ico Société Et si l’Inde devenait inhabitable ?

18 juillet 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

L’un des pays les plus peuplés du monde pourrait devenir partiellement inhabitable pour les humains d’ici 30 ans. Selon une étude du MIT, des vagues de chaleur mortelles vont frapper régulièrement l’Inde si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et comme on le sait, hélas, rien ne sera fait.

L’Asie du Sud Est, l’une des régions les plus peuples du monde, sera fortement frappée par les effets du réchauffement climatique. Ce sera le cas aussi de l’Afrique. Dans les deux cas, les conditions de vie de la majorité de la population – des petits paysans pauvres – vont s’aggraver, autant sur le plan économique que sanitaire. Le manque d’eau et les problèmes de santé liés à l’extrême chaleur, jour et nuit, vont péjorer encore une situation à peine supportable aujourd’hui. Dans les villes, le problème sera aggravé aussi, avec la croissance démographique due à l’exode rural, la disparition des espaces verts, et les masses de chaleur dégagées par des millions de véhicules et de climatiseurs tournant jour et nuit – avec de l’électricité issue du charbon.

Les rapports scientifiques, les graphiques et les statistiques sont convergents et convaincants, mais ils ont quelque chose de clinique qui ne nous permet pas l’expérience personnelle des choses. Or, éprouver soi-même, physiquement, ce qu’est une chaleur extrême, permet de comprendre l’ampleur de ce qui va arriver. Il y a quelques années en Inde, dans le Madhya Pradesh et le Radjastan, nous avons vécu plusieurs jours avec des pics de température de 49,6°C, et des nuits à plus de 35°C. Même pour le touriste bien nourri – mais voyageant modestement, sans climatisation – c’est absolument insupportable, et angoissant parce qu’on se sent mal en permanence, au bord de l’évanouissement. On peine à croire que les gens puissent encore travailler dans les champs dans de telles conditions, sous le soleil et dans la poussière, ou qu’en ville, les femmes travaillent comme des bêtes de somme sur les chantiers, avant d’aller cuisiner le soir dans la fumée âcre du mauvais charbon et de la bouse de vache séchée. Comment concevoir que ces conditions extrêmes puissent encore s’aggraver ?

Nous commençons seulement à prendre conscience de cette dure réalité: la biosphère humaine, autrement dit la part de la planète où l’homme peut vivre ou survivre d’un point de vue physiologique, est en train de se rétrécir inexorablement, soit par la montée des océans et les sécheresses, soit par des conditions climatiques qui dépassent ce que l’organisme humain peut supporter, ou ce que la terre peut produire. En même temps, la population mondiale explose, surtout dans les régions les plus menacées à court terme, et la production de gaz à effet de serre augmente aussi, logiquement, puisque chaque individu a besoin d’énergie. La comparaison avec les végétaux est tentante: lorsqu’il sent sa disparition prochaine, un arbre va produire un maximum de fruits pour perpétuer ses gènes…

C’est dans ce contexte que les gouvernements les plus influents poussent à l’augmentation de la production de pétrole, de charbon, de gaz de schiste et autres combustibles fossiles. Il n’est pas de semaine que les Etats-Unis, par exemple, ne battent un nouveau record de production de pétrole. Un pétrole qui, bien évidemment, sera brûlé et transformé en CO2.

En partie par nous autres Suisses, bien entendu ! Car si une petite prise de conscience paraît émerger dans notre pays, elle n’est pas encore suffisante pour influencer les comportements, marqués par le gaspillage des produits alimentaires, la surconsommation de biens jetables, et des besoins en énergie parmi les plus élevés du monde. Preuve en soit le fait, par exemple, que nous achetons des voitures toujours plus lourdes, et surpuissantes – par quoi on entend que leur puissance dépasse largement les besoins réels de l’usager –, et que l’un des principaux loisirs du week-end de nos concitoyens consiste à gaspiller de l’essence sur les cols alpins ou devant les tunnels routiers. Disons à leur décharge que le prix, absurdement bas, des carburants fossiles, est un encouragement: personne n’hésite à rouler à cause du prix de l’essence.

Le problème fondamental est que la lutte contre le réchauffement du climat passe obligatoirement par des mesures drastiques, et donc impopulaires, et par un arrêt de la croissance économique, voire par une décroissance. Le nier, c’est nous faire croire au Père Noël. Mais comme aucun gouvernement n’est prêt à jouer sa survie, la croissance va perdurer et le réchauffement va s’aggraver, inexorablement – comme en témoigne la disparition de nos glaciers, bien plus rapide qu’annoncé il y a encore une dizaine d’années. Ainsi, le monde prépare aujourd’hui les désastres de demain, sans lever le petit doigt parce que l’effort politique demandé est trop grand, et prépare aussi les vagues migratoires colossales que notre inaction délibérée aura suscitées.

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Commentaire de Philippe Lerch le 19 juillet 2018 à 21:25

A vous lire, vous semblez – lentement – accepter – au vu des réalités obtues – qu’il n’y aura d’autre solution que de briser un tabou: “nous sommes trop”.

Ceci posé, la question n’est pas réglée, car il s’agira de trouver une manière décente de réguler notre population mondiale.

Refuser cette réalité c’est laisser un boulevard aux solutions indécentes.

Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 20 juillet 2018 à 10:36

Autres tabous à briser : « la croissance sans fin sur une planète limitée » et « le veau d’or du toujours plus dans le superflu ».
Devenons plus modestes, on peut aussi vivre heureux sans vouloir tout posséder et tout visiter sur notre terre.

Commentaire de François de Montmollin le 20 juillet 2018 à 17:24

Pas de problème, tout ce beau monde n’a qu’à venir en Europe, nourris, blanchis, voiture fournie à l’arrivée, n’ont qu’à sonner chez Madame Somaruga. On viendra même les chercher..

Commentaire de Jean-François Grau le 25 juillet 2018 à 21:08

Excellent article qui je l’espère aura quand même un impact positif.
Dommage, le commentaire de F. de Montmollin: particulièrement obtus. Non, cher Monsieur. Votre esprit simplificateur est lamentable. Peut-être auriez-vous plus d’impact sur lesobservateurs.ch. Au fait, vous êtes-vous trompé de site?

Commentaire de B. Brunner le 14 août 2018 à 22:49

Mathématiquement, toute croissance, considérée comme positive dans l’immédiat, est rapidement totalement insoutenable. Même avec une 2ème terre, ou 3 autres terres.

Un vieux cours, par Prof. Bartlett, brillant, et toujours tellement d’actualité (en anglais) sur la croissance de “quelques pourcents” annuels:

https://www.youtube.com/watch?v=O133ppiVnWY

Sa question est posée correctement: La croissance exponentielle de la population ne peut pas être illimitée. Tant qu’il est temps, nous pouvons choisir comment la limiter. Au delà c’est la nature, la physique, ou quelques fous qui choisiront comment la limiter….

Vidéo à voir impérativement (1 heure) et à méditer….

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