ico Société Agriculture: un sursis face au Mercosur

20 mars 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Les négociations sur le traité de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne sont «bloquées». C’est une bonne nouvelle, y compris pour la Suisse.

C’est sans surprise sur le volet agricole que les négociations ont achoppé: à juste raison, les paysans européens et suisses ne sont pas prêts à accepter que l’on importe des produits qui ne répondent pas aux normes en vigueur chez eux: on parle ici, en particulier, de céréales OGM, de produits noyés de glyphosate et de viande de boeuf industrielle.

Le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, a été clair: «Nous croyons dans un libre-échange basé sur une totale réciprocité, ce qui signifie que les règles applicables en France ou en Europe, doivent l’être en Argentine et au Brésil. Si les règles ne sont pas les mêmes, nous devons trouver une mesure compensatoire », a-t-il affirmé, ajoutant que «vous ne pouvez pas expliquer à un producteur qu’il doit se plier à des règles très contraignantes en France et en Allemagne, en Espagne ou en Italie, si le même produit n’est pas produit de la même manière sur un autre continent.»

C’est la sagesse même ! Et pourtant, on le sait, c’est exactement le contraire que prône notre ministre de l’économie, Johann Schneider-Ammann, pour qui l’agriculture n’est rien d’autre qu’une encouble majeure à l’avènement du libre marché général et juteux pour les actionnaires. Il faut se réjouir du blocage actuel des négociations entre l’UE et le Mercosur – sans se faire trop d’illusions néanmoins -, car le sort de l’agriculture suisse est étroitement lié à l’avenir de ces négociations.

C’est en tout cas un coup d’arrêt bienvenu dans la glissade obstinée du Conseil fédéral vers un hyper-libéralisme des échanges qui condamnerait à mort notre agriculture – et d’autres secteurs économiques bien sûr.

A ce propos, M. Olivier Delacrétaz a écrit dans 24 Heures du 20 mars 2018 un article qui met brutalement en lumière les enjeux à venir – si nous, citoyens, n’y mettons pas le holà: «Le document fédéral «Vue d’ensemble du développement à moyen terme de l’agriculture suisse» annonce le démantèlement prochain des protections douanières en matière agricole. En d’autres termes, pour assurer notre subsistance à l’avenir, il nous faudra tabler non plus sur notre agriculture indigène, désormais trop coûteuse, mais sur des traités de libre-échange avec des États qui produisent moins cher que nous.

»C’est en tout cas la conviction du Conseil fédéral, pressé de signer un accord de ce genre avec le Paraguay, l’Uruguay, le Brésil et l’Argentine, grands producteurs de viande, de fruits et de céréales. En soumettant l’agriculture suisse à une compétition économique impossible, le gouvernement fédéral la condamne à disparaître. Il n’y a là nulle décision politique, seulement une révérence aveugle à l’égard de l’idéologie mondialiste et une plate soumission aux pressions des milieux économiques et des grands États exportateurs. Peu importe notre sécurité alimentaire, peu importe la disparition des exploitations agricoles traditionnelles, peu importe la fin d’une classe sociale qui nous rattache à la terre!»

Dans son article, le président de la Ligue vaudoise pointe du doigt un autre danger: si on peut sous-traiter la production agricole à des pays qui produisent à moindre coût et à moindres normes, on peut aussi abolir toutes sortes d’autres protections jugées défavorables à la libre concurrence par les ultra-libéraux, comme les conventions collectives pour les salariés, le contrôle des sous-traitances en cascade, les diplômes pour les enseignants, les avocats et les médecins, les législations cantonales compliquées, etc.

Assurément, il faut prendre garde à ces dérives, malheureusement difficiles à contenir avec une majorité du parlement vouée corps et âme au libéralisme carnassier, si prompt à piétiner les intérêts des petits, des pauvres et des humiliés.

 

 

Publicité
****½27votes




Commentaire de Pierre Bonnard le 20 mars 2018 à 11:41

“Malheur au pays qui confie à d’autres le soin de produire sa nourriture” disait Edgar Pisani, ministre de l’agriculture du général de Gaulle.
Ajoutons-y la citation du dirigeant communiste vietnamien Ho-Chi-Minh: “Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté”..

Il ne s’agit pas que d’économie mais d’indépendance et de liberté nationale: si nous ne pouvons pas produire en Suisse de quoi survivre, à quoi bon entretenir une armée, prétendre écrire nos propres lois?
Tout pourrait nous être imposé par quelques voire un seul pays producteur, disposant ainsi d’un moyen de pression efficace et bon marché.
Notre taux d’approvisionnement indigène n’est en gros que de 50%, en partie à cause d’importations d’aliments pour bétail dont on pourrait se passer en mangeant beaucoup moins de viande.
L’ouverture de nouveaux marchés pour nos banques et assurances ne vaut pas la perte de nos paysans!

Commentaire de Bernard Repond le 28 mars 2018 à 11:37

Éditorial parfaitement juste. Hélas, malgré des votations favorables en faveur de l’agriculture ainsi que de la protection des consommateurs, le bulldozer avance. La raison majeure et quasi jamais discutée en est la convergence des finalités de la gauche (mondialisme) et de la droite économique (mondialisation), en synthèse: le mainstream de la pensée unique. C’est le crédo de l’UE, de la Suisse, de Wall-Street (e.g. George Soros), etc … . Remarqué cependant que le président D. Trump, malgré sa mégalomanie, son arrogance et sa vulgarité, est opposé aux traités internationaux (contrairement à Saint Obama); c’est la raison de l’opposition de son propre parti des Républicains. Là aussi, aucun “leader d’opinion” ne veut le remarquer. Blizzard !

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.