53

je partage l’opinion ci-dessus en ajoutant que le soja importé du brésil est surtout destiné au bétail. Si nous diminuons notre consommation de viande cqfd

Commentaire de Noel Cramer le 4 septembre 2017 à 22:27

Tout à fait d’accord avec votre article. Les dangereuses carences alimentaires des enfants sont peu mentionnées. Des cas de décès de nourrissons se sont produits.
On pourrait y ajouter la cruauté envers les animaux de compagnie des véganes – chiens et chats – carnivores essentiels, auxquels on supprime la viande…

Commentaire de Gabrielle Mudry le 5 septembre 2017 à 15:53

Au fond, il ne s’agit que d’un intégrisme de plus…
Un extrémisme à fuir comme les autres!
Cette mode passera inévitablement.
Et les variations des habitudes alimentaires continueront…

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