ico Etranger Quand entendrons-nous la phrase tant attendue: «Trump, you are fired» ?

20 mars 2018 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

L’étau se resserre autour de Donald Trump qui, de plus en plus agité, a pris le risque gravissime de vilipender des institutions auxquelles les Américains sont attachés. Il est temps que le cauchemar finisse.

Il y a deux semaines, Donald Trump a éjecté, sans même l’en informer, son ministre des Affaires étrangères, qui n’était pas assez courtisan, et surtout un peu trop lucide sur les capacités intellectuelles du président. Celui-ci d’ailleurs a dû se demander si, dans le fond, l’Amérique avait encore besoin d’un Secrétaire d’Etat, puisqu’elle a déjà un président qui sait tout, décide de tout et n’écoute personne, à part Fox News. De toute façon, le Département d’Etat a été aminci d’un tiers, et les ambassadeurs dans des pays-clé n’ont toujours pas été nommés. Ainsi, l’Amérique s’isole dans le concert des nations, elle devient un acteur de deuxième plan, ou même un acteur totalement disqualifié, comme dans la question israélo-palestinienne. Surtout, elle devient un acteur non-fiable: Trump a reconnu avait inventé des chiffres complètement faux sur le commerce extérieur lors de sa rencontre avec Justin Trudeau ! D’une certaine manière c’est compréhensible, puisqu’il ignore tout de ses dossiers.

Donald Trump a usé quatre chefs de la communication en un an, pour la plupart incompétents, ce qui n’est pas trop grave. En revanche, il a pris le risque inconsidéré d’ouvrir une guerre insultante contre des institutions aussi respectées que le FBI et les services de renseignement, et on verra bientôt que c’était une faute politique majeure, car les citoyens américains sont assez chatouilleux lorsqu’il s’agit des grandes agences, et ils n’aiment pas qu’on les traîne dans la boue.

Le licenciement de James Comey, puis celui d’Andrew McCabe dans des conditions d’une mesquinerie sans nom – Trump a pris soin de le faire licencier moins de 48 heures avant sa retraite officielle, afin qu’il perde une partie des rentes auxquelles il avait droit -, sont autant de bombes à retardement que le président a glissé sous son propre fauteuil.

«Vous ne détruirez pas l’Amérique»

En effet, face aux torrents d’insultes et de mensonges proférés à journée faite par le président, les haut-fonctionnaires ont estimé devoir renoncer à leur réserve habituelle, et se mettre au même niveau, qui est bas. C’est ainsi que «James Comey le menteur», comme dit Trump, a répliqué en disant: «M. le Président, le peuple américain entendra mon histoire très bientôt. Et ils pourront juger par eux-mêmes qui est honorable et qui ne l’est pas.» (Comey faisait allusion à un livre à paraître). Mc Cabe a réagi à son tour: «Nous ne répondrons pas à chaque tweet infantile, diffamatoire, dégoûtant et mensonger du président; toute la vérité sera révélée en son temps.»

John O. Brennan, ancien directeur de la CIA, est allé plus loin encore: «Lorsque toute l’étendue de votre vénalité, de votre conduite immorale et de votre corruption politique sera connue, vous prendrez votre juste place de démagogue déshonoré dans les poubelles de l’Histoire. Vous pouvez faire d’Andy McCabe un bouc émissaire, mais vous ne détruirez pas l’Amérique. L’Amérique triomphera de vous.»

De plus en plus nerveux, de plus en plus irritable à mesure que l’«enquête russe» du procureur spécial Mueller resserre le filet autour de lui, de son empire et de sa famille, Trump va probablement commettre, de rage, la faute majeure: faire licencier ce magistrat devenu trop dangereux. C’est une ligne rouge, et ce sera sans doute la première fois qu’une partie de la majorité républicaine, jusqu’ici alignée comme un quelconque «parlement» russe ou chinois, se révoltera contre son leader, car on ne peut pas impunément démolir les institutions les plus respectées – or c’est précisément la «Théorie Bannon» qu’applique Trump à la lettre: tout détruire.

 La nervosité du président ne va pas diminuer au fil des jours qui passent: le 25 mars, CBSNews consacrera son émission 60 Minutes à une longue interview de l’actrice porno Stormy Daniels sur ses relations intimes et rétribuées avec Donald Trump. Dans le monde sauvage de l’Amérique trumpienne, CBSNews a pris la précaution élémentaire d’enregistrer l’émission il y a déjà plusieurs jours, le temps de protéger la jeune femme – que l’entourage de Trump a essayé de faire taire par tous les moyens – et de faire passer chaque mot sous la loupe de ses avocats.

On voit à quel niveau de médiocrité et de déshonneur Donald Trump a précipité les Etats-Unis, en si peu de temps: ils sont devenus à nouveau un des pays les plus haïs du monde, alors qu’Obama leur avait remarquablement fait remonter la pente. Pour une bonne partie du monde, c’est l’Amérique qui est devenue un shit-hole country, pour reprendre le langage délicat du président.

Il est inimaginable que ce bouffon pathétique termine son mandat, voire en brigue un second. Il est temps que l’Amérique refuse de se laisser abaisser davantage, et lui envoie enfin sa phrase-fétiche: «You are fired !»

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Commentaire de Pierre Bonnard le 20 mars 2018 à 12:01

“If you think education is expensive, try ignorance” (autocollant pour pare-chocs aux USA il y a 20 ans)
Je suis un peu moins optimiste que vous, car il est devenu bien plus facile qu’à l’époque de Goebbels de manipulerà son insu une population entière. Plus intéressant que “l’enquête russe” du procureur Mueller, il y a le rôle de Cambridge Analytica qui a scientifiquement utilisé pour la campagne électorale de Trump les profils Facebook de plusieurs dizaines de millions d’américains.
Nous n’en sommes pas encore là, comme la fessée à No Billag le montre, mais prenons garde!

Commentaire de Marcel Cohen Dumani le 20 mars 2018 à 13:31

Les sources biaisées et déformées du New York Times semblent vous aveugler! Et si vous vérifiez les agissements et le comportement de McCabe et Comey dans l’épisode de l’agent britannique qui a créée un faux dossier financé par la campagne de Hilary. Dossier fabriqué qui a servi à trois reprises au FBI d’obtenir du Tribunal l’autorisation de mettre sous écoute l’équipe
de Trump…
Vous avez raison sur un point les institutions US ne sont plus l’exemple démocratique exemplaire aussi bien les partis Démocrates que Républicains sont à blâmer.
lisez le fameux memo déclassifié!
https://intelligence.house.gov/news/documentsingle.aspx?DocumentID=868

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