PHILIPPE BARRAUD
C’est un livre décapant, solide et roboratif. «Profession menteur»*, de Jacques Neirynck, dynamite les charlatanismes qui envahissent notre quotidien, de l’astrologie à la numérologie, en passant par la voyance et… la publicité!
Sans surprise, c’est Elisabeth Teissier, qualifiée de «faussaire du futur», qui fait principalement les frais de cet essai, puisqu’elle occupe une place particulièrement visible sur le marché – c’en est un: en France, l’astrologie génère un chiffre d’affaire d’un milliard d’euros, cinq fois plus que les montant alloués à la recherche en astronomie… Avec une rigueur toute scientifique, Jacques Neirynck démonte le système Teissier, une habile construction qui mêle un flou artistique calculé dans les prévisions (peu de précision dans les dates ou les lieux), un «bombardement en tapis» qui fait que dans la masse des prédictions, il s’en trouvera forcément une qui se réalise plus ou moins, tout en faisant oublier les autres, là est l’astuce. Il y a encore la falsification des prédictions, qui lui permet de revendiquer a posteriori l’annonce d’un événement.
S’en tenant aux chiffres, Jacques Neirynck a voulu vérifier si les 80 à 90% de réussite que revendique Mme Teissier sont exacts. Hélas ! Un test conduit à l’Université de Nice – très en pointe dans l’analyse des phénomènes prétendus paranormaux – a montré un taux de réussite un peu moins bon que celui d’un ordinateur choisissant des dates aléatoires, soit 7 événements sur 22, contre 8 pour l’ordinateur. Le décryptage des prévisions qui ne se sont pas réalisées pour 2007 est d’une lecture très jouissive, d’autant qu’il est suivi de la liste des événements marquants qui… n’ont pas été prédits! Enfin, on s’amuse franchement à relire les prédictions de Mme Teissier pour 2008: «Une année bénie, parce que génératrice, hormis à la fin de l’année, plus ambiguë. Stabilisation, innovations et découvertes scientifiques sont dans l’air.» Le 15 janvier, les Bourses mondiales plongeaient, générant la crise financière que l’on sait…
Sur le plan historique, Neirynck rappelle le statut de l’astrologie au fil des millénaires, qui se nourrit d’animisme, de polythéisme, de magie, de pouvoir politique de droit divin. Encore nos lointains ancêtres d’il y a 10′000 ou 30′000 ans avaient-ils l’excuse de ne pas connaître la mécanique céleste. Mais aujourd’hui, on sait que le ciel des astrologues n’a plus rien à voir avec le ciel réel – argument qui devrait, à lui seul, couper les ailes aux parasites de l’astrologie. Malheureusement, les croyances irrationnelles primitives ont la vie dure: «Spontanément les hommes sont animistes et ils ne s’élèvent au niveau de la raison que par l’éducation et la réflexion. Les dupes de l’astrologie n’y sont pas encore arrivé et constituent parmi nous une tribu fossile».
Pour Jacques Neirynck, toutes les pratiques divinatoires sont à mettre dans le même sac, puisqu’elles reposent toutes sur un bric-à-brac d’arguments plus absurdes les uns que les autres. La numérologie est en un bon exemple, puisqu’elle prétend tirer des enseignements définitifs à partir de manipulations totalement arbitraires des chiffres. La voyance ne mérite guère plus de considération, puisqu’elle vise à soutirer de l’argent en disant aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre: le discours de celui qui consulte permet au «voyant» d’orienter le sien dans la direction souhaitable. Ce peut être un discours de pur bon sens, mais aussi un discours fondé sur l’exploitation de la faiblesse. Au passage, le scientifique vaudois rappelle le passionnant concours lancé par l’Institut de zététique de l’Université de Nice, doté de 200′000 euros: pouvait emporter le chèque celui ou celle qui parviendrait à réaliser un acte paranormal dans des conditions scientifiques. 264 candidats se sont succédés en quinze ans, des tordeurs de cuillères à distance aux sourciers, mais personne n’a réussi!
Pourquoi des êtres doués de raison et bardés de culture succombent-ils au «barnum» des Teissier et consorts? Selon Jacques Neirynck, nous avons tous besoin de nous consoler d’un constat qui nous fait peur: c’est que la nature est soumise à des lois imprescriptibles et invariables, qui ne supportent aucune exception, plutôt qu’à la volonté d’êtres surnaturels. Face à cette réalité implacable et effrayante, «nous continuons à préférer l’inquiétude vague d’un inconnu flou. (…) En dotant les phénomènes naturels et les incidents de notre vie d’une intention cachée, la légende désagrège l’angoisse de l’existence. L’astrologie est à l’astronomie ce que la superstition est à la religion. La divination est à la science ce que l’homéopathie est à la médecine, un placebo.»
Mais la religion, précisément? Mme Teissier a demandé (exigé?) un espace dans L’Illustré pour répondre à Jacques Neirynck – après tout, ses apparitions en première page du magazine rapportent pas mal. Elle en reste au niveau des insultes, puisqu’une réfutation fondée est impossible. Perfidement, elle insinue que l’auteur, démocrate-chrétien et donc, en principe croyant, n’est de ce fait pas plus crédible qu’elle. Elle a sans doute mal lu le livre. Neirynck y explicite clairement la différence: «Dans un discours religieux sérieux, la vie éternelle doit être annoncée comme une espérance, non comme une certitude. Toute spéculation, prévision ou précision à son sujet relèvent de la manipulation psychologique.» On ajoutera qu’entre croire en Dieu et croire en Mme Teissier, il y a tout de même une différence…
Ce livre, vraiment excellent car très documenté, ne détournera sans doute pas grand monde des charlatans, tant la crédulité générale est forte, et promise à un bel avenir. Pour l’auteur en effet, l’effacement des religions offre le champ libre à la superstition, puisque la nature humaine à horreur du vide spirituel. Et de conclure, désabusé: «Dans une civilisation qui a produit la Sixtine, la Passion selon Saint Matthieu et le Soulier de Satin, la création culturelle est maintenant limitée à l’apologie hypocrite de la violence, à l’extase pornographique, au culte de la laideur, à l’appât du gain. Le spirituel n’alimente plus le culturel, qui n’inspire plus le politique, qui ne contrôle plus l’économique. (…) La crédulité des incroyants n’a pas de limite: plus c’est invraisemblable, plus ils y croient».
* Editions Favre, Lausanne.
Le même jour, le Conseil fédéral parvient à liquider le Haras national et 160 lignes de bus régionales, et à jeter 290 millions supplémentaires par les fenêtres au titre de l’aide aux Pays de l’Est.
Pour la même somme, on aurait pu maintenir une dizaine de haras nationaux et de lignes de transports publics.
Evidemment, c’est en Suisse…
Admirable, ce canular de la caserne de Bière! Et révélateur de la légèreté des médias qui, tout affairés à tirer sur l’armée, se dispensent des vérifications élémentaires. Le plus accablant est que tous, sans exception, ont repris sans le moindre esprit critique la vidéo du Blick, et l’ont présentée comme un fait divers authentique.
Espérons que cela servira de leçon, car ce genre de mystification est appelé à se multiplier, si les médias persistent à privilégier l’immédiateté à la vérité. Et cela pourrait porter sur des sujets autrement plus graves qu’un bizutage bidon.
Qui a dit que la qualité de la presse s’effondrait?
WP Cumulus Flash tag cloud by Roy Tanck and Luke Morton requires Flash Player 9 or better.
Le livre de M. Neyrink est peut-être fort intéressant, il n’empêche que le sujet des prévisions “horoscopiques” est éculé et le “star-system” de Mme Teissier bien connu. Tout le monde sait que son rêve est (était en tout cas) qu’on lui accorde une chaire en astrologie à la Sorbonne, preuve s’il en fallait de son ego démesuré. En clair et pour simplifier: circulez, il n’y a rien à voir.
L’astrologie ne m’intéresse guère; mais à lire votre commentaire sur le livre de Jacques Neyrinck, surtout sa conclusion, l’auteur qui, sur le plan politique et idéologique “européen” n’est pas ma tasse de thé..remonte dans mon estime .
Mais à l’heure de la crise de l’UE, j’aurais préféré lire de sa plume, une réflexion sur ce sujet bien plus important que celui de l’astrologie !
On sait qu’un certain François Mitterrand – doté parait-il d’une intelligence supérieure- consultait régulièrement Mme Tessier.. La politique du chef d’Etat , sa campagne pro-Maastritch auraient-elles été influencées par l’astrologie ?Ca fait froid dans le dos..
Neyrinck en parle-t-il dans son livre?
Quel est le plus irrationnel, M. Neyrinck : Croire en l’astrologie ou en un Dieu qui est “amour” ?
Il n’est pas photo M. Blanc entre croire en une entité supérieure et élucubrer sur des prétendus éventuels évènements qui pourrait arriver à une personne bien précise en raison de la position d’une étoile située à des milliards de kilomètres!
L’astrologie et toutes les sortes de devinettes déblatérées par une ribambelle de charlatans mesquins profite bel et bien des gogos qui, ne croyant plus en rien, se raccrochent à ce qu’ils peuvent lorsque surviennent des épreuves.
Frère Jacques est fichtrement bien meilleur quand il écrit que lorsqu’il fait de la politique!
Jacques Neirynck particulièrement intéressant: http://www.protestinfo.ch/201006015302/neyrinck-monotheisme