ico Société Etats-Unis: une résilience incertaine

1 août 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Aux Etats-Unis, de plus en plus de voix se lèvent pour dire que la République est en danger. Et que plus on laisse, sans réagir, Donald Trump mentir et violer la Constitution, plus on précipite la fin de la démocratie américaine. Elles ont raison.

Le principal danger en ce moment pour la démocratie américaine, c’est le laisser-faire du Congrès. Les Républicains, dont est issu le président, sont soumis comme un troupeau de moutons, les uns parce qu’ils souhaitent sans complexes l’établissement d’une quasi-dictature, les autres, par soumission et crainte de représailles. Qui sait si, demain, Trump ne va pas exiger la suspension du Congrès, et l’obtenir ? Il a déjà obtenu le changement de certaines règles de fonctionnement, garantes précisément d’un fonctionnement démocratique; pourquoi n’irait-il pas plus loin, si on lui offre les pleins pouvoirs sur un plateau ? Qui sait si, demain, il n’exigera pas la fermeture des médias qui le critiquent ?

Chaque abandon l’encourage à aller plus loin. Le prochain coup de force sera probablement la destitution du procureur spécial Mueller, chargé de l’enquête «russe». Personne ne bougera. Viendra ensuite l’ouverture d’une enquête contre Hillary Clinton, puisque le président pense pouvoir commander à la justice. Là encore, la majorité républicaine ne réagira pas. Ainsi, d’une part on ne connaîtra jamais la vérité, et d’autre part le président et son entourage ne seront jamais inquiétés pour avoir truqué l’élection présidentielle !

Un danger plus sournois menace la démocratie américaine: c’est la confiance, un peu trop aveugle, de beaucoup dans la solidité et la résilience de la Constitution et des institutions – par quoi on entend non seulement le pouvoir judiciaire et le domaine étatique en général, mais aussi des institutions indispensables en démocratie telles que des médias indépendants. Indispensables, en effet: sinon, pourquoi les médias seraient-ils les premiers visés lorsqu’un dictateur s’installe au pouvoir ? «Laissons faire, disent les optimistes, les institutions sont là pour nous protéger, elles en ont vu d’autres !» C’est une grave erreur. Les institutions sont solides lorsque ceux qui détiennent le pouvoir en garantissent l’intégrité. Elles sont fragiles lorsque les apprentis dictateurs s’emploient à s’en servir, à les contourner, ou à les détruire.

De tels processus sont à l’oeuvre en Turquie, en Hongrie ou en Russie, qui ne sont plus des démocraties – si elles l’ont jamais été: tout est mis en oeuvre pour asservir les médias, empêcher l’existence même d’une opposition politique, écarter les témoins des exactions du pouvoir, comme les ONG qui défendent les droits de l’homme. Au passage, étonnons-nous que l’Union européenne laisser filer un de ses membres dans le fascisme, sans plus d’émotion que cela. Dans ces trois pays, on voit que le pouvoir a mis les institutions judiciaires à sa botte, ce qui permet d’éliminer durablement de la scène publique ceux qui voudraient défendre une voie démocratique; les médias indépendants sont muselés, fermés pour cause de «terrorisme», alors qu’ils ne sont victimes que du terrorisme du pouvoir lui-même. Comme tout cela va vite !

Certes nous ne sommes plus dans les année 30, où la destruction de la démocratie emprunta des voies ultra-violentes. On lira à ce sujet, avec effarement, la monumentale biographie d’Hitler de Volker Ullrich*, qui décrit par le menu, comme probablement jamais auparavant, la conquête du pouvoir et ses moyens, dès le début des années 20. Et où on voit, précisément, que lorsque les institutions plient, à commencer par la justice, face à la violence brutale et aux intimidations, plus rien ne peut arrêter un dictateur prêt à tout pour arriver à ses fins.

Il est un fait que la démocratie n’est plus très à la mode dans les pays démocratiques, et que les tentations autoritaires la mettent en danger. Raison de plus pour être plus vigilants que jamais, car la vie politique d’une nation n’est pas un balancier: lorsque la démocratie a été vidée de sa substance, et que l’on a pris les mauvaise habitudes inhérentes aux pouvoirs autoritaires (injustice, corruption, intimidations, arbitraire…), le retour à une vraie démocratie est quasi impossible. A bon entendeur…

* Volker Ullrich: Adolf Hitler, une biographie t.1 ; l’ascension, 1889-1939. NRF Essais, Gallimard. 1232 p.

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Commentaire de Noel Cramer le 1 août 2017 à 21:27

Trump – un effet salutaire ! Difficile à appréhender… Mais efficace pour mettre en évidence les contradictions cachées de la société. Trump ne durera probablement pas très longtemps dans sa position de pouvoir. Mais son passage obligera les Etats Unis à repenser leur position dans le discours mondial. Et il serait alors utile que l’Europe s’en préoccupe – et pense à se montrer avantageusement dans ce contexte..

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Griffures



“En deuxième diffusion”

Ceux qui disent que la SSR dépense trop et doit faire des économies en sont pour leurs frais: à écouter jour après jour La Première, on constate un formidable effort d’économies. En effet, plutôt que de produire des émissions originales, qui coûtent cher, on accable l’auditeur d’émissions “en nouvelle diffusion”, de la deuxième main en quelque sorte. Mais de quoi se plaint-on ? C’est l’été après tout, il n’y a quasi plus personne à La Sallaz, juste quelques plantons chargés de faire tourner les robots.
Mais quand même: l’auditeur n’a pas droit à une remise de redevance pour cause de produits pas frais. Or, j’imagine que Le Temps ou 24 Heures n’auraient pas le culot de me faire payer l’abonnement plein pot pour republier des vieilleries, sous prétexte que ce sont les vacances !
Au fait, Commentaires.com pourrait aussi publier des articles en deuxième diffusion, non ?

Le triomphe du pétrole

Donald Trump exige que la production de pétrole augmente partout dans le monde (sauf peut-être en Iran…), et donc la consommation aussi. Logique: l’effet du CO2 sur le climat n’est que fake news, tout comme le réchauffement climatique, que par ailleurs les scientifiques décrivent comme un facteur majeur de la migration d’Amérique centrale vers les Etats-Unis.
Mais l’essentiel n’est-il pas que les commanditaires et patrons de Trump et de son ministre de l’environnement (sic), comme les frères Koch et leurs affidés du pétrole et du charbon, fassent de bonnes affaires ? De toute façon, il auront disparu, couverts de dollars et satisfaits d’eux-mêmes, avant les grands désastres…
Et pendant ce temps de par le monde, des citoyens anonymes et probablement dérisoires font des efforts pour sauver ce qui peut l’être, fragiles fourmis qui croient pouvoir lutter contre les chars d’assaut du fric, du pouvoir et du cynisme. Vivons d’espoir !


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