ico Etranger Trump et la tentation totalitaire

19 juin 2018 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

Donald Trump partage avec certains dictateurs de l’Histoire un trait de caractère aussi commun que courant: le culte de Soi, la volonté de réaliser un destin personnel historique, quitte à en faire payer le prix au reste du monde, la certitude d’avoir raison, puisqu’il exerce le pouvoir suprême. Le monde va au devant de grands malheurs, qui commenceront par une crise économique mondiale.

La différence d’avec les dictateurs de l’Histoire, c’est que Trump n’a aucune vision politique à long terme, et donc aucune constance dans son éventuelle réalisation. Il dit blanc aujourd’hui, mais dira peut-être noir demain, au gré de ses «intuitions» et des éditoriaux de Fox News. Ses conseillers ne sont pas écoutés, ils démissionnent ou se font renvoyer, ils sont de toute façon inutiles. Désormais, il ne s’entoure que de brutes et de faucons et d’ultra-conservateurs, individus dangereux mais absolument dévoués. Il ment constamment, le sait et l’assume, ou plus exactement, accuse les autres de travestir la réalité. Dernier épisode en date: il répète dans des rafales de tweets que la criminalité a fortement augmenté en Allemagne, ce que démentent clairement les statistiques. Oui mais… Les statistiques sont truquées, bien sûr !

Au passage, notons la grossièreté de ses ingérences dans la politique intérieure allemande: non seulement il fusille Angela Merkel de ses tweets caractériels, mais encore envoie-il comme ambassadeur en Allemagne un personnage fascisant, chargé apparemment de booster l’extrême-droite populiste allemande.

Voici donc le président de la première puissance mondiale, jusqu’ici démocratie assez exemplaire, qui flatte et admire les dictateurs; comme eux, il voudrait pouvoir décider d’un claquement de doigts, se passer de ce Congrès si lourd à manier, faire enfin taire cette presse qui ne communie pas dans le culte du Chef, comme en Corée du Nord ou en Russie; il veut pouvoir présider une grande parade militaire annuelle; il exige que son pays domine militairement le monde, sur terre, sur les mers, dans les airs et maintenant, dans l’espace. En matière économique, il a clairement la conviction que l’Amérique retrouvera sa grandeur non pas en étant performante et dynamique, mais en abaissant et en ruinant les autres nations. Le processus est d’ailleurs en cours, et les premières conséquences de ses mesures protectionnistes se font déjà sentir en Asie et en Europe, même si on ne le crie pas sur les toits pour ne pas affoler les marchés. Heureusement, si l’on peut dire, l’économie américaine va elle aussi être frappée de plein fouet par la guerre commerciale allumée par Trump: par exemple dans le domaine de l’agriculture, déjà plongée dans une crise profonde, notamment dans le secteur laitier, qui pourrait perdre le gigantesque débouché de ses cultures de soja en Chine.

Le malheur de beaucoup de pays, c’est que leur dépendance aux marchés américains et aux transactions en dollars est telle qu’ils vont courber l’échine sous la férule trumpienne: il n’a pas fallu longtemps pour que les économies européennes – et suisse – annoncent haut et fort qu’elles obéiront au Chef et qu’elles quitteront le marché iranien. Pas de quoi être fiers ! D’autant que ce faisant, ces pays encouragent Trump dans sa volonté d’en découdre avec l’Iran. Si la première guerre impliquant des armes nucléaires tactiques doit arriver, ce sera celle-là.

Face à la montée de la tentation totalitaire de Donald Trump, l’opinion américaine paraît apathique. Elle le hait – à l’exception de sa base électorale ultra-conservatrice, qu’il sert aveuglément – mais ne bouge guère. En apparence. Le parti démocrate, orphelin de leaders qui s’imposent, fait profil bas. C’est peut-être une forme de sagesse. Ils observent et attendent que Trump s’enfonce et se saborde lui-même, ce qu’il fait assez bien; en attendant, ils travaillent au plan local, dans les municipalités et dans les Etats, ce qui ne fait guère de bruit hors des Etats-Unis, mais qui peut contribuer à faire basculer la majorité lors des élections de mid-term, en novembre. Car là est l’essentiel: on croit souvent que, quelque folie que commette le président, les institutions sont assez fortes pour le contenir. C’est probablement du wishful thinking: le Congrès actuel, hypnotisé par Trump, est parfaitement capable de changer les règles et d’affaiblir la démocratie américaine, dont de toute façon, les valeurs suprêmes sont quotidiennement foulées aux pieds par le locataire indigne de la Maison-Blanche. Il est donc essentiel que l’Amérique se dote à nouveau d’un parlement qui veuille et puisse faire contrepoids à la Maison-Blanche.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le Président des Etats-Unis a prononcé 3’000 mensonges en 466 jours, selon le décompte établi au 9 mai 2018 par le Washington Post. Il le sait. Il sait aussi que plus un mensonge est gros, plus il est répété, plus il finit par passer. Inutile de rappeler qui est l’auteur de ce principe. Si les Américains pouvaient s’imaginer ce que l’Histoire retiendra de cette présidence, et de leur inquiétante apathie, il dresseraient des barricades dans les rues de Washington.

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Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 21 juin 2018 à 16:00

Certes, Donald Trump a quelques vilains défauts, comme son rejet des efforts pour sauvegarder la planète ou son admiration cachée de certains autocrates et futurs dictateurs tels que l’empereur chinois, le nouveau sultan turc ou le tsar Poutine…
Mais M. Trump, président élu démocratiquement, semble avoir la qualité de vouloir rétablir la souveraineté des nations et l’identité des peuples.
Ce qui va à l’encontre d’un certain ordre multilatéral assez hypocrite.
Voir, ci-dessous, l’excellent billet de Pascal Décaillet.

http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2018/06/20/la-pieuvre-des-apparences-en-moins-292839.html

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Griffures



“En deuxième diffusion”

Ceux qui disent que la SSR dépense trop et doit faire des économies en sont pour leurs frais: à écouter jour après jour La Première, on constate un formidable effort d’économies. En effet, plutôt que de produire des émissions originales, qui coûtent cher, on accable l’auditeur d’émissions “en nouvelle diffusion”, de la deuxième main en quelque sorte. Mais de quoi se plaint-on ? C’est l’été après tout, il n’y a quasi plus personne à La Sallaz, juste quelques plantons chargés de faire tourner les robots.
Mais quand même: l’auditeur n’a pas droit à une remise de redevance pour cause de produits pas frais. Or, j’imagine que Le Temps ou 24 Heures n’auraient pas le culot de me faire payer l’abonnement plein pot pour republier des vieilleries, sous prétexte que ce sont les vacances !
Au fait, Commentaires.com pourrait aussi publier des articles en deuxième diffusion, non ?

Le triomphe du pétrole

Donald Trump exige que la production de pétrole augmente partout dans le monde (sauf peut-être en Iran…), et donc la consommation aussi. Logique: l’effet du CO2 sur le climat n’est que fake news, tout comme le réchauffement climatique, que par ailleurs les scientifiques décrivent comme un facteur majeur de la migration d’Amérique centrale vers les Etats-Unis.
Mais l’essentiel n’est-il pas que les commanditaires et patrons de Trump et de son ministre de l’environnement (sic), comme les frères Koch et leurs affidés du pétrole et du charbon, fassent de bonnes affaires ? De toute façon, il auront disparu, couverts de dollars et satisfaits d’eux-mêmes, avant les grands désastres…
Et pendant ce temps de par le monde, des citoyens anonymes et probablement dérisoires font des efforts pour sauver ce qui peut l’être, fragiles fourmis qui croient pouvoir lutter contre les chars d’assaut du fric, du pouvoir et du cynisme. Vivons d’espoir !


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