ico Société Affaire Polanski: la déroute des intellectuels

5 octobre 2009 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

C’est un véritable divorce: alors que les intellectuels vocifèrent contre l’arrestation de Roman Polanski, la population approuve massivement le fait que la loi soit la même pour tous. Et vocifère dès lors contre les intellectuels…

Le lundi 5 octobre, 24 Heures publiait huit lettres de lecteurs qui, tous, critiquaient vertement les intellectuels et artistes qui pétitionnent contre l’arrestation de Roman Polanski, ou même, tel Jacques Chessex, qui minimisent l’acte commis par le cinéaste, (il y a si longtemps, n’est-ce pas…), sous prétexte qu’il est un «génie». Il y a peu, Le Matin y allait aussi de sa logique à deux sous, en expliquant que pour avoir réalisé Le Pianiste, Polanski ne pouvait pas être arrêté.

Vraiment? A ceux qui jugent que fricoter avec un mineur n’est pas si grave, on recommande la lecture du témoignage bouleversant de notre confrère Philippe Dubath dans 24 Heures du 30 septembre (cliquez sur ce lien) – un texte violent et hors-normes, qui a manifestement touché les lecteurs du journal. Et qui remet à leur juste niveau de lâcheté les tentatives de minimiser la gravité, et surtout les conséquences, de tels actes.

Rarement le fossé n’a été aussi béant entre la population et son intelligentsia – qui s’en fera sans doute une gloire, puisqu’ils pensent appartenir à une caste à part. Et nos génies plus ou moins grands ont trouvé un nouvel os à ronger, dans lequel éclate leur robuste mauvaise foi. En 2006, l’Office fédéral de la justice octroyait une autorisation à Roman Polanski pour acheter un bien à Gstaad, alors qu’une demande d’extradition existait depuis 2005, en mains du même département de justice et police. Et nos beaux esprits de ricaner: toujours les mêmes, ces fonctionnaires, incapables de communiquer au sein du même département! Or vous pouvez parier que dans un autre contexte, les mêmes personnes s’insurgeraient que des informations sensibles puissent ainsi circuler d’un service à l’autre de l’administration ! Oui, il y a bien un cloisonnement entre les services pour certains dossiers, et c’est très bien ainsi, car c’est dans l’intérêt des justiciables et de la protection de leur sphère privée. C’est ce cloisonnement qui permet, notamment, aux travailleurs clandestins de travailler dans des conditions décentes, sans être automatiquement dénoncés à la police. Voulez-vous vraiment faire sauter les cloisonnements entre services ?

On compatit bien sûr au désagrément du cinéaste, qui a mieux à faire qu’à croupir en prison – mais tout le monde a mieux à faire qu’à croupir en prison. Seulement, il a fait le choix de fuir la justice, pensant pouvoir toujours passer entre les mailles du filet. Aujourd’hui la justice le rattrape: il a joué, il a perdu. Le mieux serait sans doute de faire enfin face à ses responsabilités: son personnage s’en trouverait grandi.

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Commentaire de Paul Bär le 5 octobre 2009 à 15:42

Le plus drôle de cette triste histoire, c’est que ceux qui sont à cheval sur la loi, raides sur l’état de droit, quand il s’agit de défendre la perception de leurs droits d’auteur, sont les mêmes qui demandent une justice arrangeante, souple et compréhensive, quand un de leur caste est concerné. “Artistes” = tartuffes subventionnés.

Commentaire de Marie-France Oberson le 5 octobre 2009 à 18:03

Ce qui m’a le plus choquée dans cette affaire c’est le ton pris par Bernard Kouchner , Lang et Mitterrand pour défendre ce “grand artiste”.
Il faut dire que les 2 premiers sont des “récidivistes” en matière de défense de la pédophilie: en 1977, ils signaient, déjà, avec toute la crème intello parisienne, (Sartre, Beauvoir et bien d’autres)une pétition qui demandait la libération de 3 hommes accusés de pédophilie. Ils sont issus de la mouvance de mai 68 qui pronait la révolution sexuelle dont la pédophilie faisait partie.Ils prétendaient que les relations sexuelles entre enfants et adultes sont, pour les deux partis (enfants et adultes) “productifs” (sic!) . C’est d’ailleurs ce qui a perdu les Verts allemands en 1985 qui avaient inclus dans leur programme des propositions allant dans ce sens;les citoyens s’étaient détournés d’eux, comme aujourd’hui en France . On observe d’ailleurs que Cohn bendit ne s’est pas joint au concert des pétitionnaires.Se refaire un virginité (voir son livre de 1975 “Le grand bazar”) et ne pas commettre la même erreur une 2ème fois.
Quant au 3ème, Mitterrand, on se demande comment ce personnage peut être au gouvernement. Son livre “Mauvaise vie” démontre très explicitement, dans des passages très crus et inacceptables,qu’il est un pédophile. Quand on pense que l’on se démène contre le tourisme sexuel pédophile vers le continent asiatique et que ce monsieur pavoise au gouvernement, ça me met en rogne.
D’ailleurs, à lire les internautes sur les forums français, tout ce petit monde qui ne renie en rien son passé ,risque bien de “sauter” en 2012…avec leur recruteur.
Je me suis toujours défendue de faire un lien entre l’homosexualité et la pédophilie. Avec ce que j’ai appris sur ce ministre de la cul-ture, il sera désormais très difficile de me convaince du contraire!

Commentaire de Marc Grandjean le 5 octobre 2009 à 22:26

Sur le fond des cette affaire, il est triste de constater qu’un homme soit repris par la justice 30 ans plus tard, parce qu’invité à un festival de cinéma pour un geste n’ayant en l’espèce pas commis l’irréparable, puisque la victime d’alors se porte apparemment bien aujourd’hui. On voit d’ailleurs que les critiques de l’arrestation se comptent même parmi certains commentateurs américains.
Sur la forme, je rejoins entièrement la population qui estime qu’on ne doit pas faire de différence entre une célébrité et les autres et que la justice se doit de rester indépendante.
Les causes de l’imprescriptibilité des actes de M. Polanski (même si c’est aux USA) renvoient (sans causalité) au récent changement législatif en Suisse, sous l’impulsion de certains mouvements anti-pédophiles. Au-delà des actes pédophles, la manifestation de haine populaire sous la forme de mouvements tels que la marche blanche m’inspire également du dégoût. D’ailleurs, malgré son crime il y a trente ans, M. Polanski n’est-il plus un pédophile aujourd’hui et donc plus une menace pour notre société.
Pour terminer, ce qui me frappe, c’est qu’il s’agit de la première grande confrontation entre une certaine intelligentsia (p.ex. la rédactrice en chef, Mme Dayer ) et l’opinion qui se révèle à travers internet.
Internet est devenu un puissant instrument de démocratie qui remet durablement en cause les prérogatives des journalistes. Si seulement cela pouvait les amener à plus d’humilité, voire faire couler leur presse mensongère !

Commentaire de Bernard Stalder le 6 octobre 2009 à 9:06

Ce n’est pas à nous de juger cette affaire, mais à la justice américaine, qui fonctionne certainement aussi bien que la nôtre (et la française). Qu’on libère au plus vite Roman Polanski sur le quai d’embarquement pour les Etats-Unis!

Commentaire de chappuis milko le 6 octobre 2009 à 15:28

C’est assez troublant je trouve cette histoire. Ca date de 30 ans et tout le monde savait. Et ceux qui sont scandalisés maintenant par ce qu’il a fait à cette fille, sont les mêmes qui ont été voir ses films, qui ont admiré le personnage, qui se sont émus de son parcours de vie et sa tragique enfance, etc… Et maintenant tout ces gens crient au loup et veulent mettre celui qu’ils encensaient a terre. Soit certains ont eu une amnésie pendant 30 ans, soit ce retournement de veste a quelque chose d’hypocrite ou de très consensuel.

Commentaire de Jean-Paul Guisan le 6 octobre 2009 à 22:41

La seule dont je m’étonne de ne l’avoir lue quasiment nulle part (à part dans la Weltwoche), c’est que les faits dont il s’est rendu coupable seraient tout aussi graves et punissables s’il s’était agi d’une personne majeure: il a drogué une personne avant de la violer, qui plus est des deux côtés, si on en croit l’interrogatoire mis en ligne ici: http://www.thesmokinggun.com/archive/polanskib1.html

Commentaire de Patrick Dupont le 7 octobre 2009 à 16:13

sur le site http://www.fdesouche.com, on peut revoir l’émission tv “Mots croisés” où Marine Le Pen a littéralement explosé le ministre de la culture français en lisant un passage de son livre.

A noter que cette émission est en direct(une des rares !).
Et que tôt ou tard il n’y aura plus de direct. Ainsi les ciseaux des censeurs pourront fonctionner à plein.

Un bruit court sur la chaine TV5 qui aurait coupé ce passage avant diffusion.

Pour revenir à internet: oui c’est le dernier espace de liberté et de pluralisme.

à noter également que deux français sont en prisons depuis un an pour avoir pratiquer du tourisme sexuel en Asie……..

Selon que vous serez puissant ou misérable…….

Commentaire de paul martin le 8 octobre 2009 à 4:08

Désolé d’être une voix discordante dans ce concert de propos bien pensants.

Bien entendu je suis pour la tolérance zéro envers la pédophilie. Mais ici ce n’est pas la question principale qui est posée.

Si M. Polanski est un criminel, coupable de crimes pédophiles les plus atroces, alors cela fait déjà des années qu’il fallait le coffrer, à l’un de ses très fréquents passages dans notre pays et le livrer à la justice américaine. Il fallait l’arrêter soit dès le début soit pas du tout. Un état doit être cohérent, sinon il n’est pas respecté.

Or, depuis des années M. Polanski est l’hôte choyé de notre pays. Il est reçu par les autorités, invité à parler dans les écoles (récemment le collège Calvin). Il a même pu s’acheter un chalet, à Gstaad, dans lequel il séjourne très souvent sans jamais être inquiété.

La question est donc: pourquoi maintenant, subitement, ce revirement à 180 degrés de la pratique des autorités officielles envers ce monsieur?

C’est cela qui est choquant. Car par l’accueil à bras ouvert depuis au moins vingt ans, on a transmis à cet hôte de marque le message sans équivoque que la Suisse le protégeait, comme la France, comme la Pologne. Car, nul ne l’ignore dans les autorités suisses, tout le monde était parfaitement au courant, depuis des années que Polanski est en fuite et qu’il est recherché partout par un mandat d’arrêt.

Qu’on ne nous raconte pas d’histoires: tout le monde savait, mme Widmer-Schlumpf savait, que M. Polanski était recherché, et “fugitive” aux yeux de la justice américaine.

Donc, jusqu’ici la Suisse, délibérément, protégeait Polanski, comme la France, comme la Pologne: et ce en CONNAISSANCE DE CAUSE. Prétendre autre chose de la part de Berne, c’est un mensonge d’état.

Cette protection peut être critiquée, mais elle faisait partie de l’image de la Suisse: un pays tolérant, qui ne fait pas d’excès de zèle dans la traque des gens qui ont quelque chose sur la conscience, surtout si les faits sont precrits, et s’ils apportent aussi beaucoup là où ils vont. Un pays compréhensif et modéré qui n’aime pas les chasses aux sorcières ni la loi du lynch.

Toute cette belle image, qui allait aussi avec la manuétude envers les “fugitifs” fiscaux, est réduite en poussière par la vaisselle cassée par la petite éléphante Eveline Widmer-Schlumpf dans son magasin de porcelaine: maladroite, obtuse, mesquine, gnangnan, égalitaire, et surtout totalement incompétente.

Il est évident que cette affaire fait un tort immense à la Suisse. Le message, désastreux, donné au monde est celui-ci:

Plus personne, plus jamais, ne pourra avoir confiance en la Suisse et dans sa parole. Si la Suisse vous a donné des signes prouvant qu’elle entend vous protéger des poursuites, judiciaires, fiscales, ou autres, il faut savoir dorénavant qu’on ne peut pas s’y fier. La Suisse est un pays où même si vous avez été autorisé à acheter une maison, alors que les autorités suisses savaient vos démélés avec la justice, d’un jour à l’autre la Suisse peut vous traiter en pestiféré et vous livrer aux mêmes autorités envers lesquelles elle vous avait protégée jusqu’ici.

Et en plus, encore pire, malgré toutes les preuves de sa protection qu’elle vous a données depuis des années la Suisse est capable même de vous TENDRE UN PIEGE, sans crier gare, en vous faisant inviter officiellement, par l’intermédiaire d’un très haut fonctionnaire du gouvernement: en l’occurence le Président de l’Office Fédéral de la Culture, c’est à dire en pratique le ministre suisse de la culture, qui devait recevoir Roman Polanski avec le tapis rouge et même prononcer un discours à l’occasion d’un festival officiel patronné officiellement par l’OFC, le tout pour bien endormir votre méfiance et mieux vous passer les menottes dès votre atterrissage à l’aéroport Unique de Kloten. Et tout cela pour quoi? pour mieux complaire aux USA, un pays sans foi ni loi, devant lequel la Suisse s’est mise à plat ventre, et à la demande duquel la Suisse a déjà trahi la confiance de milliers d’épargnants et investisseurs à qui on avait promis de leur founir un rempart protecteur contre la persécution du fisc américain.

Tout celà crée un dommage INCALCULABLE à la Suisse, un pays qui ne tient pas sa parole donnée et auquel on ne paut pas faire confiance.

Et tout cela sans compter les complications politiques diverses, dues au tollé que cetrte affaire cause dans le monde, notamment du fait que Polanski est juif et que cela réveille des sentiments antisuisses dans le monde entier chez ceux qui n’ont jamais compris que la Suisse pendant la guerre a refoulé des juifs à la frontière.

Bref, pour éviter de renier sa parole et pour éviter des problèmes sans fin, il aurait été plus sage de transmettre discrètement une information à M. Polanski, pour qu’il s’abstienne de venir chercher son prix à Zurich. Ainsi on aurait évité un énorme patraquès et énormément d’ennuis.

En résumé cette situation minable démontre tout simplement la nullité de Mme Widmer-Schlumpf qui n’est pas digne des fonctions qu’elle occupe, et qu’elle n’aurait d’ailleurs jamais du occuper parce que déjà son élection était scandaleuse.

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