ico Société Japon: Tout va très bien… Ben voyons!

15 mars 2011 | Catégorie: société

ISABELLE CHEVALLEY *

Suite à l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, on entend nos spécialistes nucléaires suisses dire que tout est sous contrôle et qu’il n’y a pas à s’inquiéter. Samedi, on pouvait entendre sur la Radio Suisse Romande à Forum l’ancien président du Forum nucléaire suisse, Bruno Pellaud, nous dire que: «… le réacteur lui-même est sous contrôle … je pense que la situation est sous contrôle». Dimanche soir au journal de 19h30 de la TSR, c’est le «grand» spécialiste du nucléaire au Paul Scherrer Institut (PSI), Jean-Marc Cavedon, qui nous disait que: «… si il y a lâcher de vapeur avec un tout petit peu de radioactivité, ça partira loin de la population…». Et lundi, c’est une deuxième explosion qui a lieu!

Quand est-ce que ces personnages vont arrêter de nous prendre pour des imbéciles? N’importe quel citoyen peut voir les explosions des bâtiments des deux réacteurs. Les autorités japonaises ont annoncé qu’ils devaient procéder à des relâchements de vapeurs radioactives pour diminuer la pression du réacteur. Ils ont aussi indiqué que les systèmes de refroidissement de secours ne fonctionnaient plus. Ils ont du mettre en place un système d’urgence pour injecter de l’eau de mer borée directement dans les réacteurs endommagés afin de refroidir le coeur pour empêcher une fusion de ce dernier. Mais une fois cette eau trop chaude et radioactive, il faut la sortir du réacteur pour qu’elle soit remplacée par de l’eau «fraîche», mais alors où va toute cette eau contaminée? Dans l’atmosphère sous forme de lâchers de vapeurs admis, bien sûr, voire en mer au besoin.

Six journalistes indépendants de la Japan Visual Journalist Association se sont rendus près de la mairie de Futaba, à 2 km de la centrale de Fukushima Daiichi, pour mesurer la radioactivité avec trois compteurs Geiger. Le dimanche 13 mars à 10h20, soit avant la deuxième explosion, ils ont mesuré 0,1 mSv/h. A la préfecture de Miyagi, distante de 80 km de la centrale, le niveau de radioactivité atteignait un niveau 400 fois supérieur à la normale. Le journaliste ayant effectué la mesure déclare : «Quand j’ai fait un reportage fin février 2011 à Tchernobyl, le taux de radioactivité était de 0,04 mSv/h à 200 m du réacteur accidenté.»

Rappel: 1 mSv représente le niveau de la limite annuelle autorisée pour l’exposition de la population aux rayonnements radioactifs artificiels. Donc, en seulement 1 heure, un citoyen japonais reçoit la dose annuelle.

Ces informations confirment que le niveau de radioactivité est dramatiquement élevé dans un périmètre étendu autour de la centrale, et il est en partie dû à des isotopes à longue durée comme le césium retrouvé aux environs. C’est bien pour cela que les autorités japonaises ont fait évacuer 200’000 personnes de la zone.

N’en déplaise à nos «spécialiste » du nucléaire en Suisse, tout n’est pas sous contrôle et ce n’est pas un petit peu de radioactivité qui a été relâchée mais bien des quantité importantes.

Je n’aime pas brandir le drapeau de la peur pour motiver les citoyens à renoncer au nucléaire et ceux qui me lisent souvent savent que j’ai suffisamment d’arguments, dont ceux financiers et du manque d’uranium, pour combattre le nucléaire. Mais ce que je n’admets pas c’est le fait de nier l’évidence et je suis persuadée que les citoyens ne seront cette fois pas dupes et sauront prendre la juste mesure de cette catastrophe comme Doris Leuthard semble l’avoir fait.

La situation électrique japonaise

 Le Japon compte 127 mios d’habitants, le nucléaire représente 30% de leur production électrique le reste se répartissant entre: 28% charbon, 22% gaz naturel, 8% hydraulique et 11% autres (solaire, éolien, géothermie, …). Ils consomment 1’250’000 GWh d’électricité contre 63’000 GWh pour les suisses.

 55 réacteurs nucléaires se répartissent dans 17 centrales. 11 réacteurs sont à l’arrêt, mais selon l’agence Reuters plusieurs centrales thermiques seraient également à l’arrêt ce qui provoquerait une perte de capacité électrique de 10’800 MW (Gösgen a une puissance de 1000 MW). Afin de remédier à ce manque, le premier ministre russe Vladimir Poutine a d’ores et déjà donné l’ordre, samedi, d’augmenter les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) provenant du gisement de Sakhaline . Le Japon, qui ne produit quasiment pas de gaz et ne dispose pas de gazoducs, est le premier acheteur de GNL au monde. En 2009, il a acheté à lui seul 35% des cargaisons.

 Dans le passé, les arrêts de fonctionnement du parc nucléaire japonais ont déjà eu des impacts substantiels sur le marché du GNL. En juillet 2007, l’arrêt de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire du monde (8000 MW), avait entraîné une nette hausse des prix du gaz naturel liquéfié. A la suite d’un tremblement de terre de 6,8 sur l’échelle de Richter, à tout juste 16 kilomètres du site, cette centrale avait dû subir des réparations pendant deux ans, avant de pouvoir redémarrer. Aujourd’hui encore, trois de ses sept réacteurs sont à l’arrêt. En 2002, la fermeture de 17 des 54 réacteurs nucléaires de l’Archipel pour des inspections de sécurité avait également entraîné une hausse de 11% de la demande de GNL l’année suivante selon Bernstein.

 Alors que le Japon produit la moitié des cellules photovoltaïques du monde (notamment grâce aux leaders du secteur Sharp, 3ème producteur mondial en 2007 et Kyocera), il n’a installé que 2000 MW de puissance contre 3800 MW en Allemagne. On peut imaginer qu’une telle catastrophe nucléaire remette en question toute la politique énergétique de ce pays et qu’il se réorientera massivement vers les énergies renouvelables. Car même si le tsunami avait détruit un champ éolien offshore, les répercussions pour la population ne seraient pas les mêmes que les retombées radioactives qu’ils subissent aujourd’hui. D’autre part, les coûts de cette catastrophe resteront largement en dessous des coûts qui auraient permis l’installation massive d’énergies renouvelables.

 Cette catastrophe nucléaire nous montre que l’homme ne pourra jamais maîtriser les éléments naturels, même le Japon qui est une nation très préparée pour les tremblements de terre n’a pas réussi à empêcher un accident nucléaire. Aujourd’hui, des alternatives crédibles et rentables existent alors arrêtons le nucléaire avant qu’il ne soit trop tard.

* Députée vert’libérale

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Commentaire de Paul Bär le 15 mars 2011 à 19:55

En faveur du désengagement vis à vis de l’énergie nucléaire, un argument que l’on entend finalement assez peu, à savoir la réalité de l’ “uranium peak”, probablement déjà dépassé, avec un approvisionnement qui deviendra très difficile à l’horizon d’un demi-siècle.

Donc, oui, pourquoi ne pas se désengager progressivement, et même assez rapidement, du nucléaire.

Mais alors, il faut être cohérent.

On ne peut pas d’un côté envisager un ratio “citoyen/énergie disponible” toujours plus étriqué et de l’autre côté continuer à “charger la barque”, comme tous ces politiciens qui jubilent à l’idée que le canton de Vaud augmentera sa population de plus de 10’000 ressortissants (qui consommeront évidemment de l’énergie) en moins de dix ans.

Je ne connais pas bien le programme d’Ecologie Libérale sur la question. Mais il me semble que Madame Chevalley est plutôt…. libérale… en matière de politique de la population.

D’où ma question sur la cohérence de la perte, consciemment acceptée, de capacité en production énergétique, si, dans le même temps, la population continue à augmenter.

L’éternel paradigme du “plus on est de fous, moins il y a de riz” 😉

Commentaire de philippe lerch le 16 mars 2011 à 0:33

Ceci n’est pas acceptable, Mme Chevalley.
En pleine crise, commencer à faire de la récupération politique est à mes yeux indécent. Lorsque j’avais 25 ans, j’ai aussi écrit des articles critiques face à la technologie nucléaire, et je vous comprend bien. Toutefois, s.v.p. par respect pour les gens qui luttent contre l’adversité, pour les victimes et leur familles, attendons de voir l’ampleur réelle de la catastrophe.

Merci et bonne soirée.

Commentaire de Marie-France Oberson le 16 mars 2011 à 12:38

@M. Lerch:

..Rien à rajouter à votre post de 0:33, ce serait du plagiat!!

Commentaire de Isabelle Chevalley le 16 mars 2011 à 12:45

Par pitié arrêtez de nous dire que nous faisons de la récupération politique dès que l’on parle de ce dramatique accident nucléaire. On essaye juste d’en tirer les leçons.
Maintenant, il est connu depuis des siècles que l’on préfère tuer le messager plutôt que d’écouter le message qu’il porte lorsque celui-ci ne nous convient pas.
Concernant les réserves d’uranium, je vous invite à aller voir ce site:
http://www.informationnucleaire.ch/doc_in_01.html
Pour ce qui est du thorium, cher Monsieur, demandez donc à l’industrie nucléaire pourquoi elle n’a pas développer cette filière!

Commentaire de philippe lerch le 16 mars 2011 à 13:59

@ Mme Chevalley,

Désolé, c’est irrésistible, mais je vais encore une fois vous contredire aimablement. Tirer les leçons d’un drame ENTIEREMENT d’accord. Mais pour cela il faut des faits. Solides. Or les nouvelles sont fragmentées, partiellement contradictoires, peu de gens savent vraiment ce qui se passe. Sait-on vraiment ne serait-ce que la température à certains endroits clefs ? sait-on déjà quelque chose sur les isotopes relachés ? avez-vous pris la peine de comprendre ce qui se trame au delà de la polémique ?

bon après-midi.

Commentaire de Paul Bär le 16 mars 2011 à 14:41

@Monsieur Kusalek

Merci de l’information, très intéressant.

Je tirais mon argument sur le “peak” de ce graphique :

http://lachute.over-blog.com/article-crepuscule-du-japon-du-nucleaire-de-l-energie-et-du-marche-69357570.html

P.S : petit commentaire annexe : comme il apparaît que les émanations toxiques que les centrales rejettent sont très radioactives, mais de période courte, il apparaît, avec le recul, que la politique suisse de constructions d’abris antiatomiques privés était parfaitement prévoyante, alors qu’il est d’usage, parmi les beaux esprits, de s’en gausser aujourd’hui.

Commentaire de Marie-France Oberson le 16 mars 2011 à 15:13

M. Bär, c’est exactement la réflexion que je faisais hier auprès d’amis français qui se gaussaient , il n’y a pas si longtemps enocre de ce que nous avons transformé en “carnotzet” !!

Commentaire de Paul Bär le 16 mars 2011 à 15:18

Bon, si la fission nucléaire pose effectivement problème et que son abandon puisse reposer sur quelques arguments valides, je pense qu’Ecologie Libérale n’est pas, par principe, contre la poursuite des recherches sur la fusion atomique, promesse d’une énergie quasi illimitée ?

Commentaire de Paul Bär le 16 mars 2011 à 18:44

Oui, Madame Oberson, au vu des évènements actuels au Japon, la petite réserve alimentaire de guerre (préconisée dans les anciens petits livrets de défense civile) n’est également pas plus ringarde que nos “carnotzets” en béton armé !

Commentaire de Daniel Paul le 17 mars 2011 à 11:02

Madame Chevalley,
Vous dites ne pas aimer brandir le drapeau de la peur, pourtant vous le faites avec grand talent !
Je m’attendais à plus rigueur scientifique de votre part. Votre généralisation des irradiations de 400 x le niveau naturel à tous les citoyens Japonais est effarante. Ce taux a été atteint très près de la centrale et pour un temps cout selon les informations les plus fiables.
La situation est suffisamment grave pour que la décence empêche tout scientifique d’en rajouter !
Pour ceux qui désirent une information la plus précise possible (actuellement) et la plus factuelle que j’ai pu trouver dans ces temps difficile, voici un lien :
http://www.msnbc.msn.com/id/42093747/ns/nightly_news/ Il s’agit de l’interview d’un physicien de Princeton University. Là au moins vous aurez de l’information, pas de l’opportunisme politique.

Commentaire de Spoerli le 17 mars 2011 à 14:17

Lors de la crise de 2009, on a vu émerger des centaines de banquiers et économistes amateurs. Maintenant, on assiste à la naissance d’innombrables physiciens nucléaires et de cancérologues !

Et si c’était les mêmes ?

Commentaire de Pierre Bonnard le 17 mars 2011 à 21:12

Le crétinisme et/ou l’aveuglement de certains contributeurs de ce forum m’effare.
Parce que traditionnellement la plupart de la gauche est contre le nucléaire, ils minimisent la catastrophe, nient les faits etc.
LE NUCLEAIRE N’EST PLUS UNE VACHE SACREE, la droite aussi devrait faire preuve d’intelligence et d’honnêteté et admettre que l’impensable est arrivé.
Je ne cite pas de noms, mais au moment où ils écrivaient leurs âneries, les mesures disponibles étaient déjà des plus inquiétantes.
Pour ceux qui veulent voir des données le site de la CRIIRAD française ( http://www.criirad.org) a relayé et traduit du japonais les mesures de l’institut technologique de Tokyo. Pour le seul césium 137, entre cent mille et 1 million de fois la mesure normale! A Tokyo, à 240km et pas sous le vent dominant de Fukushima. Certes encore sans danger sérieux, pas une raison de fuir, mais cela montre que l’on n’est pas loin d’un Tchernobyl japonais.

Commentaire de Glaisen Marc le 18 mars 2011 à 4:04

Monsieur Kusalek, j’en suis certain, ne sera pas passé à côté de la différence entre une catastrophe naturelle et une catastrophe liée à l’activité humaine…. 🙁

PS. Tout à fait d’accord avec M. Bonnard!

Commentaire de Glaisen Marc le 18 mars 2011 à 4:09

Autrement dit, sa comparaison entre Tchernobyl et le tsunami japonais est ridicule….

Commentaire de Pierre Bonnard le 18 mars 2011 à 13:40

@ M. Kusalek
L’estimation de 4000 morts par l’AIEA concernant Tchernobyl est semble-t-il (fortement) contestée par les médecins ukrainiens et biélorusses. Il y aurait aussi un rapport universitaire américain que je n’ai pas encore lu qui serait plus d’un ordre de grandeur au-dessus, à voir.
Mais il y a quelques éléments factuels:
1) l’inventaire total de radionuclides sur le site de Fukushima est nettement supérieur à celui de Tchernobyl.(cf. tonnage d’uranium et son burn-up supérieur)
2) Pour Tchernobyl, un feu de graphite a mieux dispersé ceux-ci que jusqu’à maintenant (!) les surchauffes d’assemblages de combustible japonais.
3) Le vent a soufflé l’essentiel des émissions vers le Pacifique et pas sur des zones habitées comme en Ukraine.
4) Longtemps APRES le séisme, des explosions d’hydrogène ont endommagé le confinement primaire (dimensionné à 4 bars, des mètres de béton et d’acier…) sur les réacteurs 2 et 3, et détruit les confinements secondaires des 1,3 et 4. Pour les confinements primaires, on sait juste qu’ils ont une grosse fuite, par leur non-tenue de la pression et par le dégagement radioactif.

Bien sûr, le terme d’apocalypse est trop fort pour nous,bien au chaud en Suisse. Mais peut-être pas pour les habitants non-touchés par le tsunami mais évacués…pour longtemps?

Commentaire de Glaisen Marc le 18 mars 2011 à 14:46

La question n’est pas le nombre de mort, mais la nature des problèmes…. Si on suit le raisonnement de M. Kusalek, les 3’000 morts du World Trade Center sont insignifiants puisqu’un tsunami associé à un tremblement de terre en fait 16’000…..

Lorsque comparaison n’est pas raison…. 

Commentaire de Glaisen Marc le 18 mars 2011 à 14:50

Et comme le dit lui-même M. Kusalek, il y a des catastrophes qu’on ne peut éviter (les catastrophes naturelles p.ex.) et d’autres qui sont évitables (p.ex. en sortant du nucléaire)….

Commentaire de Glaisen Marc le 18 mars 2011 à 16:30

Faut-il attendre des conséquences apocalyptiques avant de prendre certaines décisions???

N’étant pas physicien nucléaire, je m’abstiendrai de considérations techniques qui me dépassent….

Pour les alternatives au nucléaire, je pense qu’il s’agit d’un choix de société et de priorités à définir. Des solutions existent, mais il s’agit de les considérer comme prioritaire précisément. Pour le détail, il y a des spécialistes dont je ne suis pas…

Voire p.ex. l’interview de Pierre Lehman, physicien nucléaire dans le Martin de jeudi dernier:

http://www.lematin.ch/actu/suisse/pierre-lehmann-changer-vies-396063

Ou encore certaines propositions faites sur ce site:

http://non-au-nucleaire.ch/?p=265

Ou encore celles faites par M. Neyrinck, etc., etc.

Commentaire de Isabelle Chevalley le 19 mars 2011 à 2:23

à Daniel Paul

Je suis effarée que vous ne sachiez pas lire et que vous vous permettiez des commentaires. J’ai dit:
\A la préfecture de Miyagi, distante de 80 km de la centrale, le niveau de radioactivité atteignait un niveau 400 fois supérieur à la normale.\
et vous dites que je prétends étendre le paramètre de 400 fois à toute la population japonaise.
Mon pauvre Monsieur, vous ne savez plus quoi dire pour essayer de tuer le messager.
D’autre part, je ne pense pas que vous vous soyez rendu sur place pour faire la mesure alors que les journalistes de la Japan Visual Journalist Association eux étaient sur place et témoignent. Alors cessez de parler de chose que vous ne maîtrisez pas.

Commentaire de philippe lerch le 20 mars 2011 à 18:28

@ M. Kusalek. Vous avez raison, la discussion est un peu morte. C’est probablement mieux ainsi, les esprits doivent se calmer d’abord, relire quelques classiques ….

La décroissance est en effet une idée très intéressante, et je vous suit bien, c’est encore quelque chose de reservé aux utopistes. Seule une minorité de gens se rendent encore compte que le confort de tous les jours est lié, directement, aux ressources énergétiques à disposition. Il n’y a plus que les idéalistes qui se chauffent encore au bois, (et donc prennent chaque buches trois fois dans la main avant de la mettre au fourneau) pour vivre ce lien direct “ressources = confort”. Pour les autres, on tourne la vanne du thermostat à l’approche de l’hiver, et on remarque une facture passer, c’est tout. Lumières allumées pour rien, instruments en “stand-by”, et j’en passe.

Dès que ce lien de cause à effet n’est pas conscient, il est très difficile de faire changer les attitudes. Cela fait 30 ans que je m’intéresse à l’énergie, pas de point d’inflexion en vue sur la courbe de consommation … Ou aurais-je raté quelque chose ?

Les modèles de décroisssances sont attractifs, mais inutiles s’ ils ne sont pas assortis de mesures coercitives (légales et/ ou financières par exemple).

Connaissez vous une seule société qui, volontairement, aurait décidé de DIMINUER sa consommation de ressources ?

On peut rêver un moment et s’adosser à ce que disait M. Baer il y a quelques jours, et tenter d’amener nos politiques à former une majorité capable de définir un quota “d’énergie par habitant”, auxquel on associerait un prix “raisonnable”. Au delà de cette quantité d’énergie, le prix augmenterait, de manière à faire payer les comportements “gaspilleurs”. Fixer ce seuil promet déjà un joyeux débat. Il faudrait également trouver un moyen de ne pas étrangler l’industrie, l’artisanat, etc. Si on pense un bout plus loin ce modèle, on réalise que c’est une mesure de rationnement qui serait acceptable, en période de crise, sous la pression de forces extérieures.

Excellent soirée.

PS: A propos de gaspillage: on pourrait faire un essai simple. Demander aimablement aux FMB d’arrêter Muehleberg (5 % de la capacité suisse) et observer si il est possible (sans recourir à des achats de courant sur le marché et sans générer des faillites) d’amener la population et l’industrie + l’artisanat à renoncer à 5 % de ressources éléctrique. Cela devrait être possible à titre de démo positive, non ?

Commentaire de Pierre.frey@epfl.ch le 21 mars 2011 à 0:00

Intéressant débat ! Depuis le début de cet accident nucléaire, les partisans de cette filière ont contre-attaqué avec beaucoup d’énergie au regain d’oppositions que la catastrophe génère.

Le premier front est “identitaire”, émotionnel et consiste à chercher à interdire le débat au motif que des personnes exposent leurs vies (et probablement la sacrifient) pour essayer d’empêcher des conséquences pires. encore. Selon elles, ce serait indécent de critiquer à ce moment-là. Cet argument est vieux comme le chantage, dont il est un enfant.

Les arguments scientifiques sont difficiles à suivre en détail, mais il est un point facile à comprendre. En Suisse, le prix de l’énergie nucléaire est artificiellement abaissé par le recours à une SOUS-ASSURANCE MASSIVE DU RISQUE. La catastrophe japonaise permettra peut-être de mettre à jour les estimations des dommages et les parlementaires pourraient intervenir sur ce point spécifique.

Pierre Frey, Epesses

Commentaire de philippe lerch le 21 mars 2011 à 9:55

@ M. Frey parfaitement d’accord avec vous sur le mécanisme de “dumping” du prix. Si cela était pris au sérieux, cela pourrait contribuer à éléver le prix du courant nucléaire, au bénéfice des autres filières encore chères.

Que proposez vous pour le facteur humain (augmentation de la demande, gaspillage, augmentation de la population etc) ?

Commentaire de Girod John le 21 mars 2011 à 13:50

La démographie mondiale, le (un) problème? Deux personnalités ont osé poser cette question, Albert Jaccard et le commandant Cousteau. De beaux débats en perspective où on va aussi nier ce problème mondial?

Commentaire de Pierre Santschi, Ing.-phys. EPFL le 22 mars 2011 à 11:58

Comment faire confiance à tous les pro-nucléaires, habitués au déni de la réalité, qui se sont exprimés dans ces échanges? Ils ont toujours nié et/ou minimisé les dangers du nucléaire. Que des gens non formés ou politiquement aveuglés ou cupides se mettent la tête dans le sable, passe encore. Mais que des ingénieurs ou professeurs soi-disant spécialistes du nucléaire continuent leurs dénis et pensent qu’on peut leur accorder le moindre crédit pour les propositions qu’ils feront… Quelle dérision et quelle honte: le négationnisme scientifique est l’apanage d’apprentis-sorciers insultant aussi bien les morts que les irradiés de Tchernobyl et bientôt de Fukushima. Mais il est vrai que c’est difficile de renoncer à ses dogmes face aux faits.
Et merci à Pierre Frey de rappeler l’incroyable subventionnement du nucléaire dans notre pauvre pays…

Commentaire de philippe lerch le 25 mars 2011 à 16:49

Si à quelque chose malheur est bon, c’est que la discussion sur les ressources et filières de transformation en énergie pourrait progresser dans ce pays et ailleurs, discussion brutalement sortie de sa torpeur suite aux tragiques accidents survenus à Fukushima et consécutifs aux événements naturels récents.

Ces lignes ne sont ni un plaidoyer “pour” ou “contre” l’énergie nucléaire, encore moins une tentative de minimiser ou d’expliquer des faits, qui restent, n’en déplaisent à tous les récents spécialistes du web, mal connus, fragmentés, et partiellement contradictoires.

Nous perdons notre temps à gloser, à la manière d’un secouriste qui arriverait sur les lieux d’un accident et ferait la morale sur le ton “je vous avais bien dit de rouler moins vite” et nous faisons également fausse route à chercher à dégager, en l’absence d’informations fiables, toutes les faiblesses de la conception, réalisation, exploitation, à la maintenance etc, sans parler des irrégularités capables de partiellement expliquer, mais aucunement réparer ou compenser, l’irréparable. L’irréparable est, encore une fois, survenu. Les deux précédents “irréparables” conséquents furent Three Miles Island et Tchernobyl. Plus près de chez nous, rappelez vous Lucens.

Les questions auxquelles ils seraient urgent (cela fait 30 ans que j’entend ce discours) sont au nombres de 3:

– dans quel modèle de société voulons nous vivre ?

– quelles sont les ressources disponibles, uniques et renouvelables, pour permettre cette existence ?

– quels sont les EFFORTS auxquels il faudra consentir pour y parvenir ?

Un instant au sujet de la troisième de ces questions, simplement pour illustrer une minuscule facette du problème. En Suisse, depuis 1950 la consommation totale d’énergie primaire à presque décuplé (cf. statistiques OFS). Même si on “corrige” ce chiffre en raison de l’augmentation de la population, la consommation par habitant augmente. Peut importe les raisons; l’industrie, l’artisanat, l’agriculture, les ménages, les loisirs, les transports, chaque activité réclame de l’énergie sous une forme ou une autre. Notre mode de vie, si confortable, basé sur la production de biens de consommation, ne fonctionne que avec de l’énergie. Nous sommes “toxico-dépendent” à l’énergie (sans jeu de mots ni arrière pensée).

La méfiance face aux prédictions des spécialistes et des politiques est de mise. Or, on ne peut pas accorder plus de crédit à ceux qui prévoient le remplacement de telle ou telle filière de transformation d’énergie par une autre (disons à l’horizon de 30 ans), qu’à ceux qui prétendent qu’un réacteur peut être construit de façon raisonnablement sûre. Ma modeste conclusion c’est qu’il faut tout tenter pour diminuer notre dépendance à l’énergie.

Il y a des progrès indiscutables. Certaines machines modernes sont plus efficaces. Un nouveau téléviseur par exemple ne consomme plus beaucoup de courant lorsqu’il est en veille, comparé à son prédécesseur d’il y a 20 ans. Les lampes sans filament destinées à l’éclairage sont plus efficaces, les constructeurs de véhicules acceptent de réduire la masse du véhicule pour que ce dernier devienne moins gourmand. Et pour qu’il y ait un effet, il faudrait que le consommateur se décide à troquer son véhicule de 2 tonnes contre une voiture légère de 700 kg. Une simple recherche sur Google consomme de l’énergie (et personne ne le “voit”, ce prix). Inutile d’allonger cette liste, alors que j’écris, la consommation augmente, année après année. Nous sommes tous co-responsables.

Que faire ? J’ose espérer que personne n’appelle de ses voeux un Etat encore plus intrusif, ni une politique de rationnement. Je me répète, cela fait 30 ans qu’on entend ça, “économisons sur une base volontaire, devenons responsables, etc.”. Le résultat des courses n’est pas encourageant.

N’importe quel changement réclame un EFFORT. Je ne suis pas de ceux qui souhaitent revenir à la bougie, même si je me chauffe au bois et au soleil. Mais force est de constater que notre mode de vie est axé sur la facilité. Alors prenons les devants, et tentons quelque chose pour démontrer une volonté de changement. Arrêtons, au 31.12.2011, la plus ancienne centrale Muehleberg, qui ne produit que quelques pour-cent du courant du pays, et renonçons à compenser la manque (par des achats ou par une remise en route de Chavallon). Il y a, à mon humble avis, trois bonnes raisons pour faire ceci maintenant.

1) la première c’est qu’il faut une démonstration en grandeur nature qu’il est possible de faire des économies, définir un but commun.

2) l’installation de Muhleberg présente des défauts (faits connus depuis longtemps dans les milieux concernés). Un arrêté fédéral urgent devrait pouvoir forcer l’arrêt, et les chambres auraient une année pour parvenir à s’arranger sur une loi. Utopie ?

3) Le démontage dans les règles de cette installation (et des suivantes) va demander des années et coûtera une fortune. Il faut comprendre que “sortir du nucléaire” en arrêtant les centrales, une par une, ne nous affranchi pas de l’héritage laissé par ces installations en raison des déchets. Le stockage “définitif” n’existe pas. Il faut pouvoir suivre le vieillissement des conteneurs, si nécessaire les reconditionner. Pour ce faire, les compétences doivent être maintenues, et les données doivent être transmises de générations en générations. Plus tôt on commence, plus vite on gagnera en compétence pour le démontage de l’installation suivante. L’exercice de démontage pratiqué sur l’ancien réacteur DIORIT situé à Wuerenlingen montre que le passage de la taille “prototype” à l’échelle “industrielle” ne sera pas une partie gagnée d’avance.

Si au 31.12.2012 il faut déplorer de nombreuses faillites, des décès dans des hôpitaux en raison d’une soudaine panne de courant et d’autres mais nombreux désagréments de moindre importance cela prouvera que nous sommes “toxico-dépendant” au stade irrécupérable.

PS: j’exprime mon avis de citoyen, membre d’aucun parti, n’occupant aucune fonction politique, ne travaillant pour aucune filière de transformation d’énergie mais passionné par la chose “énergie”.

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