ico Etranger Macron et l’armée: la confiance rompue

19 juillet 2017 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

En France, le Président de la République est Chef des armées. Mais s’il l’est sur le papier solennel de la Constitution, il doit l’être aussi, pour être crédible, dans le cœur des militaires. En forçant le Général de Villiers à la démission, Emmanuel Macron a commis une grave erreur et brisé un lien de confiance essentiel.

Ce bras de fer, Emmanuel Macron aurait dû tout faire pour l’éviter. Rappelons que le gouvernement veut couper 850 millions dans le budget des armées, ce que le Chef d’Etat-Major, assez logiquement, a contesté publiquement, en termes fleuris d’ailleurs. On comprend bien que le jeune président doit absolument asseoir son autorité, ce qui ne va pas de soi vu son jeune âge, et sa légitimité faible, en raison de l’abstention massive des électeurs.

Cette quête d’autorité passe précisément par des bras de fer, comme par exemple avec les maires des communes sur les questions fiscales, et une mise en place à la hussarde des nouvelles législations voulues par le nouveau pouvoir. Le parlement, plus que jamais, n’est qu’une chambre d’enregistrement, ce qui n’est pas sain en démocratie. Pour asseoir sa crédibilité, un chef d’Etat peut être tenté par l’autoritarisme, comme on le voit en Turquie, en Hongrie, en Pologne, aux Etats-Unis, au Vénézuela, et tant d’autres pays dont le président essaie de s’imposer par l’autoritarisme, plutôt que par un lent travail de conviction et de preuves par l’acte.

De toute évidence, Emmanuel Macron, qui veut aller vite, paraît constamment tenté par l’autoritarisme et les épreuves de force, pour bien faire comprendre qu’il est le patron. «Le chef des armées, c’est moi», a-t-il affirmé imprudemment. Imprudemment car, si cela est formellement vrai, il n’apparaît pas encore, aux yeux des Français, et encore moins des militaires, comme le vrai chef des armées.

Pierre de Villiers, général cinq étoiles, est décrit comme un homme exigeant, droit, discipliné comme doivent l’être les militaires en république, mais jusqu’à un certain point. De Villiers a ses lignes rouges, la première étant celle des moyens alloués à l’armée pour pouvoir accomplir sa mission. Or, on sait bien que l’armée française souffre d’équipements obsolètes ou peu performants (on dit qu’un hélicoptère de combat sur quatre seulement est opérationnel), et surtout, elle est engagée sur plusieurs fronts dans le monde, ce qui a un coût exorbitant. L’ancien ministre de la défense Gérard Longuet le rappelait hier à France-Info: «Nous sommes en guerre. Nous avons 30’000 hommes sur le terrain, avec ce que cela implique de morts et de blessés.»

C’est cela que voient les militaires et, au-delà, les Français. C’est un enjeu qu’ils perçoivent, à juste raison, comme bien plus important que la construction de l’autorité d’un président, sachant que les présidents sont éphémères, tandis que l’institution militaire, un peu comme l’Eglise, s’inscrit dans la durée. En obligeant Pierre de Villiers à la démission, Emmanuel Macron s’est mis durablement à dos les militaires (qui ne sont pas des miliciens comme en Suisse), «définitivement», disent même les plus durs. En clair, l’indispensable lien de confiance est rompu. Dans un pays en guerre, ce n’est pas bon.

Sans doute M. Macron était-il obligé de l’emporter face à ce général couvert d’étoiles, sous peine de passer pour un faible. Mais la faute politique, c’était d’engager le bras de fer, en prenant des décisions brusques et sans suffisamment de concertation, comme il a malheureusement tendance à le faire, «pour aller vite». Les militaires sont des sentimentaux dès lors qu’on touche à leur institution; faire le choix tailler dans son budget, sous l’impulsion d’un petit cercle de conseillers obscurs, et sans concertation avec les principaux intéressés, et alors qu’elle est engagée dans de sales conflits, était une faute politique majeure.

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Commentaire de Corthay le 19 juillet 2017 à 17:43

Je m’inquiète de voir ce pays conduit par un gamin sans expérience de vie qui comme vous le dites, sous la conduite de conseillers obscurs, prends des décisions sans tenir compte des acquis au nom de son EGO démesuré. C’est tragique et très inquiétant.

Commentaire de Xavier Gruffat le 19 juillet 2017 à 19:37

100% d’accord, si me définis comme de “droite” ou “conservateur” c’est notamment à cause de l’importance que je donne à l’armée comme institution. Sur ce point précis il me semble que Trump a fait mieux que Macron en augmentant le budget. Ici Macron a suivi une politique de gauche, on verra dans 5 ans si Macron est de gauche ou de droite…Selon moi c’est pour cela que cette mode “ni de droite ni de gauche” me dérange car tout est politique selon moi, une sorte d’arnaque moderne. Le peut-être futur président du Brésil en 2018 Joao Doria, actuel maire de Sao Paulo, fait comme Macron en affirmant qu’il n’est pas politicien mais gestionnaire ou manager. Comme quoi c’est la mode mais je doute que cette mode dure plus de 5 ans.

Commentaire de JAHaury le 19 juillet 2017 à 21:16

Ne vous précipitez pas trop vite, comme si vous redoutiez qu’Emmanuel Macron parvienne à redresser la France. Les Français sont, on le sait, un peuple de régicides depuis longtemps. Ils sont empressés de critiquer leur Président. En Suisse, on ferait bien de prendre un peu de recul.

Commentaire de Joseph Richoz le 19 juillet 2017 à 21:26

Première grosse faute politique, en effet, annonciatrice d’autres gaffes qui ne manqueront pas de se produire. Un pays ne se « manage » pas exactement comme une entreprise. Le nouveau locataire de l’Élysée et la bande de joyeux énarques qui le cornaquent viennent de l’apprendre à leur dépens.

Il faut tout de même reconnaître qu’E. Macron fait preuve d’une sacrée déveine : comme bon nombre d’armées dans les pays occidentaux vieillissants, l’armée française a été le hochet de plusieurs présidents qui n’ont eu de cesse d’en raboter les moyens financiers. Il hérite, osons cette image, d’un terrain miné et d’une institution pas particulièrement amicale envers les représentants de la caste politique.

Espérons que l’armée française ne sera pas trop rancunière de cette bourde due à l’inexpérience d’une jeune gars emporté par son enthousiasme, que les islamistes ont rejoint les juilletistes et bientôt les aoûtistes sur la route des vacances et que le fringuant premier citoyen de France mettra à partir de maintenant toute son énergie à réformer le Code du travail,,,

Commentaire de Marie-France Oberson le 21 juillet 2017 à 8:56

Voilà un billet qui vient mettre un bémol au précédent macromaniaque :”France : un sympathique souffle de renouveau ” dans lequel vous dressiez des couronnes d elauriers à Macron, avant même qu’il n’ait bougé le petit doigt et dans lequel vous tapiez sur les “populistes” !

Heureusement qu’ils sont là “les populistes”! Car un pouvoir sans opposition est un pouvoir qui prend la grosse tête et qui marche sournoisement vers l’autoritarisme voire la dictature.
La France a coupé la tête à la monarchie mais celle-ci perdure !

Un petit minus qui n’a même pas fait son service militaire et qui va donner des leçons à un général 5 étoiles qui lui se bat sur le terrain, est un avant goût de cette dictature en marche s’il n’y a personne pour veiller au grain !
Le Général de Gaulle qui était un 2 étoiles , jamais, jamais n’aurait humilié un général 5 étoiles devant ses troupes!

Mais Macron n’en est pas à sa première faute : la première c’est d’être allée humilier la France , la fragiliser en Algérie faire du lèche-babouches aux Algériens en déclarant que la colonisation de l’Algérie était un crime contre l’humanité !
Ca , pour apaiser les tensions , le vivre ensemble, y a pas mieux!

Ensuite aller déclarer devant la communauté juive que la rafle du Veld’hiv c’était la France, c’est aussi très rassembleur !
Ce, en réalité pour contrecarrer les déclarations de Marine Le Pen selon lesquelles le Veld’hiv ce n’était pas la France , car” la France était à Londres, et pas à Vichy”
Il ne sait pas le petit Macron que de Gaulle et Mitterrand avaient fait la même déclaration que Marine Le Pen à propos de cette rafle !

Macron est allé à l’école des “Méthodes Nouvelles” où l’on apprend plus à faire du théatre que lon apprend l’HIstoire si ce n’est une histoire réécrite.
Il ne sait pas le petit Macron pourquoi la France est allée colonisée l’Algérie, il ne sait pas le petit Macron que la France , en Algérie a construit des hopitaux, des écoles, des routes, asséché des marécages.
(“Sans nos missionnaires, nos soldats, nos marins, nos découvreurs, nos administrateurs, et même nos commerçants, qui bâtirent l’Empire colonial français aujourd’hui disparu, des dizaines de millions d’individus sur cette terre ne seraient jamais sortis de la nuit. Et si certains y retournent aujourd’hui, c’est parce que nous ne sommes plus là pour éclairer leur chemin.” (Jean Raspail :préface du livre de Henri Servien “La petite histoire des colonies et missions françaises” ))
( je rappellle que le président de l’Algérie est tout heureux de pouvoir aller se faire soigner dans cette France honnie…)

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