ico Société Climat: au-delà de la prise de conscience

29 juin 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Le sentiment de l’urgence climatique commence enfin à gagner les milieux conservateurs. Il est plus que temps, car les processus semblent s’accélérer et menacent directement, à moyen terme, les conditions même de l’existence humaine.

Entendre de la part d’experts que dans les régions tropicales, des mégalopoles comme Lagos compteront bientôt 300 jours de canicule extrême par an, est proprement effarant. Ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres, qui montrent que le dérèglement climatique aura des conséquences économiques et migratoires colossales. Et plus on attend pour agir, plus ces conséquences seront dramatiques et coûteuses.

En Suisse, jusqu’ici, le PLR ne s’était guère ému de ce phénomène: tant que l’économie croît, que les actionnaires encaissent et que les moteurs tournent, tout va bien ! Or, on sent désormais un frémissement, une ébauche de prise de conscience, comme en atteste le dossier plutôt bien fait consacré au défi climatique par l’organe du PLR vaudois, Tribune. Dossier plutôt alarmiste, qui évoque 250 millions de réfugiés climatiques en 2050, une explosion de la pauvreté extrême d’ici une douzaine d’années, une flambée des maladie infectieuses y compris au Nord, et des dommages économiques chiffrés à plusieurs milliers de milliards de dollars. Dans le même journal, Jacqueline de Quattro ne tient pas un discours différent: «Au moment où Donald Trump recule, nous avançons !», rappelant au passage que l’Arc alpin subira le réchauffement de manière particulièrement forte, avec +4°C à la fin du siècle pour une hausse globale de +2°C.

Au reste, ce réchauffement «suisse» est déjà bien visible, puisque depuis le début du siècle chaque année est plus chaude que la précédente, et que nos glaciers sont de moins en moins sublimes: celui, emblématique, d’Aletsch, par exemple, recule et s’amincit de manière dramatique, provoquant le glissement des belles forêts qui le bordent: déjà, certains des plus fameux sentiers, devenus mobiles et crevassés, sont interdits aux randonneurs.

Mais tout cela est connu, et les tentatives d’occulter la réalité auxquelles se livrent encore quelques climatosceptiques butés et irresponsables, ne font que retarder la mise en place de mesures indispensables. Selon le message adressé au G20 par des dizaines de personnalités éminentes dans le monde, il reste trois ans pour infléchir de manière significative l’émission de gaz à effet de serre, ce qui nous donnerait 20 ans pour mettre en place les moyens de ne plus rejeter du tout de ces gaz. Et 20 ans, ce n’est pas beaucoup…

Les prises de conscience, bien réelles, et les appels solennels sont une chose, excellente et nécessaire. Mais le plus difficile est d’en tirer les conséquences, et d’agir. Or, que constate-t-on ? On se félicite de l’Accord de Paris, avec ou sans les Etats-Unis, mais le monde continue à fond dans l’économie du carbone, et la croissance de celui-ci. Par exemple, le Canada déclare vouloir augmenter sa production de pétrole de 30% d’ici à 2030, avec les sables bitumineux; de nombreux pays cherchent activement de nouveaux gisements, notamment dans l’Arctique débarrassé de la banquise; or, si l’on veut produire toujours plus de pétrole, c’est pour l’utiliser. L’économie et les politiques se réjouissent du développement exponentiel que connaît le trafic aérien; la pollution phénoménale due au transport maritime échappe à toute mesure; et à notre niveau individuel, nous ne sommes pas prêts à la moindre concession en termes de confort: les Suisses achètent toujours plus de véhicules gros et lourds, et il n’est pas question de renoncer aux bouchons du Gotthard (combien de tonnes d’essence gaspillées chaque week.end?), ni de payer des taxes supplémentaires sur les carburants, dont les prix, ne l’oublions pas, sont inférieurs à ceux de l’eau minérale…

En un mot comme en cent, l’objectif de contenir le réchauffement à 2°C ou 2,5 °C en 2100 est une vue de l’esprit, un objectif irréaliste et irréalisable. Ce sera le double, ou le triple, les décideurs le savent, sans trop le dire pour ne pas alarmer la population. Car il y a de quoi s’alarmer: avec une hausse de 5°C, le visage même de la planète sera profondément modifié, les terres émergées perdront des millions de kilomètres carrés. Et d’ici là, la population mondiale aura continué à exploser, démultipliant d’autant le problème.

Le développement des énergies renouvelables offre aux politiques et à l’économie un excellent moyen de passer de la parole aux actes. Vite !

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Commentaire de B. Brunner le 29 juin 2017 à 14:06

“passer de la parole aux actes. Vite !”

Oui, bonne analyse, et c’est les bons termes! Surtout agir, et vite!

La confédération et les cantons, ainsi que les organismes internationaux, tels que l’ONU, l’OCDE, l’organisation du traffic maritime doivent mettre en place de nouvelles règles et incitations intéressantes pour une transition énergétique rapide. Ceci tant auprès des individus que des entreprises, que de soutenir l’industrie du renouvelable. Celle ci doit se transformer en machine de production de guerre, de guerre contre le changement climatique. Avec le soutien des Etats, comme ils le font pour le pétrole, ce qu’ils devraient arrêter! Facile à dire! La corruption et les conflits d’intérêts sont la vraie peste de ce changement, et doivent être éradiqués. La France montre l’exemple à ce titre dans ses paroles, je me réjouis de voir les actes. Je me réjouis de voir les actes en Suisse et dans les Cantons aussi!

Commentaire de Ben Simkins le 29 juin 2017 à 14:18

Il y a peu, le peuple Suisse a voté pour la fermeture et non-renouvèlement de ses centrales nucléaires; décision qui induira une hausse de production de CO2, selon tous les scénarios sauf les plus farfelus.

Dès lors il est permis de se questionner sur la vraie priorité donnée par nos concitoyens au combat contre le réchauffement climatique.

Commentaire de Noel Cramer le 29 juin 2017 à 18:14

Difficile de dialoguer avec les climatosceptiques – qui taxent la climatologie de “pseudo-science” en utilisant à cette fin une argumentation pseudo-scientifique…
L’effet de serre du à certains gaz atmosphériques – et dont le CO2 est un des plus efficaces et le plus persistant – est une réalité connue depuis longtemps. Le chimiste suédois Arrhenius a traité de la question en 1896 déjà. Les faits sont indéniables. Notre atmosphère capte de plus en plus d’énergie.
La grande difficulté résidera dans la transition vers des ressources environnementalement plus neutres. L’utilisation du solaire est la plus évidente – mais d’importants défis technologiques restent à résoudre, notamment dans la gestion du captage et le stockage. Sans parler des choix politico-économiques et la règlementation de la distribution à une échelle qui devra être internationale.
Et à la base de toute cette problématique est la surpopulation mondiale – et qu’aucun pouvoir politique n’ose ouvertement aborder.

Commentaire de Raoul Genoud le 29 juin 2017 à 19:12

Le peuple suisse a surtout voté en faveur des énergies renouvelables, ce que le nucléaire n’est pas. Je ne crois pas qu’il faille dès lors vraiment se questionner sur la priorité donnée par nos concitoyens. Je m’interroge plutôt sur l’engagement de nos politiciens et en particulier la majorité de droite actuelle dans ce combat…

Commentaire de Denys Pierrehumbert le 1 juillet 2017 à 0:42

Monsieur Barraud,

Vous écrivez :
“…les processus semblent s’accélérer et menacent directement, à moyen terme, les conditions même de l’existence humaine.”

Les processus qui menacent le plus sérieusement les conditions même de l’existence humaine sont ceux qui affectent la pensée critique et tendent à l’annihiler. On espère que ces processus soient réversibles !

Et encore :
“Au reste, ce réchauffement «suisse» est déjà bien visible, puisque depuis le début du siècle chaque année est plus chaude que la précédente…”

Parfaitement faux. Ne soyez pas aveuglé à ce point. Consultez donc les charlatans de MétéoSuisse, ils font beaucoup pour la cause mais n’osent, pas encore, exaucer vos délires.

Je suis navré d’être si désagréable mais vous dépassez les bornes. Vous êtes noyé dans la mélasse, même pas dans celle de la pseudo-science des climatologues mais dans celle de leurs exégètes extrémistes et incultes.

Commentaire de François de Montmollin le 2 juillet 2017 à 22:50

Et si on essayait d’égorger des poules sur l’autel du climat ? … au lieu de payer taxes et impôts supplémentaires, qui amènent généralement de la corrupion.

Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 6 juillet 2017 à 10:20

Très bon article, M. Barraud.
La prise de conscience s’amplifie devant les faits mais beaucoup encore, surtout parmi les conservateurs, gênés par la réalité, restent dans le déni ; un peu comme à l’époque où l’on croyait la terre plate avec le soleil tournant autour d’elle.
D’autres croient à la toute-puissance de l’Homme, pouvant s’affranchir complètement de la nature.
Etre conservateurs sur les questions politiques et sociétales, devrait pourtant aussi inciter à vouloir conserver une terre encore habitable pour l’Homme.
Préservons notre terre, peut-être unique berceau de la vie dans l’univers !
« Quelle chance et quels enchaînements incroyables » dixit Leboissard, dans L’exploration spatiale, le blog de Pierre Brisson…

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