ico Société Biturez-vous, nous nous chargeons du reste

15 avril 2013 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Le nombre de jeunes gens et de jeunes filles entre 18 et 30 ans, admis en urgence au CHUV pour intoxication par l’alcool, a été multiplié par cinq en une dizaine d’années. On y voit aussi de plus en plus d’enfants. C’est ainsi que des soignants dévoués remettent ces jeunes sur pied, qui comprennent ainsi qu’ils pourront recommencer le week end suivant: l’Etat veille sur eux!
On nous passera cette provocation, mais enfin, il y a de quoi grimper les murs. Dans un reportage in situ, la RTS a montré dans quelles conditions le personnel du CHUV recevait ces “clients”, que leur état second n’empêche pas d’être agressifs à l’égard du personnel, sans parler des ambulanciers dont le travail est de plus plus difficile. On imagine une tâche franchement peu gratifiante, mais dont les infirmières et médecins s’acquittent au plus près de leur conscience: chapeau à eux. Si demain le nombre de jeunes en coma éthilique double encore – et il n’y a pas de raisons que ça s’arrête, les marchands d’alcool bradé y veillent – on peut être assuré que les services sanitaires feront le nécessaire.
Est-ce normal, est-ce juste? Nous sommes dans une société où l’Etat est devenu le pompier de citoyens devenus irresponsables. On ramasse chaque soir les jeunes bourrés comme autrefois les brancardiers ramassaient les blessés sur les champs de bataille; on offre aux toxicomanes du matériel d’injection, des lieux sécurisés et du personnel sympathique pour se shooter; des ballets d’hélicoptères recueillent les blessés ou les fatigués de la montagne, de toute façon, l’assurance paie!
Dans tous les cas, les “victimes” ont fait preuve d’irresponsabilité, d’impréparation ou d’imprudence. Mais cela n’a aucune importance parce que ce genre de comportement n’est pas sanctionné. On a le droit d’agir de manière non-responsable, puisque les services de l’Etat sont là, toujours fidèles au poste, pour réparer les dégâts. C’est au point que face à l’explosion de la demande, le CHUV songe à mettre en place une unité spécialisée, une unité que l’on peut qualifier de maternante, à l’image des shootoirs pour les toxicomanes. En effet, il s’agit certes de désengorger les urgences pour des cas moins prévisibles que la biture du samedi soir, mais il s’agit surtout d’offrir à ces jeunes des lits spécialisés, de manière à pouvoir permettre au personnel de… passer davantage de temps avec eux! Pour quoi faire? Pour les sensibiliser – mot magique de la société qui se refuse à sanctionner. Croit-on vraiment que ces jeunes, avec la gueule de bois du petit matin, entendront pieusement les discours paternaliste du médecin sur les dangers de l’alcoolisme?
C’est bien naïf. L’accueil attentif que la structure médicale délivre aux amateurs de cuite rapide est en réalité un message dangereux: “On vous remet vite sur pied, avec un petit sermon si vous voulez bien l’entendre, et vous pourrez recommencer le week end prochain, puisqu’on s’occupe de tout!”
Il est un autre aspect préoccupant dans ce phénomène: dans le compte-rendu que fait 24 Heures du reportage de la RTS, un mot n’apparaît jamais: celui de parents. On doute que ces milliers de jeunes soient tous orphelins. Mais alors, où sont leurs parents? Pourquoi se désintéressent-ils de leurs enfants au point de les laisser flirter avec la mort, ou avec le viol, le week end venu? Sont-ils fatigués? Ont-ils envie, eux aussi, de prendre une cuite? Sont-ils fiers de voir leur gamin ou leur gamine incapable de se tenir sur une chaise roulante, vomir à la ronde et frapper les infirmiers?
Cet effondrement de la responsabilité parentale est malheureusement le corollaire inévitable de l’interventionnisme de l’Etat, qui se substitue aux citoyens, tant ceux-ci sont défaillants. A Zurich, on facture les frais de dégrisage en cellule spécialisée aux parents; dans le canton de Vaud, une telle solution effraie, à cause de son aspect vaguement carcéral, et un petit peu répressif, quelque part…
Et pourtant! Nous ne sommes pas loin de penser que l’expérience glauque de la cellule de dégrisement, puis les coups de gueule des parents qui doivent payer et venir chercher leur gosse,  sont bien plus dissuasifs que les paroles patelines du médecin de service, comme autrefois celles de Monsieur le Curé: c’est un adulte, un c…, quoi !

 

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Commentaire de B. Brunner le 15 avril 2013 à 17:18

Bien écrit, et mon “vote” pour le modèle zurichois!

Ou alors un impôt de dégrisage de 600.- par bouteille d’alcool fort. Ca calmera les soifs…

Pourquoi est-ce que tous les citoyens doivent casquer pour la démission de certains parents ?

Commentaire de Gabrielle Mudry le 15 avril 2013 à 17:22

Cette analyse est parfaite! Bravo!
Elle n’a d’égale que ma propre indignation comme institutrice retraitée…

Je me souviens n’avoir eu droit à mon premier verre de vin qu’à ma majorité! Trop sévères, mes parents?
Non! Ils m’ont protégée contre moi-même et contre les tentations du monde environnant.

Quant aux “Urgences” du CHUV, on ne s’étonnera plus de devoir attendre 9 heures sur une chaise de la salle d’attente avec du sang sur les épaules pour une suture du cuir chevelu!…
Dame! les ivrognes ont la priorité pour occuper les lits!

Commentaire de line .bielmann le 15 avril 2013 à 17:36

pensez vous vraiment qu’un monde axé sur les mots poubelles,recyclages ,amendes au cas ou,taxes en tous genres incite les jeunes à ne pas chercher à se démarquer d’un monde d’adultes qui dit ceci par devant et souvent fait pire par derrière? Il suffit de voir ce qui se passe en France .Et quand on sait son père ou sa mère entrain de chatter pour trouver rendez vous extraconjugal pour occuper les moments de pause,les jeunes voient très vite clair dans le jeu des adultes .On veut former des jeunes adultes dès le berceau et éduqués par des parents souvent quadras encore à l’âge du biberon,c’est à ce niveau qu’il faut commencer.Besucoup d’ados sont couverts de dettes,on peut se demander à quoi sert d’être parent de nos jours.L’enfant Roi ne sera jamais heureux,c’est tout le contraire et tout le monde connait le laxisme du couple adultère pour se donner bonne conscience on dit oui amen à l’ado qui va en profiter pour imiter ceux qui se moquent de lui en le gratifiant d’un amour qui n’a comme seule raisonnance que le mot argent pour avoir la paix
Et quand on sait les nombreux truquages utilisés pour jouer sur la corde émotionnelle des téléphages par toutes les chaines TV ,on peut se demander si certaines scènes n’ont pas été reprises de la série Urgence .Même à ce niveau il faut apprendre à anylser ,aussi on comprend le ras le bol des jeunes ,beaucoup ayant compris le gout du jeu émotionnel afin de tester les forces de l’ordre, et leurs parents pour enfin couper une fois pour toutes le cordon famiilial souvent castrateur de parents qui se croient aimants mais étouffant leurs ados.Etre parent n’est pas simple ,les moyens changent et le virtuel n’aura rien arrangé bien au contraire

Commentaire de fonjallaz le 15 avril 2013 à 17:39

Le cycle vicieux est enclenché: plus on déresponsabilise les gens et plus ils deviennent irresponsables. Passé les bornes…

Commentaire de Philippe Druey le 15 avril 2013 à 18:10

Bravo pour votre commentaire très pertinent !
Sur le rôle des parents, ce que vous évoquez me rappelle une séance d’information pour parents d’enfants en école primaire (8-9 ans) à laquelle j’avais participé il y a quelques années. Lorsque l’institutrice avait énuméré, devant tous les parents présents, certaines bêtises ou attitudes inappropriées de certains élèves, les parents de ces gosses, au lieu de se taire honteusement devant les “exploits” de leur progéniture, riaient ouvertement : c’était à qui allait cautionner la plus grosse connerie !
Alors, oui, certains parents, à défaut d’être totalement absents, sont sûrement fiers de voir leur gamin ou leur gamine se payer des bitures un samedi soir sur deux. C’est vrai que c’est à hurler de rire…

Commentaire de Sébastien Vullioud le 15 avril 2013 à 18:50

J’ai eu personnellement l’honneur d’accueillir cette clientèle indésirable au CHUV durant près de 10ans en tant qu’agent de sécurité. J’y travaillais le soir et les week-ends pour financer mes études pendant que “les autres” se prenaient des bitures.
Ces jeunes ne sont malheureusement que le produit du mode d’éducation “il faut tout laisser faire à son enfant au risque d’en faire un adulte frustré”. Ce ne sont que de petits merd… égocentriques abreuvés de téléréalités débilisantes qui leur font croire qu’ils peuvent tous devenir des vedettes et que le monde tourne forcément autour d’eux.
Maintenant qu’on constate enfin les effets négatifs de cette éducation permissive post-soixante-huitarde il est déjà trop tard pour corriger quoi que ce soit.
Parallèlement à ça, l’alcool fort est disponible trop facilement et à trop bon compte dans cette capitale de la nuit qu’est Lausanne. Moins de 15chf pour une bouteille de Vodka… Grégoire Junod aura beau fermer toutes les boites de Lausanne dès 3h du matin, cette mesure restera sans effets tant que de l’alcool sera disponible à la gare (territoire fédéral) 7/7j de 5h30 à 0h00.

Commentaire de Christophe Schälchli le 16 avril 2013 à 10:10

Pour les aider à se dégriser et à diminuer leur consommation, les médecins devraient imposer à ces grands consommateurs une série de lavements purgatifs à la gentiane (par voie orale). Avec un peu de bol, ça leur couperait l’envie de boire pendant une semaine ou deux.

Commentaire de Marie-France Oberson le 16 avril 2013 à 13:51

Il est vrai que certains parents ont démissionné, et ce, depuis longtemps
.
Mais il est vrai aussi qu’on les y a un peu aidés; comme dit Monsieur Barraud – en gros -l’Etat s’occupe de tout; prend en charge nos enfants dès le berceau (crèche, école, accueil extra-scolaire etc..); et à l’école, souvent, des enseignants ont un discours différent de celui qu’entendent les enfants à la maison.
Alors, peu à peu , les parents abandonnent la responsabilité de l’éducation de leurs enfants à l’Etat.
Mais quand tout à coup ça va mal pour eux, l’Etat évidemment rejette la responsabilité sur les parents. Pas responsable, pas coupable…

Ce qui m’amène à revenir sur une problématique : les parents ont-ils assez de temps pour s’occuper de leurs enfants, les suivre dans leur évolution, les aider à grandir ?..
Les parents sont stressés par leur boulot,à toujours courir du matin au soir, à la crèche,, chez la nounou, à l’école, les trajets parfois longs pour aller au travail…

Les enfants, dès leur plus jeune âge sont “invités”à être responsables, à devenir autonomes, à se “gérer”.. On les veut adultes le plus vite possible…mais ce n’est pas de leur âge…
Grandir suppose passer par plusieurs étapes dont celle , enfant, du balisage par des parents à l’écoute…par leurs parents, pas par des enseignants ou des éducateurs qui ne sont qu’un complément

Mais bon…il parait que j’ai une vision un peu ringarde de l’éducation des enfants.
C’est possible, mais le mal-être des jeunes – car c’est bien la conséquence d’un mal-être que de se biturer ainsi – est tellement inquiétant et triste..

Commentaire de Jean-Francois Morf le 27 avril 2013 à 20:34

Cela serait peut-être plus judicieux de leur laisser fumer la cannabis et de leur interdire l’alcool?
Jamais entendu parler d’accident du à l’excès de fumette…

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