ico Etranger Une présidence infantile

16 mai 2017 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

Connaissez-vous l’ «Effet Dunning-Kruger» ? Ce syndrome s’applique à une personne dont l’incompétence est telle qu’elle est incapable de prendre conscience de son incompétence. Donald Trump en est le meilleur exemple, dont l’infantilisme le conduit à croire qu’il a tout compris des problèmes les plus complexes en quelques secondes. Cet enfant dirige la première puissance mondiale.

Chaque jour, voire chaque heure, le président américain fait la preuve de son inadéquation profonde à la tâche présidentielle. Dernière faute en date: avoir révélé des secrets défense à Sergueï Lavrov, juste pour se vanter et flatter sa propre image – une entrevue au Bureau Ovale réservée par ailleurs aux médias russes seulement.

Impulsif, irréfléchi, inculte, il n’écoute pas ses conseillers, estimant que son instinct vaut tous les experts: il lui suffit de regarder la télé. Les décisions paraissent être prises dans l’instant, d’un claquement de doigts, souvent sans en informer les premiers intéressés. Un jour, cela conduira à la catastrophe. Qu’importe: Donald Trump est mu par une seule obsession: l’image qu’il se donne de lui-même, et dont il arrive à se convaincre qu’elle est formidable. Tout le reste n’a aucune espèce d’importance, d’ailleurs le monde n’existe pas hors de sa propre personne. Il est le meilleur garant de son narcissisme pathologique.

Il reste à savoir combien de temps il faudra pour que les Américains, à commencer par le Parti républicain, réalisent l’ampleur du désastre. A cet égard, la perspective des élections du mid-term pourrait bien commencer à secouer le cocotier, dans la mesure où beaucoup d’élus républicains savent que chaque nouvelle bourde présidentielle menace leur réélection dans leur circonscription.

En attendant, les effets d’annonce tonitruants ne font plus guère illusion, puisqu’ils ne se traduisent pas dans la réalité – et pour cause: qu’il s’agisse du système de santé, des impôts, de l’immigration ou des mesures environnementales, les projets ne sont pas prêts, voire même pas ébauchés et, pour beaucoup, ne passeront jamais la barrière des institutions constitutionnelles, politiques et judiciaires.

En matière de lutte contre le changement climatique par exemple, les Etats et les villes exercent l’essentiel des compétences. Très engagés, la Californie et New York en sont de bons exemples. Par conséquent, quel que soit le bavardage du président, et ses concessions à ses patrons de l’industrie du carbone, la défense de l’environnement continue à faire son chemin, même si, inévitablement, l’Amérique a déjà perdu le leadership en la matière, et va devenir un acteur mineur, à l’ombre, notamment, de la Chine, devant qui Trump déroule le tapis rouge sans même s’en rendre compte. De toute façon, Xi Jinping n’est-il pas a great guy, fantastic ?

On sait que Trump regrette amèrement sa vie d’avant: alors, il était un vrai monarque, et personne ne pouvait se mettre en travers de son chemin. On ne peut que souhaiter qu’il retourne à ses délires immobiliers, pour que le monde puisse respirer, et que l’Amérique, qu’il abaisse chaque jour, puisse redevenir great again. Démission spontanée, impeachment suite aux affaires russes ? Qu’importe, le plus tôt sera le mieux.

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Commentaire de charles galtier le 16 mai 2017 à 9:35

C’est du délire, préféreriez-vous les présidents qui interviennent partout dans le monde pour imposer la pax(dictat) américain?

Commentaire de Pierre Santschi le 16 mai 2017 à 10:35

Faut-il vraiment insulter les enfants?
Je les crois plus sages que nous quand ils n’ont pas été déformés par le culte de la compétition et du paraître…

Commentaire de Marcel Cohen Dumani le 16 mai 2017 à 10:42

Est-ce que l’effet “Dunning-Kruger” s’applique-t-il aussi à nos chers médias?
Question: est-ce que les représentants de ces chers médias participaient à la rencontre?
Vous nous avez appris à avoir beaucoup de recul et de pertinence, que se passe-t-il?
On peut ne pas aimer ce personnage, mais de grâce venez avec des infos “fiables”. Les médias US se sont royalement trompés, ils nous ressortent maintenant leur jeu favori de l’impeachment, après Clinton, voici Trump…, il faut donc créer la mise en scène, pauvre USA

Commentaire de Joseph Richoz le 16 mai 2017 à 12:01

Ainsi, nous voilà témoins malgré nous d’une guerre déclarée entre la présidence des USA et ses propres services secrets. Comme dans toute guerre, on peut faire le pari que la première victime est l’information. Aussi la plus grande prudence s’impose lorsqu’on se mêle de commenter les informations bien croustillantes que les agences de presse s’empressent avec obligeance de répercuter. Et celui qui prétend savoir ce qui se passe en coulisse est simplement un affabulateur. Monsieur Barraud, ne vous êtes-vous pas demandé comment un entretien confidentiel entre le président de la première puissance mondiale et le ministre des affaires étrangères d’une puissance militaire de premier plan puisse « fuiter » de la sorte dans la presse ? Poser la question, c’est déjà apporter un début de réponse.

Au lieu de vous concentrer sur vos deux têtes de turc favorites (Trump et Poutine peuvent tous deux légitimement prétendre à la première place sur le podium), on aurait pu préférer que vous nous éclairiez sur les aventures extraordinaires que traverse actuellement un pays voisin. Par exemple, la France. Voilà un pays qui, grâce à l’élection de l’Homme providentiel, est en train de réussir là où l’Italie avec Beppe Grillo a échoué : une « organisation » et son Führer font main basse sur tous les rouages du pouvoir, grâce à un heureux jeu de circonstances, presque par hasard serions-nous tentés d’écrire. Avant de faire élire une bande de bleus au parlement, ce qui est bien utile pour garder les formes démocratiques lorsqu’il s’agira de faire passer les premières lois qui vont susciter moins de liesse populaire que la remontée des Champs-Elysées en jeep militaire. Bien sûr, expliquer cela, le décortiquer est bien plus compliqué que faire office de caisse de résonnance en répercutant quelques arrangements avec la réalité sur les faits et gestes supposés d’un mégalo vantard sur lequel il est si facile de taper. Il est vrai que M. Macron présente bien (important), qu’il a l’air de savoir se se tenir à table (très important) et qu’il ne se teint pas les cheveux (condition nécessaire pour être élu).