ico Société Comme des porcs à l’engrais

22 mai 2018 | Catégorie: société

L’écoute des matinales de La Première est parfois éprouvante pour les oreilles sensibles à la langue, non par la faute des journalistes, qui connaissent assez bien leur affaire, mais à cause de leurs invités, des gens à la fois prétentieux et incultes qui croient impressionner le monde avec leur pitoyable swissglish.

Ce 22 mai par exemple, les auditeurs ont pu entendre un gros bonnet du CIO qui s’engageait à adresser les problèmes lorsqu’ils se posent. Belle résolution: il devrait commencer par adresser son manque de maîtrise du français! On a subi ensuite l’interview d’un représentant des remontées mécaniques valaisannes, qui exhortait les stations à respecter les expectations des clients. Ce brave monsieur devrait à tout le moins respecter aussi la langue française, surtout lorsqu’il s’adresse à l’ensemble de la Suisse romande, où la connaissance de la langue est de plus en plus approximative et les ravages du swissglish dévastateurs. Toute nouvelle activité en société doit obligatoirement avoir un nom américanisant finissant en -ing, tout petit jeune qui se lance dans la chanson doit le faire en anglais, et avec un nom qui sonne anglo-saxon (obligatoire), tout créateur de société, fût-ce de promotion d’une spécialité locale du Gros-de-Vaud, lui donnera un nom anglophone.

Cette évolution est assez désespérante, d’autant qu’elle commence à toucher gravement nos voisins français: j’entendais l’autre jour une dame qui était happiness officer dans une quelconque entreprise parisienne, une dénomination ridicule pour une fonction qui ne l’est pas moins, si vous voulez mon avis.

Cette évolution est désespérante non seulement parce que la langue française est en voie d’appauvrissement et de ringardisation rapide, mais surtout par ce qu’elle dit de notre société: tout ce qui est souhaitable, nouveau, vient nécessairement des Etats-Unis: l’Europe n’invente plus rien, ni en matière de technologie, ni en matière de sports nouveaux, de modes, de concepts et de trends (osons le mot…), de musique. Logiquement donc, nous ingurgitons sans esprit critique tout ce qui nous arrive d’Amérique, les choses, les idées et les mots. Même Betty Bossi parle américain dans ses publications, véhiculant efficacement une culture de masse pauvre mais séduisante – celle-là même qui transpire dans les séries télévisées dont nos contemporains s’abrutissent cinq heures par jour. Nous sommes comme des porcs en batterie, qui ingurgitent la manne culturelle industrielle qui nous rendra incultes, gras, et finalement, un peu cons… Un peu cons, mais si contents!

 

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Commentaire de Pierre Bonnard le 23 mai 2018 à 15:02

Pas de désespoir pour moi. Certes, on ne peut pas réagir à chaud à la radio ou à la télé contre ce genre de cuistres prétentieux, mais en vrai face-à-face c’est agréable de corriger son interlocuteur, avec gentillesse ou moquerie, voire mépris, c’est selon!

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