ico Société Le Che, un assassin sur les T shirts

11 octobre 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Les médias n’ont pas manqué de commémorer la mort d’Ernesto «Che» Guevara, sans recul ni esprit critique évidemment, apportant ainsi leur pierre au monument de dévotion qui a envahi la bobosphère et les ados ignorants qui exhibent son portrait sur leur T-shirt.

On voudrait que la formule ados ignorants ne fût pas un pléonasme mais hélas, l’enseignement de l’histoire étant ce qu’il est, il n’est pas surprenant que dans une société aux normes strictes, les jeunes soient sensibles à l’aspect vaguement rebelle du Guevara photographié par René Burri. Dans le monde contemporain, seules comptent les apparences, les légendes et les mythes construits autour: la réalité et l’Histoire n’ont plus aucun intérêt.

C’est pourquoi, au milieu de cette pieuse communion – en Bolivie, Guevara est célébré comme un saint, et pourrait-on dire, en Europe aussi – le livre de Marcela Iakub, Le Che, à mort*, apporte un contrepoint efficace et bienvenu aux flots de niaiseries qu’on lit et entend.

Il est incontestable que Guevara a réussi, au-delà de toute espérance, son ambition première et unique: devenir célèbre, et mieux encore, une icône, une idole dont la vie s’achève dans une mort glorieuse. Toute la vie de cet individu tourmenté à été consacrée à cet objectif unique, et la Révolution en a été l’instrument opportun. En cela, il n’a été que banal: la plupart des dictateurs du XXe siècle n’ont pas fait autre chose que de construire et réaliser leur destin personnel devant l’Histoire, dussent-ils y sacrifier un peuple et une nation, comme l’Allemagne, l’Italie, la Russie et la Chine – entre beaucoup d’autres – en ont fait l’amère expérience.

Guevara a largement profité des idées de Mai 68, où les intellectuels occidentaux défilaient dans les rues en brandissant des portraits de dictateurs communistes. Le fascisme rouge régnait en maître dans les esprits, personne ne parlait de démocratie mais seulement de cet ectoplasme élastique à souhait qu’on nommait le peuple, et Guevara, aidé en cela par une kirielle d’idiots utiles, tels Jean Ziegler, a pu tirer parti de cet engouement.

Mais qui était-il vraiment ? Un romantique ? Un vrai révolutionnaire ? Le livre de Marcela Iakub déconstruit patiemment l’icône, de nombreuses sources à l’appui – et en premier lieu les écrits de Guevara lui-même, qu’on ne saurait soupçonner d’être des sources orientées. Tiens ! On devrait forcer les ados guévarolâtres à les lire, ils seraient édifiés.

Parlant du personnage tel que le révèle son livre sur France-Info, l’écrivaine décrivait Guevara comme «un assassin et un sadique». Les mots sont forts, mais elle étaie son propos, en citant les notes de Guevara lui-même: A propos d’Eutimo Guerra, un pauvre paysan analphabète qui avait été leur guide et que Castro avait condamné à mort pour trahison, le Che écrit: «La situation était inconfortable et pour les gens et pour lui, de sorte que j’en finis avec le problème en lui tirant dans la tempe droite une balle [de calibre] 32 qui ressortit par la tempe gauche. Il agonisa un moment et puis il mourut. Nous dormîmes mal, mouillés, et moi avec un peu d’asthme». Marcela Iakub note que cet assassinat fut vite oublié: «Le lendemain (…), il commenta dans son journal, guilleret, l’arrivée d’une jolie militante: «elle est une grande admiratrice du mouvement, qui semble avoir plus envie de baiser qu’autre chose.»

Savourer les exécutions avec un bon cigare

Le bilan humain de Guevara est bien connu. Et son zèle, voire sa délectation à ordonner et à superviser personnellement les exécutions – qu’il avait confiées à un sadique notoire à la prison de la Cabaña –, sont confondants: «Le Che a tué quatorze personnes supposées traîtres dans la Sierra Maestra et vingt-trois à Santa Clara. Lorsqu’il fut nommé commandant en chef de la prison de la Cabaña, responsable de la commission d’épuration, il fit exécuter cent soixante-quatre sbires réels ou supposés de Batista. Et il aurait continué si les réactions internationales n’avaient fini par obliger Castro à arrêter ces mises à mort sommaires. Il aimait venir regarder les exécutions dans cette ancienne forteresse. Il s’adossait à un mur et, tout en fumant un cigare, contemplait la mise à mort des détenus désarmés qui pleuraient, imploraient sa clémence, étaient transis par l’angoisse et par la peur. Comme à la Sierra Maestra il y procéda aussi à des simulacres d’exécution. Selon le prêtre Bustos Algarañaz il obligeait les parents qui venaient rechercher le cadavre de leurs proches à passer devant le poteau d’exécution taché du sang frais des condamnés.»

Ces exécutions sommaires, Guevera ne les regretta jamais. Encore en 1964, note Marcela Iakub, il se vantait de ces exécutions: «En décembre de cette année il déclara aux Nations Unies: «Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant qu’il le faudra. Notre lutte est une lutte à mort.»

Chers parents qui voyez d’un œil tendre et nostalgique vos enfants porter fièrement le portrait d’un assassin sur leur poitrine, faites leur lire les textes et les livres d’Histoire. Cela ne changera pas grand chose sans doute, ou bien ils vous diront, comme les idiots utiles, qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, mais du moins seront-ils informés, et donc responsables de leurs comportements…

*Marcel Iakub: “Le Che, à mort”. Robert Laffont/Mauvais esprit, 2017.

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Commentaire de Michel Mottet le 11 octobre 2017 à 15:40

Les pseudo-papes Wojtyla, Ratzinger et BerGOGlio ont célébré des messes sous le portrait géant du CHE. Le poisson pourrit par la tête, dit le proverbe.

Commentaire de Pierre Bonnard le 11 octobre 2017 à 17:03

Bien sûr, le Che n’est ni le premier ni le dernier des “défenseurs du peuple” aux mains sanglantes.
A cet égard, les USA et leurs alliés sont de loin les premiers de classe, tant quantativement que qualitativement, ceci depuis plus d’un siècle.
Et vous ne pouvez pas ignorer que c’est non sa personne, mais la cause qu’il défendue et payée de sa vie avec tous ses égarements, qui fait ainsi recette.
Elle est hélàs toujours d’actualité.
Et une petite précision: il me semble que la célèbre photo des T-shirts fut prise lors d’un enterrement non par René Burri, mais par le photographe cubain Alberto Korda, qui n’a jamais réclamé de droits d’auteur.

Commentaire de guy goudet le 11 octobre 2017 à 23:51

Il est toujours réjouissant dans une gay pride de rappeler à quelqu un avec un tee shirt du Che qu Il était à l’origine de l’ouverture du premier camp de concentration cubain – où les homosexuels et les chrétiens étaient torturés et rééduqués, information que la prude éducation de nos contrées ne s empresse pas de diffuser.

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 12 octobre 2017 à 15:07

Tout à fait d’accord avec le commentaire de M. Barraud. Le “Che” EST un délétère produit de l’intelligensia occiddentale, toujours prête à s’enflammer pour des personnages ausi nuisibles que Staline, Mao, Pol Pot Caucescu, Chavez et d’autres,
Ah… cette détestable envie de MESSIE qui caractérise ladite intelligensia!

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