ico Société La fachosphère, c’est l’ennemi public numéro un

6 mai 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Le piratage du site d’Emmanuel Macron, par les mêmes hackers russes qui avaient pillé les documents du Parti démocrate américain, puis leur diffusion planétaire, montre à quel point la fachosphère est devenue une menace existentielle pour la démocratie. L’Allemagne et la Grande-Bretagne sont en état d’alerte. Il est urgent de réagir.

Le scénario est toujours le même: pendant des mois, les services russes tentent d’extorquer les mots de passe aux collaborateurs du parti ou du candidat à abattre. Puis les données volées, augmentées de faux documents compromettants, fuitent sur des sites d’extrême-droite américains, puis sont répercutés plus loin par Wikileaks – preuve d’il en est besoin de l’origine russe du hacking, puisque Julian Assange apparaît désormais comme un complice systématique des menées souterraines de Poutine. Pas vrai ? On attend toujours des leaks volés au Kremlin ou au Parti républicain: pourquoi Wikileaks n’en diffuse-t-il jamais ?

A partir de là, la fachosphère et ses innombrables relais – jusqu’à la tête du Front national, on l’a vu avec la prestation désolante de Marine Le Pen lors du dernier débat, on croyait entendre son père dans ses pires dérapages – labourent l’opinion publique avec des fausses nouvelles, des insinuations et des coups de jarnac, espérant ainsi faire élire des dirigeants autoritaires et donc ennemis de la démocratie.

Ces coups de boutoir à l’idéal républicain et à la démocratie sont d’autant plus dangereux que de plus en plus de citoyens, et tout particulièrement les jeunes, sont très mal informés, ignorent les médias traditionnels, et s’abreuvent aux sources les plus calamiteuses, vecteurs de désinformation et de haine. Et comme, depuis l’accession de Trump au pouvoir, le mensonge est devenu un outil politique ordinaire et, semble-t-il, acceptable, les sites de désinformation s’en donnent à coeur-joie, puisque de surcroît l’impunité leur est garantie.

Il faut que cela change. La liberté d’expression est une chose précieuse, mais il faut veiller à ce qu’elle ne soit pas confisquée par ceux qui, à terme, veulent la détruire, pour finalement imposer leur vision du monde. C’est le cas en Russie, en Turquie, en Chine, où toute réflexion indépendante est interdite. La presse professionnelle résiste mieux aux Etats-Unis, les abonnements explosent, mais elle n’est pas à l’abri d’un mise au pas autoritaire, tant la députation républicaine est veule et obéissante. On sait que Trump a déjà demandé des projets de loi pour limiter la liberté de la presse. Il n’en restera pas là.

Dès lors, notre choix de citoyens est clair: ou bien nous estimons qu’il faut laisser faire sous prétexte qu’on ne peut pas faire grand chose, et alors on verra fleurir les pouvoirs autoritaires et se faner la démocratie – c’est déjà arrivé; ou bien on met en place une contre-attaque forte, des pare-feu, on réagit au coup par coup, jusqu’à hacker les hackers, pour amener devant les tribunaux ceux qui se rendent coupables de délits sur leurs sites, qu’il s’agisse de vol de données, d’atteintes à la vie privée, de diffusion et usage de faux, de diffamation et de propagation de fausses nouvelles. La force de la fachosphère réside dans la répercussion, automatique et sans réflexion, d’un fatras de fake news, par des millions de gros malins qui croient ainsi attaquer le système en s’abritant derrière l’anonymat.

Ce sera un combat difficile et jamais terminé, mais de ce combat dépend la survie de la démocratie et de l’idéal républicain, mais aussi de l’internet. Car il est clair que si les élections sont continuellement biaisées et mises sous influence occulte, et que les résultats s’en trouvent faussés, comme aux Etats-Unis, alors c’en sera fini du processus démocratique. Tout simplement.

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