ico Société Climat: l’ère de la post-vérité ?

1 mai 2018 | Catégorie: société

RAPHAEL ARLETTAZ*

Si l’on en croit Jean-Claude Pont1, au récent ouvrage duquel le Nouvelliste consacre une pleine page le 16 avril 2018, la thèse du réchauffement climatique ne tient pas la route. Raphaël Arlettaz a lu l’ouvrage et nous en fait une brève recension. Précisons qu’il n’est pas plus climatologue que Pont, enseignant la biologie à l’Université de Berne, tandis que Pont a lui a enseigné les mathématiques au collège de Sion puis l’histoire et la philosophie des sciences à l’Université de Genève.

Sur les 230 pages du livre de Jean-Claude Pont, seules 50 traitent de faits climatiques, le reste n’est que considérations très générales et attaques en règle du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernementaux sur l’Evolution du Climat), répétitives à souhait. C’est une somme à charge qui rate totalement le coche car détruire un édifice de connaissance patiemment construit par des milliers de climatologues de par le monde, sans proposer de véritable alternative explicative, c’est-à-dire de nouveau modèle plus convaincant, est une exercice aussi insensé que futile et risqué.

Selon Pont, le GIEC, qu’il assimile à une secte, ne mériterait pas son étiquette de groupe d’experts. N’y siégeraient que des climatologues de second plan, donc peu crédibles. Les professeurs Beniston et Stocker (Unis de Genève et Berne) apprécieront! En fait, Pont ne comprend visiblement pas ce qu’est une plateforme intergouvernementale. Il ne s’agit en effet pas uniquement d’un pannel des meilleurs scientifiques de haut rang, mais, comme son nom l’indique d’ailleurs, d’un groupement mixte qui réunit scientifiques aguerris et responsables gouvernementaux, avec l’objectif justement que les acquis de la science soient pris en compte par les politiques et ne restent pas lettre morte.

Le livre de Pont n’est pas une «étude», contrairement à ce qu’il affirme péremptoirement, mais une recension très partielle (quasiment seules les publications en français sont citées alors que la science moderne publie essentiellement en anglais), donc forcément subjective, de l’état de nos connaissances sur la question climatique. Le problème est que les faits présentés sont imprécis sinon faux. Par exemple, Pont conteste que le CO2 puisse avoir un effet majeur sur le climat global, via sa contribution à l’effet de serre, en raison de sa faible concentration dans l’atmosphère. Selon lui, le rôle de la vapeur d’eau, qui joue effectivement un rôle primordial (environ 60%) dans l’effet de serre planétaire, serait tout bonnement ignoré. Il omet de signaler ou semble ignorer que l’eau ne s’accumule pas dans l’atmosphère car elle en est régulièrement lessivée via les précipitations atmosphériques, contrairement au CO2 (26% de l’effet de serre) qui lui s’y accumule sans possibilité rapide de «lessivage». Le temps de rétention du CO2 dans l’atmosphère est ainsi d’environ une centaine d’années contre moins de deux semaines pour la vapeur d’eau. Le potentiel de réchauffement climatique du CO2 est donc sans commune mesure avec celui de la vapeur d’eau, dont le rôle est en fait totalement négligeable! L’analyse qu’en fait Pont est d’une naïveté proprement déconcertante. On en apprend plus sur l’effet des gaz à effet de serre sur la mécanique du moteur climatique en consultant Wikipedia qu’en lisant les 230 pages de ce brûlot.

Le livre est illustré de tableaux et figures d’une indigence crasse (axes sans métrique, etc.) repiquées pour la plupart dans des ouvrages généraux souvent archaïques. Les récents acquis de la science, comme par exemple les analyses des concentrations de CO2 dans les calottes glaciaires, semblent sciemment ignorés. Etonnamment, dans sa démonstration, Pont ne remet pas seulement en doute l’origine anthropique du réchauffement climatique actuel, il remet carrément en doute le réchauffement lui-même! Il utilise à ce titre dans sa ligne d’argumentation des relevés météo effectués à long terme par un amateur en Anniviers. A cet effet, Pont compare simplement les moyennes de précipitations calculées pour des blocs de dix années successives. Un ancien professeur de mathématiques au collège qui ne pense même pas à plaquer un modèle linéaire sur une série temporelle pour tester la significativité d’une tendance, c’est assez consternant! Quand il aborde la question de la fonte des glaciers, il assène également que c’est par manque d’alimentation que ceux-ci régressent et non par une augmentation de la température ambiante qui les fait fondre. Pourquoi dès lors, à l’appui de sa thèse, ne présente-t-il aucune statistique démontrant un déclin des précipitations au cours du temps en haute altitude? En fait, Pont pense déceler («j’ai aussi la conviction que…», on quitte ici le registre de la science et des faits pour celui de la foi!) dans les fluctuations de l’activité solaire la cause du réchauffement actuel auquel il écrit ailleurs ne pas croire, se contredisant au passage! Ici encore, aucun fait tangible n’étayant son hypothèse, et pour cause: les cycles solaires sont relativement bien étudiés et ne peuvent à eux seuls expliquer la tendance actuelle d’élévation de la température moyenne.

Pont invoque ensuite une forme d’obscurantisme ambient qui nous empêcherait de percevoir la vraie réalité des variations climatiques actuelles. Il compare la «congrégation» des climato-sceptiques, à qui il appartient, à autant de Galilée. Ignorés et snobés, les thèses des climato-sceptiques seraient tout simplement bafouées par un establishment scientifique ignare. Pont se pose donc lui-même, ainsi que ses correligionaires, en victimes d’un système qui serait totalement dénué d’entendement. Se comparer à Galilée est particulièrement prétententieux car, contrairement à l’astronome italien, Pont et ses pairs ne proposent aucun modèle explicatif alternatif crédible du système climatique qui s’emballe. Il se contente juste de dénier l’existence du réchauffement, et pas seulement de son origine anthropique, ce qui est aller fort! Prenant cette posture de héros snobé, Jean-Claude tombe dans des travers de Don Quichotte.

En bref, Jean-Claude Pont voit dans la thèse de la destruction du climat, une conspiration initiée par l’idéologie écologiste, l’«agressivité verte» pour utiliser ses propres termes. Pour lui, les activités humaines semblent bel et bien incapables de changer l’état et les mécanismes de la biosphère. Ici on croit rêver: notre espèce s’accapare déjà plus de la moitié de la productivité primaire nette (NPP) de la biosphère, directement et indirectement, et cela n’aurait selon lui aucun impact ni sur le climat ni sur nos écosystèmes? Allons bon! A la lecture de Pont une seule chose apparaît comme certaine: l’ère de la post-vérité envahit bel et bien tout le champ: l’Europe et la Suisse ne sont visiblement pas immunisées contre les dangers de la désinformation la plus crasse.

* Professeur à l’Université de Berne

  1. Le vrai, le faux et l’incertain dans les thèses du réchauffement climatique», Ed. La Liseuse

 

***½ 23votes




Commentaire de gindrat le 1 mai 2018 à 19:27

Peu importe les avis plus ou moins justifiés.
En raison de mon âge avancé, il me suffit de
constater la diminutions de nos glaciers pour comprendre que l’homme a réussi à compromettre le fonctionnement de la nature.

Commentaire de Denys Pierrehumbert le 1 mai 2018 à 21:26

Monsieur Arlettaz,

Vous écrivez :

“Etonnamment, dans sa démonstration, Pont ne remet pas seulement en doute l’origine anthropique du réchauffement climatique actuel, il remet carrément en doute le réchauffement lui-même!”

Monsieur Pont a bien raison de mettre cette question sur la table dans la mesure où l’exagération du réchauffement par les climatologues est patent : http://climat.dphi.ch/stations/evtempch.pdf

L’affaire du climat vaut mise en garde. Fake news et post-vérités ne sont pas nécessairement là où on les attendrait.

Commentaire de B. Brunner le 2 mai 2018 à 0:41

Ce genre d’ouvrage et d’articles pseudo-scientifiques non revus par des pairs ni publiés dans des revues sérieuses sont hautement suspects et devrait être ignorés, et dans le cas du livre, peut-être son auteur encourt un risque pénal pour participation au crime contre l’humanité en cours?

Il suffit d’avoir 30 ans ou plus pour se rendre compte que les différences climatiques sont crasses en Suisse, comme ailleurs où l’on a habité. Ces dernières années c’est vraiment visible.

Mais l’industrie responsable continue d’enfumer par hommes de paille interposés tout en sachant, préférant encaisser des dollars sur le court-terme sur le dos des générations futures, ainsi que de leur propre retraite.

On ne parle plus de réchauffement mais de changements, avec des extrêmes chaud et froid plus grandes, et des phénomènes météo extrêmes beaucoup plus fréquents, à même de mettre en péril l’humanité entière si rien n’est fait.

Tous les scientifiques climatiques sont unanimes (à l’exception de quelques rares cas, dont les publications ont été prouvées erronées).

Il est grand temps d’agir, et d’arrêter de brûler du pétrole aussi rapidement que possible.

Chaque litre de mazout ou essence brûlé a pour effet de fondre environ 1’500 kg de glaces polaires, et même 2’000 kg si on tient compte de la production de l’essence!

Commentaire de Noel Cramer le 2 mai 2018 à 8:58

Excellent compte-rendu du livre de J.-C. Pont. Les climatosceptiques pratiquent systématiquement l’inversion de la réalité. Qualifiant par exemple les scientifiques “d’idéologues” alors qu’ils le sont foncièrement eux-mêmes.
La communauté scientifique est activement autorégulatrice. Les seules lois reconnues sont celles de la nature. Les éventuelles fausses interprétations, ou même tentatives de tricherie, sont rapidement identifiées et exposées devant la communauté.
Il est surprenant qu’un ancien professeur de l’histoire de la philosophie des sciences à l’Université de Genève fasse peu état de ce fait…

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