ico Société Ecole et pédagogie : la recherche scientifique met le holà aux préjugés

30 janvier 2011 | Catégorie: société

JEAN-FRANCOIS HUGUELET *

Dans les articles portant sur la pédagogie, la presse propage plus ou moins volontairement l’impression que la recherche dans le domaine pédagogique n’a qu’un seul discours : celui des pédagogies centrées sur l’enfant construisant lui-même ses savoirs.

La pédagogie est bien souvent l’objet de préjugés soigneusement cultivés par des autorités politiques trop soucieuses de leur image et validés par des études opportunément commanditées ou des interprétations libres qui montrent que la bonne pédagogie est celle qui est prétendue « moderne » et qui « met l’enfant au centre ».

Cette approche démagogique est problématique à plusieurs égards. Premièrement, elle se met au service de modèles pédagogiques inefficaces. Deuxièmement, elle entretient l’instabilité en obligeant le système scolaire à changer continuellement sous la pression de la critique et l’impitoyable jugement des faits. Ensuite, pétrie de préjugés, elle reste captive de ses idéologies soigneusement entretenues dans le cadre de la formation initiale des enseignants. Enfin, elle renie une évidence validée par la recherche scientifique et reconnue par la quasi-totalité des enseignants expérimentés : quand le maître explique, les élèves apprennent !

Dans le Canton de Vaud, les décideurs pédagogiques et politiques ont résolument choisi de valoriser la réussite, au détriment de l’instruction. Les enseignants y perdent le sens de leur mission. Lorsqu’elle laisse les élèves imaginer qu’ils sont les constructeurs de leurs savoirs et que ceux-ci s’acquièrent par le jeu ou par un simple accompagnement, l’école les prive de l’immense capital de connaissances accumulé par les générations. Ainsi, seuls les élèves issus de milieux culturels et sociaux favorisés ont accès à ce capital par l’intermédiaire de leur cadre familial, ce qui accroît considérablement les inégalités sociales préexistantes. Lorsqu’elle leur donne l’illusion que seule la réussite est possible, l’école réduit chez les enfants la perception de la valeur de l’effort et le désir de se surpasser, elle les conduit à la démotivation et à la dépression dès les premiers écueils.

Le système scolaire vaudois est une parfaite illustration de ces problèmes. Dûment appuyé par des études commanditées pour donner des résultats « souhaitables », chaque bouleversement du système y est présenté comme un changement incontournable qui permettra de s’adapter à l’inéluctable évolution. Dans cette optique, les études sont commanditées pour se mettre au service de l’idéologie et non pas de l’efficacité.

Or depuis plus de 15 ans déjà, à l’écart des disputes, la recherche scientifique en matière de pédagogie donne des résultats qui égratignent largement les préjugés des idéologues, mais aussi apporte des preuves scientifiques qui valident le bon sens.

Aux USA, la question des pédagogies et du rôle du maître dans la classe a fait l’objet de recherches scientifiques longitudinales autour d’un projet, le « Follow through ». L’objectif de ce projet scientifique était de comprendre les composantes de l’efficacité dans l’enseignement pour appuyer la lutte contre la pauvreté par l’instruction. Il portait sur la comparaison dans le temps d’un certain nombre de modèles pédagogiques réunis en neuf familles. La recherche a porté sur un groupe de 350’000 élèves et les observations détaillées sur env. 70’000 élèves entre 1968 et 1982. Ces recherches ont permis d’accumuler une foule de données probantes et ont ouvert la voie à de multiples études qui ont presque toutes démontré l’immense supériorité des pédagogies explicites (« direct instruction »), tant en matière de connaissances que d’estime de soi.

Parmi ces études, il faut mettre en évidence celle des professeurs Gauthier, Bissonnette et Richard (Université Laval de Montréal) dont les résultats ont été publiés en 2005 « Quelles sont les pédagogies efficaces ? ». Le projet de récolte de données « Follow trough » a fait l’objet de plus de 180 méta-analyses dont les plus importantes, le NRP (national reading panel – USA 2000), le NLP (national litteracy panel – USA 2008) et le NMP (national mathematical panel – USA 2008) mettent toutes en évidence la nécessité d’organiser la pédagogie de façon à ce que les notions soient enseignées en partant du simple vers le complexe (instruction directe) et non l’inverse (instruction globale – ou mixte). L’importance primordiale de la reconnaissance des lettres et des phonèmes au stade initial de l’apprentissage de la lecture y est constamment soulignée, de même que l’importance de la répétition.

Surtout, l’ensemble de ces analyses ont validé un aspect du bon sens que la pédagogie nie depuis longtemps : ce sont les connaissances et les performances des élèves qui accroissent leur estime de soi et rarement l’inverse. La quasi-totalité de ces analyses et méta-analyses mettent aussi en évidence la supériorité des pédagogies structurées pour tous les enfants, quelle que soit leur origine sociale et économique.

Plus proche de nous, la recherche scientifique dans le domaine de la psychologie cognitive fait des pas de géant dans l’analyse du fonctionnement du cerveau humain en situation d’apprentissage. Encore une fois, les préjugés pédagogiques se font égratigner : se basant sur 35 ans d’expertise médicale et les nombreux cas de dyslexie qui lui ont été soumis, la doctoresse Wettstein-Badour a longuement analysé et expliqué les causes de ce problème qu’elle nomme « la fausse dyslexie ». Après avoir observé et aidé de nombreux enfants touchés par ce problème, elle a écrit plusieurs rapports basés sur ses constatations (lien vers la synthèse de ses rapports et travaux).

Au-delà du travail systématique et engagé de Madame Wettstein-Badour, la recherche scientifique avance au galop en matière de psychologie cognitive :

Dans son ouvrage « Les neurones de la lecture » (extraits significatifs dans le lien), éditions Odile Jacob-2007, Stanislas Dehaene, chercheur et professeur en psychologie cognitive au Collège de France, explique les processus d’apprentissage de la lecture, démontrant de façon systématique et scientifique les erreurs de la pédagogie dite « centrée sur l’enfant » ainsi que des méthodes d’apprentissage global (ou mixte). Encore une fois, il y démontre que seul l’apprentissage systématique et progressif des plus petites entités (les lettres, les phonèmes) vers les plus grandes (mots, phrases) apporte une maîtrise satisfaisante de la lecture en stimulant les fonctions du cerveau qui s’y prêtent le mieux. Stanislas Dehaene souligne que le problème a été identifié par les ministres de l’éducation nationale en France. A la question : « pourquoi alors les méthodes globales de lecture n’ont-elles pas été abandonnées ? », il répond : « Dans les faits, quoique vouée aux gémonies, la méthode globale continue d’infiltrer les programmes, ne fût-ce que par inertie ou par habitude. »

Je ne pourrais terminer cet article sans citer le récent ouvrage d’un chercheur américain en psychologie cognitive, Daniel T. Willigham de l’université de Virginie -USA- qui vient de publier le résultat de ses recherches dans un ouvrage intitulé « Why don’t students like school ? » (en français, éditions La librairie des écoles -2010- : « pourquoi les élèves n’aiment pas l’école »). Encore une recherche qui démontre le rôle favorable d’un enseignement structuré et son évidente supériorité sur les pédagogies centrées sur l’enfant, ainsi que l’aspect indispensable des apprentissages par cœur.

Avec des preuves scientifiques qui ne cessent de s’accumuler, on se demande pourquoi ces questions ne sont pas abordées dans les milieux politiques et de l’instruction publique. Malheureusement, ceux-ci se réfèrent systématiquement à des « experts de café pédagogique » qui tiennent à conserver l’illusion de la nouveauté au mythe défraîchi de leur chapelle. Ces derniers, menacés dans leur hégémonie par les résultats de ces nouvelles recherches, ne sont pas enclins à prendre en compte ces nouvelles connaissances pédagogiques et cherchent au contraire tous les moyens pour les escamoter ou, subsidiairement, les dénigrer.

Il faut aussi dire que, dans ce domaine, les médias ne font pas leur travail avec toute la curiosité que l’on est en droit d’attendre d’eux.

Cette passivité confortable, avec comme corollaire une perméabilité sans limite à la doctrine officielle, contribue à entretenir les lacunes et les insuffisances de l’école vaudoise, mais aussi romande, dans le choix des méthodes et des modèles pédagogiques.

* Enseignant

**** 36votes




Commentaire de Patrick Dupont le 4 février 2011 à 8:58

mais vous n’avez rien compris !
plus le peuple est ignare, mieux le “système” peu propérer et réaliser ses projets mortifères

et nous livrons nos enfants à la machine qui détruit l’intelligence………………….

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