ico Société Démolir les énergies renouvelables, c’est très tendance !

26 mai 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Depuis peu il est très tendance, chez les chroniqueurs de droite, de semer le doute sur les énergies renouvelables, qui seraient écologiquement suspectes, polluantes et incapables de répondre aux besoins. Il faut voir là les derniers soubresauts d’une vision de la fourniture d’énergie typique du 20e siècle, et partant frappée d’archaïsme.

Le point commun de ces campagnes de dénigrement de la transition écologique et des énergies renouvelables, c’est la référence quasi unique à l’énergie nucléaire: on compare systématiquement la production des éoliennes et des capteurs photovoltaïques à celle d’une centrale nucléaire, et du coup, la comparaison des chiffres est évidemment frappante, et la manipulation des esprits facile: «Il faudrait couvrir le Plateau de panneaux solaires et d’éoliennes pour remplacer une seule centrale !»

En réalité, ce courant d’opinion s’appuie sur une conception archaïque de la production et de la distribution d’énergie. Il se fonde sur l’idée que de très grosses unités (centrales nucléaires, barrages, centrales thermiques…) fournissent l’ensemble de l’électricité distribuée à des consommateurs captifs. Or les énergies renouvelables changent complètement la donne, et rendent ce modèle désuet. En effet, on passe d’une conception verticale et centralisée à une vision horizontale et décentralisée de la production d’énergie.

Les fameux panneaux photovoltaïques que ces milieux aiment tant décrier démontrent déjà, aujourd’hui, qu’ils sont capables de répondre à la demande des consommateurs qui les ont installés sur leur toit. Soit le courant produit est consommé directement – la puissance est suffisante pour cuisiner tout en faisant tourner le laver-linge, par exemple – soit il est réinjecté dans le réseau, donc jamais perdu ni gaspillé lorsqu’il est produit en excès. Car même s’il n’est pas entièrement consommé par le réseau, il est stocké dans les barrages, qui jouent parfaitement le rôle de «batteries», disponibles à la demande.

Mais il y a mieux: les petits producteurs d’électricité – individuels, d’un immeuble ou d’un quartier – peuvent installer dans leurs bâtiments (ou à l’extérieur) des batteries de forte capacité qui leur permettent d’utiliser le soir l’électricité qu’ils ont produit le jour. On peut même utiliser sa voiture électrique comme élément de stockage, puis repomper l’électricité nécessaire ensuite ! On est donc proche de l’autonomie énergétique – un rêve, et surtout un changement de paradigme intervenu en quelques années seulement.

Ah, oui mais ! Ces fameuses batteries, ne sont-elles pas pires que le pétrole et l’atome réunis ? L’argument massue consiste à dire que le lithium, largement utilisé dans les batteries actuelles, et un élément rare dont l’extraction serait polluante. On reste pantois devant tant de mauvaise foi, car ces gens oublient soigneusement que nous avons derrière nous 150 ans d’extraction du pétrole dans des conditions écologiques déplorables, et qui s’aggravent avec l’exploitation des schistes bitumineux en Amérique du Nord. Cela ne semble pas leur poser le moindre problème, pas davantage que l’élimination de milliards de vieilles voitures qui pourrissent dans des cimetières à voitures en laissant échapper leurs fluides dans la nature, et pas davantage encore que le traitement des déchets des centrales nucléaires, qui reste entier à ce jour.

Le stockage de l’électricité reste un problème qui n’est pas entièrement résolu, mais les choses vont très vite. La conception des batteries en particulier fait de grands progrès, de même que leur recyclage. Laissons à la recherche et à l’industrie le temps de développer les nouvelles technologies nécessaires, où des sommes énormes sont investies. C’est un aspect fondamental, mais qui ne doit pas nous faire oublier l’enjeu: ce qui rendra  le monde invivable demain, avec une hausse des températures de 5 à 6°C en 2100, ce ne sont pas les batteries de nos maisons et de nos voitures, mais les gaz à effet de serre générés par la combustion du pétrole, qui ne cesse de croître parallèlement à la production.

Dans ces conditions, et face à un enjeu de simple survie pour l’humanité, venir chipoter sur des énergies renouvelables dont la mise en œuvre serait écologiquement discutables, est tout simplement à côté de la plaque. D’autant que ceux qui critiquent les efforts de la transition énergétique sont bien en peine de formuler des propositions alternatives crédibles, eux qui se bornent à ressasser la propagande du lobby nucléaire.

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Commentaire de B. Brunner le 27 mai 2018 à 0:29

Tout à fait juste! Sans oublier le lobby pétrolier.

Le président de l’UDC et conseiller national, est aussi le président de … SwissOil, association et lobby des énergies fossiles… Mais ne voit aucun problème de conflits d’intérêts entre la population (et donc la santé de celle-ci) qu’il est censé représenter au parlement et les intérêts du pétrole et de ses pollutions dangereuses et tuant des millions de personnes dans le monde et en Suisse aussi.

Petite précision: Il n’y a pas besoin d’attendre de nouvelles techniques ou des baisses de prix pour passer aux énergies renouvelables:

En effet, tout chauffage et toute voiture fossile peut être remplacée par une alternative zéro émissions fonctionnant à l’électricité renouvelable lors du changement. Avec une différence de prix rentabilisée en moins de 5 ans pour les voitures et en moins de 12 ans pour les chauffages de par les réduction de coûts. Et en changeant aujourd’hui, on économise dès cette année. Et comme cette économie est supérieure aux baisses de prix prévisibles sur une année, attendre une année pour que les prix baissent plus… est un mauvais calcul!

Les milieux de droite devraient savoir calculer, et se rendre compte que l’énergie électrique renouvelable est indigène, alors que le pétrole est importé. Et que l’énergie renouvelable, même stockée en batteries ou en barrages, est aujourd’hui la moins chère de toutes, même en ne tenant pas compte de l’amortissement des centrales non-renouvelables existantes! Partout dans le monde où l’économie fonctionne, des centrales fossiles sont remplacées par du renouvelable. Sauf en Suisse !?

Ce machiavélique combat d’arrière-garde contre les énergies renouvelables est truffé de mensonges et fausses logiques. Et ce sera très probablement vu comme crime monstrueux contre l’humanité sous peu.

Commentaire de Noel Cramer le 27 mai 2018 à 9:03

Il ne fait pas de doute que l’avenir appartient à l’utilisation de l’énergie sous forme électrique. Sa distribution est facile et sa conversion en énergie mécanique est efficace à presque 100%.
La difficulté principale est dans son stockage, ensuite dans sa production. Mais la technologie existe et se développe rapidement. Cependant, un changement considérable de mentalité dans l’utilisation de l’énergie sera nécessaire.
Et – surtout – ne vendons pas nos centrales hydroélectriques aux investisseurs étrangers ! ….

Commentaire de Pierre Santschi le 29 mai 2018 à 11:31

L’une des plus sournoises (inconscientes?) démolitions des énergies renouvelables est celle des SI de Lausanne qui facturent le courant électrique sale (nucléaire notamment) meilleur marché que le courant propre, poussant donc à sa consommation et donc à la prolongation de son existence. Alors que tous les chiffres scientifiques non bricolés par des ingénieurs et des politiciens incapables et/ou malhonnêtes montrent que le coût pour la société et la nature des énergies sales est un gigantesque multiple de celui des énergies propres…

Commentaire de B. Brunner le 30 mai 2018 à 15:30

Juste. Mais au moins les SIL ont profité d’une baisse il y a quelques années pour passer tout le monde en énergies renouvelables par consentement tacite. Et il fallait demander explicitement d’avoir de l’énergie grise sale à peine moins chère. Ce que très peu de monde a fait, heureusement.

Accessoirement, partout l’électricité à midi (en particulier en été, en pléthore), revient moins cher qu’à minuit. Pourtant elle est facturée moins cher à minuit. Pourquoi ?!

Le prix de revient réel des nouvelles installations d’énergie renouvelable éoliennes et solaires, y compris stockage en batteries propres (eau salée) est moins cher que l’énergie nucléaire.

Le reste n’est qu’artifices comptables et de chicanes réglementaires pour cacher des coûts nucléaires et fossiles (et les faire payer par les collectivités et les générations futures) et pour rendre le coût des énergies renouvelables plus cher que ce qu’ils ne sont.

Pourquoi est-ce que les frais de permis et d’administration pour installer quelques tuiles solaires sur son toit ou quelques panneaux dans son jardin coûtent plus cher que ces tuilles ou paneaux solaires ??? Alors que la loi cantonale permet ceci explicitement ?

Pourquoi faut-il un permis de contruire pour (avec géomètre, architecte, thermicien, test amiante, acousticien) pour remplacer un chauffage au mazout polluant et cher par une PAC et des panneaux solaires alors que remettre un chauffage au mazout plus bruyant ne nécessite pas de permis ?!

Il faut abolir ces réglementations obsolètes. Et comme c’est long, simplement les interdire.

Et au moins mettre les mêmes contraintes pour l’énergie fossiles.

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