ico Société La «rubrique auto» au temps des dinosaures

8 mai 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Il est un domaine dans lequel la plupart des médias n’ont pas évolué, et pire, négligé de faire leur travail d’information: il s’agit de la rubrique automobile, qui a plus d’un siècle d’existence, et qui en est restée aux vieilles lunes des années 70. Vroum-vroum !

Dans la deuxième moitié du 20e siècle, la voiture servait autant à fantasmer qu’à se déplacer, et les chroniqueurs automobiles s’appliquaient à faire rêver leurs lecteurs, en leur présentant des voitures inaccessibles et à peine utilisables: 320 km/h, 0 – 100 en 3,7 secondes, motorisation V8 consommant 15 à 20 litres au 100 km. Ils s’extasiaient sur le bruit du moteur, l’équipement luxueux de l’habitacle (forcément), les sensations éprouvées au volant, et bien sûr le côté «sportif» du véhicule – comme si on pouvait faire du sport dans une voiture !

En 2018, il semble que les mêmes journalistes soient toujours en place – belle longévité – à moins que ce ne soient leurs fils ou petits-fils. Regardez les rubriques auto de nos journaux et magazines romands – à l’exception très remarquable du Temps: ces dinosaures s’appliquent à faire rêver leurs lecteurs, en leur présentant des voitures inaccessibles et à peine utilisables: 320 km/h, 0 – 100 en 3,7 secondes, motorisation V8 consommant 15 à 20 litres au 100 km. Ils s’extasient sur le bruit du moteur, l’équipement luxueux de l’habitacle (forcément), les sensations éprouvées au volant, et bien sûr le côté «sportif» du véhicule.

Non, ce qui précède n’est pas un copier-coller intempestif: c’est la simple démonstration que rien n’a changé, que les chroniqueurs spécialisés carburent toujours exclusivement au pétrole (et accessoirement aux séjours exotiques payés par les constructeurs), que leur culture technologique a 50 ans de retard, et que leurs rédacteurs en chef s’en accommodent, malgré leurs discours boursouflés sur le journalisme 4.0. Voyez la couverture du Salon de l’Auto au fil des décennies: les pages et les vidéos dégoulinent de concept cars qui ne verront jamais le jour, mais qui font de jolies photos et emballent les jobards. Et les voitures dont on vous parle, qui coûtent au minimum 100’000 francs, auraient davantage leur place au musée que sur les routes, puisqu’elles sont foncièrement inadaptées à leur fonction (qui est de transporter des gens et des choses d’un point A à un point B dans les meilleures conditions possibles), et dévastatrices pour l’environnement. Et cela fait bientôt 100 ans que ça dure !

A cet égard, on est en droit de montrer du doigt les médias car ils ne font pas leur boulot d’information. Après tout, il y a quand même 6 millions de véhicules à moteur en Suisse, donc cela intéresse forcément les gens. Il y a aussi des enjeux écologiques clairs: le climat se réchauffe et nous prépare des catastrophes que nous savons épouvantables, mais on n’a jamais autant extrait de pétrole (record battu la semaine passée aux Etats-Unis), et donc autant consommé de pétrole, et autant rejeté de CO2 dans l’atmosphère. Tenez, les pays émergents vont décupler leur consommation de pétrole. Et cela fait du monde ! Il serait donc justifié d’informer les lecteurs des alternatives possibles à leur diesel vieillissant, plutôt que de les aveugler avec des monstres devenus ridicules – fût-ce avec un petit cheval ou quatre anneaux.

Par exemple, il existe une minuscule gamme de voitures électriques sur le marché suisse – alors qu’il y a des dizaines de modèles en Chine –, que le gens connaissent mal ou pas du tout, ce qui justifierait un gros effort d’information, tant les préjugés et les mauvaises habitudes sont tenaces. Mais c’est un problème idéologique de fond: les dinosaures de la chronique automobile estimeraient trahir leurs valeurs les plus précieuses en parlant de véhicules autres que thermiques et gaspilleurs, c’est une question clairement religieuse. Seul le Temps, honneur à lui, explore soigneusement les innovations technologiques en matière automobile que nous utiliserons demain, non seulement contraints par la législation, mais dûment informés par nos médias, espérons-le, lorsqu’ils auront enfin fait leur révolution automobile.

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Commentaire de Jean-Michel Esperet le 8 mai 2018 à 20:42

Bon… vous n’aimez pas les bagnoles, Je n’en raffole pas non plus, mais le “malus” écologique voulu par la bien-pensance technocratique genevoise, que je paye, en PLUS de l’impôt auto, du fait de ma “grosse cylindrée” amèricaine va alimenter le “bonus” dont bénéficient les détenteurs de véhicules diesel dont les moteurs sont truqués (850’000 rappels rien que pour Audi) grâce à l’innovation tetchnologique que vous mentionnez et qui sont autrement plus polluants…

Commentaire de B. Brunner le 8 mai 2018 à 21:17

J’aime bien ma petite voiture électrique achetée d’occasion à prix très raisonnable.

J’arrive plus détendu à destination: Conduite super-agréable, super souple et puissante, pas de vibrations, pas de vitesses à passer, pas d’à-coups, pas de bruit, très souple, un couple du tonnerre au démarrage, ne m’intoxique pas, ni les piétons, je peux la pré-chauffer à distance en hiver, et elle me coûte 2000.- de moins qu’une voiture à essence par an (140.- de service annuel en moyenne: La seule pièce changée est le filtre à pollens!, 250.- d’électricité, 25.- à la Blecherette, les pneus, et c’est tout!!!). Et pour les plus longs trajets, j’ai toujours utilisé le train et parfois l’avion (en essayant de compenser le CO2).

Mais comme ces journaux sont remplis de pubs de voitures et de vendeurs de jus de dinosaure (oui, il fait partie du pétrole) ils se sentent obligés de dénigrer les voitures électriques.

Mais parlez avec des gens qui ont une voiture électrique, la grande majorité n’achèteront plus jamais une voiture à essence. Et pas pour des raisons écologiques. Ou pas seulement. Et surtout faites-vous plaisir sans frais: Essayez-en une vraie, conçue de base électrique (voici la liste exhaustive en Suisse: Renault Zoé, Nissan Leaf, Hyundai IonQ, Opel Ampera-E, BMW i3, Tesla S/X). Puis, si le budget est compté, allez voir sur un site d’occasions.

Je me demande ce que les journalistes automobiles écrivent en Norvège…La plupart des nouvelles voitures y ont une prise de recharge!

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