ico Société Glyphosate: population en danger, paysans en otage, politiciens vendus

1 novembre 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Dans Le Temps du 31 octobre, la conseillère nationale Rebecca Ruiz émet l’hypothèse que le glyphosate est peut-être l’amiante de demain. Autrement dit, qu’il faudra à la société des années pour admettre que ce produit «miracle» a des effets dévastateurs, et qu’il faudra en assumer les conséquences sanitaires et sociales pendant des décennies.

Le débat sur le glyphosate est à la mesure des enjeux économiques qu’il implique. Pour l’industrie agro-chimique – soit les multinationales Monsanto, ChemChina ex Syngenta, Bayer… – cet herbicide est une rente extraordinairement juteuse, que leur assurent des millions de paysans captifs, et par conséquent ses effets sur l’environnement et la société humaine sont bien les derniers de leurs soucis. Et en cela leurs actionnaires, parmi lesquels nos caisses de pension, sont bien d’accord.

On le sait, les lobbies mis en place à grands frais par ces entreprises ont complètement infecté les milieux politiques en Europe et en Suisse, à coups de manipulations scientifiques grossières et, il faut bien l’admettre, de corruption massive. Rien de nouveau sous le soleil: l’industrie du tabac a profité de la même manière – et profite toujours – d’un sursis de plusieurs décennies, grâce là aussi à des manipulations scientifiques, à de la désinformation visant les jeunes, et à la corruption des décideurs.

Il est à craindre que la Commission européenne, qui est à la botte de l’industrie malgré les pressions du Parlement européen, d’Etats membres majeurs comme la France et l’Italie, et de l’opinion publique, ne décide d’accorder une fois de plus un long moratoire au glyphosate. Moratoire à l’issue duquel elle décrétera un… nouveau moratoire ! Nous ne sommes donc pas près de voir disparaître cette substance de nos champs, de nos assiettes et de nos services d’oncologie et de soins palliatifs.

En Suisse aussi le débat est vif, car nous savons que les milieux politiques de droite, PLR et UDC en tête, sont eux aussi aux ordres de l’industrie agrochimique. Quant au Conseil fédéral, il s’empressera de s’aligner sur les décisions de la Commission européenne en disant qu’il y est bien obligé, trop heureux de n’avoir pas à froisser les lobbies. Les cantons s’aligneront comme un seul homme, bien sûr. Heureusement, les villes commencent à se rebeller contre la tyrannie de l’agrochimie, bon nombre d’entre elle ayant déjà banni les produits de synthèse de leurs parcs et de leurs rues: c’est mieux que rien.

Tout cela est lamentable et, à terme, criminel. On sait que le glyphosate rend malade, on sait qu’il provoque des cancers. Et c’est seulement le… principe de précaution qui fait dire à l’ONU qu’il s’agit d’un cancérigène probable. Et le risque est d’autant plus grand que ce produit, présent dans l’ensemble des produits alimentaires que nous consommons – même les bébés n’y échappent pas ! – se mêle dans nos organismes à des milliers d’autres substances de synthèse. Or, personne n’est aujourd’hui capable de mesurer les conséquences de cet effet cocktail explosif sur la santé des populations. C’est peut-être là qu’il faut chercher les causes de l’effondrement de la fertilité masculine, et de l’explosion des cas d’autisme et d’allergies chez les enfants.

Les paysans pris en otage

Ce qu’il faut reprocher aux décideurs politiques, c’est de systématiquement faire l’impasse sur les menaces que le glyphosate – et l’ensemble des produits phytosanitaires de synthèse – fait peser sur la santé publique, source de dépenses phénoménales, faut-il le rappeler. Lorsque l’on fait appel au principe de précaution, les politiciens nous opposent le confort de travail des paysans et de viticulteurs ! Ils ne peuvent pas faire autrement ! (comme si le glyphosate avait existé de toute éternité). Question philosophique intéressante: faut-il accepter un taux de cancers élevé dans la population, sous prétexte que l’interdiction du glyphosate donnerait davantage de travail aux agriculteurs ?

Il est très regrettable que les paysans soient ainsi pris en otage pour la défense d’ intérêts qui ne sont pas les leurs. Le malheur, c’est qu’ils se sont laissés emprisonner dans un schéma de production intensive fondé sur les intrants chimiques – c’est hélas ce qu’on enseigne dans nos écoles d’agriculture – et que la conversion à une agriculture simplement respectueuse des sols et des saisons est économiquement très difficile. Pour autant, il n’est pas admissible que nous compromettions la santé des générations futures pour perpétuer ces mauvaises pratiques agricoles. De nombreux paysans montrent que l’on peut cultiver autrement (bio, biodynamie, permaculture…), de manière respectueuse de l’environnement et des consommateurs, tout en gagnant correctement sa vie. Rappelons au passage, pour contredire l’argumentation bien rodée des lobbies, que le 70% de l’alimentation humaine dans le monde dépend de l’agriculture familiale, et non de l’agriculture industrielle. Donc, l’interdiction du glyphosate ne va pas affamer la population mondiale, comme le disait sottement l’ancien politicien-agriculteur John Dupraz sur La Première.

Attitude criminelle de la part des lobbies et des décideurs politiques, disions-nous. Et en effet, il faut s’attendre au cours de ce siècle à des procès et à des class actions contre ceux qui n’ont rien fait alors qu’ils étaient parfaitement informés des dangers du glyphosate. On l’a vu pour le tabac, on l’a vu pour l’amiante: «Les similitudes sautent aux yeux, écrit Rebecca Ruiz: pour l’amiante, comme pour le glyphosate, les maladies liées n’ont été reconnues qu’après des années. Pour l’amiante aussi, les milieux industriels ont lutté pendant des années avec la dernière énergie contre l’interdiction, obtenant même en 1989 un ultime délai d’adaptation de cinq ans. Pour l’amiante aussi, enfin, on évoquait l’absence de substitutif pour prolonger l’usage d’un produit mortifère.Vues d’aujourd’hui, ces tergiversations ont quelque chose d’indécent. Le désamiantage est devenu une obligation légale.»

A chaque politicien dès lors de savoir de quel côté il se range, du côté de ceux qui s’enrichissent sur le dos des paysans et des populations en compromettant leur santé, ou du côté des citoyens qui refusent de laisser empoisonner leurs enfants. Hélas ! L’issue est bien incertaine…

Nota: Comme nous le signale un lecteur ci-dessous, nous avons oublié de mentionner deux initiatives populaires qu’il s’agit de signer:

“Pour une Suisse libre de persticides de synthèse”

“Pour une eau potable propre

****½33votes




Commentaire de Pierre Santschi le 1 novembre 2017 à 11:05

L’issue n’est pas incertaine du tout: l’empoisonnement va se poursuivre tant que l’on réélira des PDC, des UDC et des PLR et, dans les exécutifs, des PS et des Verts qui tolèrent les pratiques de ces incitateurs à la corruption (dissimulation des identités des verseurs de “dons” aux partis empoisonneurs) sous prétexte de collégialité. Décidément la solution à la salubrité (de tous ordres) ne sera atteinte que par la recherche par chacun de nous (acteurs et complices de la corruption compris), de la hausse du niveau de sa conscience personnelle.

Commentaire de Raoul Genoud le 1 novembre 2017 à 13:22

Merci pour ce texte. Vous omettez de signaler l’existence de cette initative:

http://www.future3.ch/suisse_libre_de_pesticides

Le salut viendra peut-être d’en bas, espérons-le.

Commentaire de F.de Montmollin le 2 novembre 2017 à 17:49

Une autre catastrophe du type amiante pourrait être les panneaux bourrés de produits dangereux.
Mais là le lobby protecteur est de l’autre bord : le bon bord.

Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 4 novembre 2017 à 22:12

Très bon article M. Barraud.
Dans les années cinquante et soixante, nous produisons sans pesticide ; pourtant les cultures de mon père et de ses voisins étaient belles, rentables aussi. Bien sûr la production à l’hectare était plus modeste et la population moins nombreuse mais on gaspillait moins la nourriture (la quantité de pain jeté de nos jours me fait honte de tant d’irrespect).
Les champs de céréales, après la moisson, embellis par la flore messicole, bourdonnait de quantité d’insectes butineurs, témoignant d’une abondante biodiversité, pas encore détruite par les herbicides (glyphosate ou autres), sur un sol vivant, à l’abri des néonicotinoïdes, destructeurs de la faune du sol.
Mais foin de nostalgie, l’agriculture bio d’aujourd’hui démontre qu’une autre voie est tout à fait possible, captivante même, pour les jeunes paysans. Mais cela plaît peu aux tenants d’une agriculture industrielle, produisant à vils prix pour les mondialistes libre-échangistes, tels qu’Economie suisse, les libéraux-radicaux ou Schneider-Ammann. Afin de vendre encore plus à la Chine occupant le Tibet ? Mais chut, l’argent n’a pas d’odeur…
Certes, l’agriculture suisse, avec ses 7% de prestations écologiques requises, est un modèle ; malheureusement, cette écologie imposée sert parfois d’alibi à certains ; ainsi, trop de grandes cultures intensives sont encore des déserts biologiques, soumises à la pression du rendement maximum à courte vue et à ses multiples interventions phytosanitaires.

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