ico Société Avec l’âge d’or actuel du pétrole, nous sommes entrés dans le Syndrome du Titanic

1 février 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Pour comprendre où va le monde, il est indispensable de mettre en parallèles les informations qui nous parviennent en flot continu. En matière de dérèglement climatique, on mesure alors deux choses: le monde politique, à la remorque de l’économie, est impuissant à infléchir les choses et s’en accommode, car l’addiction à la croissance arrange tout le monde. Parallèlement, les émissions de CO2 sont reparties à la hausse. En conséquence, le réchauffement va largement dépasser les chiffres officiels. Mais le peuple n’a pas à le savoir.

Chaque jour nous apporte la preuve que l’industrie du carbone – pétrole, gaz et charbon – connaît un âge d’or. La production américaine culmine (1) et va s’accroître fortement, avec les gaz de schiste, le pétrole et le charbon, grâce notamment aux forages désormais autorisés sans limites dans les régions côtières et les réserves naturelles. En Mer du Nord, BP annonce la découverte de deux nouveaux gisements, qu’elle va exploiter jusqu’en… 2050 ! Royal Dutch Shell vient d’annoncer que son bénéfice a triplé en 2017; la fonte rapides de la banquise de l’Arctique, une aubaine, va susciter une ruée sur les gisements de pétrole et de gaz, tandis que la Chine construit des ports géants pour exploiter les nouvelles routes maritimes boréales. Et partout, même en Europe, en Allemagne en particulier, de nouvelles mines de charbon sont ouvertes, tandis qu’aux Etats-Unis, l’industrie minière peut de nouveau envoyer ses rejets polluants dans les rivières et dans l’atmosphère.

En clair, le pétrole flambe, ce qui paraît-il est bon pour la croissance, mais assurément catastrophique pour la planète et ses habitants. Catastrophique en effet, parce tout combustible fossile extrait du sous-sol est forcément converti, en bout de course, en CO2 et autres gaz à effet de serre. Et donc plus on en extrait, plus on aggrave le dérèglement climatique, c’est mathématique. Le problème est que la croissance est une religion à laquelle tout le monde adhère, parce que chacun y trouve, quelque part, son intérêt à court terme. Pour les politiciens, c’est même un culte incontournable: il est obligatoire de pouvoir afficher des points de croissance, une hausse du PIB, des créations d’emplois, sauf à passer pour des incapables.

Tout contribue donc à justifier et à renforcer l’addiction de nos sociétés au pétrole et au charbon, dont c’est pratiquement le seul levier depuis plus d’un siècle. Et les nouveaux géants économiques, comme la Chine et l’Inde, assoient comme les autres leur croissance sur le carbone, et rejettent des gaz à effet de serre en conséquence. Les rejets de la Chine croîtront jusqu’en 2030, annonce-t-on.

D’un autre côté, des nouvelles moins enthousiasmantes apparaissent, discrètement, dans des entrefilets. On apprenait ainsi cette semaine que les émissions de CO2 sont reparties à la hausse, après trois années de stagnation. La faute à l’accroissement de la consommation de charbon en Chine (+3,7%), en Inde (+4%) et aux Etats-Unis (+1%). Vous dites? L’accord de Paris? Une mise en scène, un écran de fumée tout au plus, destiné à faire tenir la population tranquille. Consommez, nous nous occupons du reste.

Moins de terres habitables, plus d’habitants

On pourrait avoir l’impression que, bon an mal an, l’humanité peut s’accommoder de tempêtes toujours plus violentes, de sécheresses plus intenses, de canicules jamais vues. Mais c’est une vision bien trop partielle des choses, et surtout à trop court terme. Si l’on se projette vers le milieu du siècle – et ce n’est pas si loin, nos petits-enfants ne seront pas encore à la retraite ! –, le niveau des océans sera monté de près d’un mètre – si on arrêtait maintenant toute émission de CO2, ce qui est inimaginable – et de 24 à 30 mètres d’ici la fin du siècle si on ne fait rien. Et de toute évidence, on ne fera rien. New York, Miami, Dacca, Shanghaï sous l’eau, vous imaginez? On fera de la plongée autour de la Trump Tower, une grande attraction touristique!

Cela veut dire que les régions côtières, qui sont les plus peuplées sur la planète, disparaîtront, leurs habitants étant alors contraints à une migration forcée vers des régions plus élevées, qui seront rapidement surpeuplées. D’un autre côté, des régions fortement peuplées aujourd’hui, comme les régions tropicales d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, subiront une partie de l’année des températures supérieures à 50°C, rendant ces régions inhabitables, et provoquant des exodes massifs. En clair, la surface habitable de la planète va rétrécir, tandis que la population, et parallèlement sa consommation de pétrole, va continuer à augmenter.

Cette évolution est littéralement apocalyptique car, dans sa fuite en avant vers le gouffre, l’humanité entraîne avec elle une grande partie de la biodiversité, qui a déjà largement disparu. Nous sommes peut-être entrés, en tant qu’espèce, dans une spirale de Syndrome du Titanic: puisque tout est fichu, festoyons, buvons, consommons et consumons cette planète, jusqu’à notre disparition, en pleine croissance !

  1. “Les Etats-Unis ont pour la première fois depuis 1970 dépassé en novembre le cap symbolique des 10 millions de barils de pétrole extraits chaque jour, selon l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA). (…) Le pétrole de schiste représente désormais 51% de la production américaine.” Dépêche Afp du 1er février 2018.
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Commentaire de B. Brunner le 1 février 2018 à 18:43

Très bien résumé.

C’est une véritable catastrophe humanitaire que nous préparons, alors qu’il faudrait profiter de l’embellie de maintenant pour passer aussi vite que possible à la performance énergétique et aux énergies renouvelables propres et durables, et beaucoup moins chères que les fossiles.

Les solutions existent aujourd’hui:

1. Electrifier et solariser:

– Transports: vélos et véhicules électriques au bilan énergétique et environnemental, et même financier excellents, si on compare ce qui doit être comparé!!!

– Habitat: Au solaire thermique et pompes à chaleur. et isoler (cher, mais subventionné).

– Industrie: Processus optimisés, énergies solaires, PAC et électrique.

Et on sait comment rendre l’électricité 100% renouvelable! Economiquement! Moins cher que charbon et nucléaire! Aujourd’hui!

Nous devons bouger. Vite. L’argent est disponible. La technique aussi.

Même des professionnels ne comprennent pas l’importance d’une très bonne isolation (ils l’appellent d’ailleurs “sur-isolation”, c’est tout dire) afin d’avoir des maisons passives! C’est à dire chauffées uniquement par le soleil et la lumière du jour par les fenêtres et ne descendant jamais en-dessous de 17°C (donc permettant de facilement survivre même sans chauffage d’appoint). Or un chauffage solaire bien dimensionné suffit!

Mais l’inertie et l’indifférence des gens est le gros problème.

Commentaire de Ben Simkins le 2 février 2018 à 8:52

Et si la Suisse va jusqu’au seppuku du nucléaire, on rejoindra aussi l’équipe des brûleurs de charbon, même si c’est par procuration.

Commentaire de Noel Cramer le 2 février 2018 à 19:32

Vous avez bien présenté le problème. On peut débattre sur les valeurs absolues des prévisions – mais les tendances sont inéluctables. Les “CO2 sceptiques” obéissent à une idéologie, qu’ils défendent parfois avec des arguments pseudo-scientifiques, et sont inconvertibles.
L’énergie solaire est de loin la source la plus fiable et abondante. C’est sa captation et sa distribution (transnationale voire transcontinentale) qui devrait être au centre de nos préoccupations techniques et politico-économiques.

Commentaire de Bernard Erlicz le 6 février 2018 à 14:46

Et bien! Il y a de quoi avoir peur à vous lire…

En somme, nous allons tous mourir si nous continuons à produire du CO2?!

Sauvez la planète, vite! “Changez de voiture, la vôtre pollue trop”, “changez de frigo, le vôtre consomme trop”, “changez de centrale électrique, la vôtre ne me rapporte rien… pardon, produit du CO2”

Si l’on en croit les carottages fait au Groenland et en Arctique, le CO2 SUIT les augmentations de température, avec un décalage de près de 800 ans… le CO2 ne peut donc pas être la CAUSE du réchauffement!
Par contre, ce qui est sûr, c’est que le CO2, ça fait pousser les plantes; les écolos devraient être contents!

Le réchauffement qu’il y a eu est très probablement dû, comme le disent d’ailleurs nombre de scientifiques, à l’activité solaire et aux océans…

Mais bien-sûr, si les changements climatiques sont dus à des causes naturelles sur lesquelles nous n’avons aucune influence… plus de “sauveurs de la planète”, plus de subsides pour la recherche climatique, plus de subsides pour des éoliennes inutiles et non rentables, plus de gros titres dans les journaux, PLUS DE PEUR… et en plus, on perdrait cette merveilleuse opportunité de faire un gouvernement mondial, demandé notamment par tous les réchauffistes (“on ne peut agir seul contre le climat, il faut un gouvernement mondial”). Gouvernement qui sera bien entendu non démocratique, et dirigé comme par hasard par la haute finance et les grandes multinationales du pétrole, de l’armement, de la chimie, des médias…

Pour maintenir et faire grossir encore cette peur, il faut continuer à enfoncer le clou, quitte à dire n’importe quoi… genre “c’est le réchauffement qui entraîne la baisse des températures”. Bref, s’il pleut, c’est la faute au réchauffement, s’il ne pleut pas, c’est la faute au réchauffement.

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