ico Etranger Trump: la résistance s’organise

21 janvier 2018 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

La meilleure nouvelle, au jour du premier anniversaire de Donald Trump à la Maison-Blanche, fut la marche des femmes qui s’est déroulée, comme l’an passé, dans les grandes villes des Etats-Unis. Il faut voir là le signe d’un double changement à venir: une forte montée des femmes à tous les niveaux de pouvoir, et la perspective d’une réforme du système électoral visant à aboutir à une élection du président par le peuple. Pour le reste, c’est un bilan présidentiel effarant, et un incompréhensible engouement chez certains intellectuels de chez nous.

Ces changements ne se feront pas du jour au lendemain, mais le mouvement est inexorable. Au fil des mois qui viennent, les électeurs de Trump réaliseront – si ce n’est déjà fait dans leur for intérieur – qu’ils se sont fait avoir. Avoir par une clique de milliardaires bien décidés à se servir d’eux, eux les petits Blancs pauvres qui croient au Père Noël; avoir par des affairistes cyniques trop heureux de pouvoir saccager les rivages, les réserves naturelles et les paysages intacts de l’Amérique historique pour en extraire du pétrole, du gaz et du charbon, tout en payant moins d’impôts. C’est un pillage organisé, servez-vous! Et cela, sans devoir se soumettre à de fastidieuses mesures de protection de l’environnement et des populations exposées: après tout, ce ne sont que des Noirs et des Latinos, n’est-ce pas?

En une année, Trump a sérieusement commencé à ravager le pays, il a renvoyé l’ascenseur à ses complices de l’industrie du carbone, accéléré le réchauffement climatique, rendu les pauvres encore plus pauvres, surendetté un pays déjà surendetté, et insulté les non-Blancs de manière ignominieuse, en rendant le racisme ordinaire acceptable, puisque revendiqué au plus haut niveau.

On nous dira que l’économie est florissante: certes, mais Trump n’y est pour rien, il est arrivé dans un climat économique favorable et s’en attribue bien indûment la paternité, ce que confirme un sondage Washington Post/ABC. Pour le reste, son bilan est médiocre, d’autant que la plupart de ses coups de force populistes sont bloqués par la justice, ou se heurtent à la résistance des États et des grandes villes, qui refusent de les appliquer. Ce n’est pas surprenant: les maires des grandes villes sont confrontés quotidiennement au pays réel, ils connaissent les gens, les minorités et leurs besoins. A mille lieues d’un homme qui a passé sa vie dans une tour d’ivoire et n’est jamais sorti du cercle des milliardaires couverts de jets privés et de résidences de luxe.

Il a ruiné la dignité de la fonction présidentielle

Le plus grave dans le bilan de Trump, qu’un Parti républicain en état de stupéfaction totale laisse tout faire, c’est qu’il a ruiné la dignité de la fonction présidentielle, en quelques mois seulement – pour la plus grande honte de beaucoup d’Américains: “Unpresidential”, dit le sondage cité plus haut. Ils se réveillent chaque matin dans un pays dirigé par une sorte de Roi Pétaud de cauchemar, inculte, vulgaire, infantile et grossier, une sorte de patron de bar à bière, qui change d’avis d’un jour à l’autre en regardant Fox News, qui ne connaît rien au monde et à la diplomatie et qui, suprême défaut, déteste son nouveau métier, sinon qu’il lui permet de se retrouver en permanence sous les projecteurs.

Mais soit: le collège électoral américain et une minorité de citoyens ont voulu confier le pays à ce personnage instable psychologiquement, qu’ils en assument les conséquences ! Le problème, c’est que le monde entier va lui aussi en subir les conséquences, en particulier à la suite des incendies que Trump se plaît à allumer partout dans le monde, au Proche-Orient et en Asie en particulier. Tant d’effort entre Israël et les Palestiniens ruinés en quelques tweets, par un président qui s’est rangé à 100% dans le camp de l’un, et s’emploie à affamer le second !

Des intellectuels égarés

Et pour ne rien vous cacher, je m’étonne que tant de gens intelligents, ici en Suisse, adhèrent sans réserves à ce personnages, et insultent les esprits critiques, et les journalistes en particulier, qui osent dire que le roi est nu. A les entendre, on n’aurait pas le droit de critiquer Trump, sous prétexte qu’il est le président élu ! La belle affaire ! Ces gens s’offusquaient-ils, lorsque les médias vilipendaient François Hollande, qui lui aussi a abaissé la fonction présidentielle ? Rien entendu. S’offusquent-ils, lorsque la presse suisse critique Alain Berset ? Rien entendu non plus. Ces relents de censure sont graves, car ils menacent directement la démocratie. Si les médias ne sont pas libres de critiquer et de questionner, s’ils ne peuvent que jouer la brosse à reluire et chanter Maréchal, nous voilà ! nous sommes mûrs pour la dictature. Au reste, il faut bien reconnaître que les régimes autoritaires exercent, dans les démocraties, une funeste attirance. Duterte, Erdogan, Poutine, Trump… ces autocrates brutaux séduisent de plus en plus d’Européens, comme si le temps de la démocratie parlementaire, si compliquée, si pusillanime, si ennuyeuse, était compté.

A croire que l’Histoire repasse les plats. Dans les années 30 du XXe siècle, la démocratie était à bout de souffle en Europe, beaucoup de conservateurs se réjouissaient de l’installation de régimes autoritaires et antisémites, et les journalistes n’avaient pas intérêt à critiquer le Chancelier que l’on sait. Mais ceux qui tiraient dans le dos des journalistes – et ce n’était pas qu’une métaphore – se sont retrouvés dans le mauvais camp lorsque l’Europe a retrouvé ses esprits, des dizaines de millions de morts plus tard. Cela pour en venir à ceci: ceux qui s’engagent à fond derrière un chef d’Etat raciste, imprévisible et dangereux, risquent bien de se retrouver dans le mauvais camp, après. Après quoi ? On ose à peine l’imaginer.

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Griffures



Collabo à l’honneur

La très ambitieuse rénovation du Grand-Palais, à Paris, sera co-financée par la maison Chanel. En échange, une des entrées principales s’appellera “Gabrielle Chanel”. Ce sera la première fois, à notre connaissance, que la France donne à un monument historique le nom d’une Collabo notoire. Non seulement elle vécut sereinement l’Occupation dans un hôtel de luxe aux côtés d’un officier nazi,  Hans Gunther von Dincklage, mais encore collabora-t-elle activement avec la Gestapo, sous le nom de code F-7124. Elle ne dut d’échapper aux vengeances de la libération qu’à ses hautes protections, en particulier celle de Churchill. D’innombrables Françaises anonymes, elles, ont été tondues en public pour bien moins que ça…
Mais comment s’étonner? En été 43, la foule parisienne enthousiaste criait: “Vive le Maréchal!”. Un an plus tard, la même foule criait: “Vive de Gaulle!”
Espérons, sans trop y croire, que quelques protestations s’élèveront, pour la forme…

Un auto-coup d’Etat

On se demande pourquoi Erdogan peut, sous le regard complaisant du monde entier, emprisonner, torturer, assassiner en toute impunité et occuper un pays étranger, sous prétexte qu’il y a des “terroristes” partout. Cette complicité tacite est d’autant plus écoeurante qu’on évite soigneusement de s’interroger sur la véritable origine du prétendu “coup d’Etat” qui a permis à l’apprenti Führer de s’attribuer les pleins pouvoirs. Il apparaît de plus en plus que ce coup d’Etat pourrait bien avoir été ourdi par… Erdogan lui-même. Bien joué!


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