Au commencement était la bible : « Maîtrise du français » (1979), un volumineux traité adopté avec dévotion par les Départements romands de l’instruction publique, qui proposait un autre enseignement de la lecture et de l’écriture, à savoir un enseignement dit d’apprentissage global qui puisait ses thèses à la mamelle idéologique du socioconstructivisme. Il s’agissait «d’opérer un renversement» (p. 2) : apprendre à lire et à écrire, non plus en allant pas à pas du plus simple vers le plus complexe, mais partir de la complexité elle-même pour saisir globalement le sens. Eh bien, le renversement s’est opéré depuis 25 ans, le miracle biblique a eu lieu : les élèves ne savent plus lire ni écrire correctement. Et le constructivisme est devenu une doctrine d’Etat avec ses grands prêtres, ses gourous et ses commis, en fait la secte du Temple scolaire.
Jean-Philippe Chenaux, directeur de la publication « Apprendre à lire et à écrire. Bilan critique et propositions. » Etudes & Enquêtes du centre patronal, retrace l’historique de la réformite qui a fini par avoir raison de notre école. Il passe en revue les thèses ainsi que les oppositions qui se sont succédé. Il s’agit en fait d’une seule et même idée, protéiformes certes mais identique dans son intention : passer du droit aux études à l’égalité des résultats. Et cette pompe à médiocrité est branchée à plein temps au détriment des connaissances.
Françoise Bosset, enseignante vaudoise, démonte le dogmatisme de « Maîtrise du français » qui a fini par annuler le rôle des manuels et par déstructurer les esprits, aussi bien celui des élèves que celui des maîtres, qui n’en peuvent plus.
François Truan de son côté affirme que le Cycle d’orientation genevois est « de moins en moins à même de garantir le niveau de base », et l’enseignant de montrer l’inanité de la nouvelle grille horaire qui a réussi, non seulement à détruire les sections mais encore à discréditer toute orientation crédible. « À quinze ans, la plupart des élèves genevois sortant du Cycle d’orientation peinent en français, y compris, c’est le plus inquiétant, ceux qui entament des études gymnasiales. »
Enfin, le Dr Ghislaine Wettstein-Badour livre une réflexion sur trente années d’études scientifiques dans le domaine des neurosciences : le mot n’est pas une image, il est peu utile de le photographier visuellement car le sens se construit sur un axe qui va du plus simple au plus compliqué. Les méthodes alphabétiques sont donc plus performantes pour la majorité des élèves et elles offrent un gain d’apprentissage supérieur à celui des méthodes issues du socioconstructivisme.
Voyons quelques propositions faites par cette publication :
1. Soustraire la formation des maîtres à la mainmise des pédagogistes. Il s’agit de refaire droit à l’esprit critique, pour cela, il faut l’éloigner de l’esprit sectaire de la réforme constructiviste. La proposition est de bon sens, et les Vaudois ont déjà commencé à remettre la pendule à l’heure avec, sans doute, la fermeture de leur HEP. C’est insuffisant, mais le signal de la volonté de refaire l’école est donné.
2. Abandonner les méthodes globales ou semi-globales centrées « sur l’apprenant » au profit des méthodes syllabiques et alphabétiques.
3. Fixer avec précision des objectifs compréhensibles pour chaque degré scolaire. C’est évidemment le « avec précision » qui est intéressant. Toutes les réformes ont fixé des objectifs plus ou moins vaseux, y compris le consternant Pecaro (pseudo cadre romand qui impose la méthode constructiviste sans préciser clairement les objectifs annuels). L’école a besoin de contenus découpés annuellement et non pas en fonction de cycles de 2, 3 ou 4 ans. Il faut réhabiliter les méthodes analytiques (du plus simple au plus compliqué) pour pouvoir atteindre ces objectifs.
4. Enfin, inverser la tendance à la réduction de la dotation horaire des heures de français. L’école est devenue le lieu où il faudrait tout faire et suppléer à toutes les carences de la société et de la famille. Or, il est important de recentrer l’école primaire sur sa mission essentielle : apprendre à lire, écrire et compter, prioritairement. Pour cela, il convient de redoter les grilles horaires en périodes consacrées à ces trois tâches. Il faut, en d’autres termes, passer des activités (multi-ludiques) aux exercices répétitifs (donc forcément astreignants et ennuyeux).
Il y a urgence à soustraire nos enfants à l’apesanteur pédagogique à laquelle on les soumet dans le laboratoire scolaire actuel. Nous n’aspirons pas aujourd’hui à un œcuménisme pédagogique, mais à la mise en place de méthodes efficaces, connues et éprouvées. Ce qu’il nous faut n’est pas une énième réforme mais un changement de cap qui inaugurerait une ère nouvelle : thermidor, tout le monde descend !
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Effarant… ou, plutôt, inquiétant
“Apprendre à lire et à écrire” se lit comme un roman ! La lecture de la contribution de M. Chenaux m’a fait l’mpression d’une histoire de fous. Celle de Mme Wettstein-Badour m’a rappelé l’affaire Lyssenko (sur le site quebecoislibre.org un article (HARO SUR LES PSEUDO-SCIENCES DE L’ÉDUCATION) daté du 24.11.2001 avait déjà émis la même idée).
L’affaire Lyssenko fait l’objet d’un historique intéressant sur le site sciencepresse.qc.ca/scandales/Lyssenko.
Autres commentaires superflus !
Thermidor, tout le monde descend!
Merci de me permettre de venir apporter mon expérience..
Instritutrice en France dans les années 60, je connaissais très bien les méthodes “nouvelles” de français, de math…
C’est pourquoi lorsqu’en 1979, l’un de mes enfants commença sa 1ère primaire dans le canton de Vaud, je me permis de dire mon opposition à l’introduction de cette méthode globale de lecture.
Il va sans dire que l’on me considéra comme venant du Moyen Age..Mais je laissais faire car même parmi mes proches on me laissa entendre que depuis les années 60, “ils” avaient fait des progrès dans l’enseignement de cette méthode et que, contrairement à moi ce sont des spécialistes qui savent mieux que moi qui ai arrêté d’enseigner depuis 10 ans, ce qu’ “ils” font.
Je vous fait grâce des difficultés que nous rencontrâme s avec notre enfant à qui l’école faisait croire qu’il savait lire alors qu’il lisait “iceberg” pour “bloc de glace” . Il lisait des petites phrases apprises par coeur en classe…
Lorsque cet enfant entra au collège, à la fin du 1er trimestre, lors d’une réunion de classe, un parent posa la question au maître de classe qui était aussi prof d’allemand :” c’est la première année que vous travaillez avec des enfants qui ont appris à lire avec la méthode globale.Pouvez-vous nous dire si vous sentez une différence importante avec les années passées?” Le prof répondit :Je dois dire que je suis étonnée de constater que c’est la première fois depuis plusieurs années que j’enseigne que les enfants confondent “and” et “ist”. Mais par contre c’est la première année que je constate avec plaisir que les enfants sont très ouverts et dialoguent ave moi, osent donner leur avis…”
Prenant la parole , je me permis de dire que si les enfants confondent and et ist ( “et” et “est” )c’est qu’ils ne l’ont pas acquis en français.
On me regarda comme si je venais de la planète Mars et l’on passa à autre chose. Les enfants ne savent pas lire, pas grave, ils ont une “grande gueule”, c’est bien plus important…
Je vous fais grâce des difficultés rencontrées par la suite: on mis notre enfant dans le privé .
Vous dire que j’ai une dent contre l’école vaudoise est peu dire…
Dans le livre “Apprendre à lire et à écrire”, je retrouve exactement ce que nous avons vécu dans les années 80… Et je me réjouis de constater que ce livre partage avec moi la vraie raison de ces méthodes nouvelles : l’idéologie.
Quel bien cela fait de constater après 20 ans que j’avais raison !
Aujourd’hui , ce que j’ai laissé faire (difficile de ramer à contre-courant quand on est tout seul) pour mes enfants, je ne le laisse pas faire pour mes petis enfants: je leur ai appris à lire très tôt, sans contrainte, sans qu’ils s’en aperçoivent, en jouant, avec une vieille méthode de mon enfance : la méthode Bocher, un livre de lecture plusieurs fois réédité et qui “s’arrache” dans les librairies en France: mes deux petits enfants sont tous deux entrés en primaire avec une année d’avance… Ils ne sont pas plus intelligents que les autres ni premiers de classe, mais ils aiment lire, et malgré la TV, ils lisent beaucoup… C’est le plus important!
Je me permets de signaler un livre sorti il y a quelques mois en France et écrit par un instituteur , directeur d’école, Marc Le Bris: “Et vos enfants ne sauront pas lire..ni compter” Ed. Stock. Il conforte ce qui est dit dans “Apprendre à lire et à écrire” du Centre Patronal.
Merci à Jean Romain pour ses commentaires si justes!
Marie-France Oberson
Comme disait Erasme
Je me permets d’intervenir pour apporter un éclairage nouveau sur le sujet, celui des principaux concernés, les élèves.
J’ai appris à lire, à écrire et à compter dans une école privée qui suivait le programme français “d’antan” au Canada. Ce n’est qu’à l’âge de huit ans que, de retour en Suisse, j’ai subi les nouveaux programmes, conséquences des nouvelles visions pédagogiques. J’entre maintenant à la faculté des lettres à Neuchâtel et je pense pouvoir apporter, par la comparaison des deux systèmes, un regard critique assez intéressant.
Tout d’abord, apprendre à lire avec un livre de lecture, présentant en différentes leçons l’évolution d’un personnage et de ses amis, n’est absolument pas astreignant et ennuyeux ! Au contraire, il n’y a rien de plus motivant pour l’élève que d’avoir un livre dans les mains, d’avoir ce contact avec le papier, de pouvoir jeter un coup d’oeil à la suite de l’histoire. C’est ce fil conducteur qui pousse l’élève à avancer, à vouloir progresser, surtout si les personnages sont attachants. Alors que le cours sur photocopie, centré sur l’élève, est une véritable catastrophe. On attendait de moi que je fasse seul tout le raisonnement menant au théorème de Pythagore, je devais réinventer les mathématiques. A-t-on déjà vu pareille absurdité ? Les mathématiques s’écartent de plus en plus de leur utilité première et essentielle, décrire des situations réelles et les modéliser. L’enfant ne plonge pas directement dans l’abstraction !
Mes parents sont tous deux professeurs et j’ai un certain nombre d’années d’étude juste derrière moi, je peux affirmer, n’en déplaise aux conformistes et bien-pensants, que la pédagogie ne s’enseigne pas, elle s’acquiert par expérience et par amour du métier. Chaque nouvelle théorie ne fait que s’éloigner davantage des réalités du métier pour s’embourber dans des processus complexes et stériles.
La seule véritable solution à mon avis serait d’engager des professeurs et des enseignants aimant leur métier et éradiquer le culte de l’hyperlogicisme et de l’abstraction théorique.
“Le sage se réfugie dans les livres des Anciens et n’y apprend que de froides abstractions ; le fou, en abordant les réalités et les périls, acquiert à mon avis le vrai bon sens.” Erasme, Eloge de la folie.
Bonne chance aux futurs élèves !
Au bout de la chaîne (jeune retraité de l’enseignement gymnasial), j’a recensé des pages et des pages de perles orthographiques de nombres d’élèves d’écoles supérieures qui laissent pantois. Je ne donne ni théorie ni conseil. Tout a déjà été dit. Une remarque cependant : il y a plus de convictions (ineptes) que de compétences et expériences prouvées en ces affaires. En effet, à ma connaissance, jamais aucun très éminent «philosophe» de la pédagogie n’a conduit 3 ou 4 classes en parallèle de terminales de gymnase jusqu’au bac (maturité) ou de diplôme avec tout ce que cela implique : gestion des classes, travaux écrits multiples; préparation des examens; etc., et cela durant plusieurs années. Pour la bonne bouche, juste quelques exemples édifiants. En classe terminale de maturité en économie (préparatoire à HEC, au seuil de l’université donc) : «consomation»; concurence»; marcher (pour marché); employer (pour employé); «conseille» pour conseil. Et j’en passe des milliers d’autres plus imaginatives les unes que les autres. La volonté affirmée de socialiser et d’intégrer prime la transmission des connaissances, c’est évident. Au prix d’un nivellement par le très bas : «de grandes gueules» comme dit Mme Marie-France Oberson ci-avant et non de «grandes pensées». Quelle horreur : de l’élitisme ?! Un sommet parmi tant pour conclure : «il conviens déceiller pour «il convient d’essayer» (sic).