ico Etranger Good morning Weimar !

9 novembre 2016 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

L’élection de Donald Trump s’inscrit dans un mouvement mondial de montée du populisme, du nationalisme et du racisme. Nous entrons dans une ère où le rationnel et la raison seront impuissants à contenir les fractures intérieures et extérieures fomentées par les dirigeants.

Beaucoup, y compris en Suisse, sont pris de jubilation aujourd’hui: celui qui rejette l’establishment, les intellectuels, la culture, les médias, l’écologie, les non-Blancs, les non-Chrétiens, a gagné ! Habilement, il a capitalisé non pas sur un programme politique ou économique, mais sur des frustrations et des émotions, très fortes aux Etats-Unis et dans le reste du monde, celles de ceux qui, à tort ou à raison, s’estiment être des laissés pour compte du «système». On récolte ici, brutalement, les fruits de la mondialisation à outrance, de l’ouverture des marchés et des traités de libre-échange, que des dirigeants suspendus à des hauteurs stratosphériques au-dessus des préoccupations quotidiennes de la population signent entre eux, en secret.

Le monde, inexorablement, glisse du rationnel à l’irrationnel, comme il y a bientôt cent ans. Aux problèmes difficiles qui se posent, on répond par l’agitation de symboles, de légendes dorées, de passés héroïques, de valeurs anciennes érigées en mythes, qui ont le mérite d’être simples, faciles à comprendre, et qui parlent aux tripes. C’est l’essence même du nationalisme, qui pousse de plus en plus de peuples à confier leur destin à des agitateurs de mythes: nul besoin d’analyser et de comprendre des concepts forcément compliqués, il suffit de se laisser porter par les mots et par la foule.

La tendance est à la montée des pouvoirs autoritaires et autocratiques, à commencer, et c’est le plus inquiétant, par des puissances de premier plan, tandis que la démocratie, perçue comme grise, ennuyeuse et obsolète, s’éteint lentement. Que les Philippines sombrent dans le fascisme n’intéresse pas grand monde; mais que des pouvoirs autoritaires, et donc sans réel contrôle démocratique, s’installent, comme en Chine, en Turquie, en Russie, et maintenant aux Etats-Unis, puis peut-être demain en France, est un signe porteur de très lourdes menaces pour la planète entière.

Oh ! Bien sûr, c’est prétendument au nom du peuple, des «petits», des oubliés de la prospérité, des méprisés du «système», que ces autocrates confisquent le pouvoir. Mais après, ce sont les mêmes qui paient leur naïveté au prix fort, en particulier sur les champs de bataille.

Personne ne peut dire aujourd’hui quelles seront les premières décisions politiques de Donald Trump. Cela va-t-il commencer, comme il l’a promis, par des arrestations d’adversaires politiques, et des déportations massives d’immigrés clandestins ? Va-t-il envoyer la Garde nationale faire du porte-à-porte pour dénicher les clandestins et les envoyer dans des camps ? Personne n’en sait rien, et personne ne peut affirmer qu’il ne le fera pas. On nous dit que la «machine» politico-administrative américaine ne lui laissera pas les mains libres. Rien n’est moins sûr. Avec une majorité au Congrès, et une Cour suprême remodelée sur le mode ultra-conservateur, tout est possible, et surtout le pire.

Hillary Clinton était une bonne candidate mais, historiquement, elle ne pouvait pas résister à une telle vague de rancoeur, de populisme, de suprématisme blanc et de misogynie, ces terribles sentiments à qui Trump a donné une légitimité. Om appelle cela «libération de la parole» et lorsqu’on soulève ce genre de couvercle, tout peut arriver. Ni Bernie Sanders, ni aucun autre candidat démocrate, n’aurait fait mieux. Aujourd’hui s’ouvre pour l’Amérique un gouffre d’interrogations, car la division de la nation est, objectivement, au coeur du projet de Trump. Si bien que les minorités, les Noirs, les immigrés, les femmes et les jeunes vont payer le prix fort, eux qui, contrairement aux stars d’Hollywood, n’auront pas les moyens d’émigrer au Canada, en Australie ou en Espagne.

 

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Commentaire de P.M. Vergères le 9 novembre 2016 à 10:07

Il est fort dommage que du côté des “perdants”, surpris et tout étonnés, on n’ait pas le moindre respect pour la décision du peuple américain. Non, le programme de Trump ne s’est pas construit sur la frustration et l’égoïsme, comme on aimerait le faire croire, mais sur la volonté d’un peuple de reprendre les rênes de son destin et de chasser du pouvoir les opportunistes et les voleurs.
Il faudrait aussi faire attention aux termes. Suprémaciste. Rien n’a été épargné ces dernières années aux gens qui ne sont pas de couleurs. Qu’on cesse de nous entonner en ritournelle les habituelles clichés, de la gauche et des bien-pensants qui désignent les seuls blancs, et tous les blancs, comme racistes. C’et un peu facile et très réducteur et leur permet ainsi de bafouer nos droits et nos aspirations. Et cela démontre surtout un esprit de parfait mauvais perdant. Aujourd’hui, les rapaces de Wall Street ont perdu et le peuple américain a gagné.

Commentaire de Jacky Brouze le 9 novembre 2016 à 11:20

Monsieur Barraud, je suis étonné de vous voir dérailler de la sorte. Vous semblez préférer le rationnel, la clarté et l’illusion de la stabilité qui finalement ne profite qu’au mega-riches ? Ils dirigent le monde en boutant le feu à la planète et en se servant de guerres comme de Karchers pour écraser toute résistance !
Il faut ouvrir les yeux Monsieur Barraud, le monde change et c’est heureux, car après la dictature du fric sur l’Homme, il se pourrait bien que naisse la dictature de l’Homme sur le fric. Cela s’appelle la démocratie Monsieur Barraud. Et oui, l’homme n’est pas un être rationnel, grâce soit rendue à Dieu (quelque soit le nom qu’on Lui donne).

Commentaire de Xavier Gruffat le 9 novembre 2016 à 11:55

Pas du tout d’accord. Un excellent éditorial dans le New York Times vient justement, il y a quelques minutes ou heure, de reconnaître que les journalistes detestent les chrétiens, les conservateurs, les paysans…Il fait un méa-culpa. Ils payent leur arrogance. Maintenant on doit faire une analyse de ces médiocres sondages. Ensuite on verra le reste. J’avais prévu la victoire de Trump il y a de nombreux mois (lire romanvie.ch). Il ne faut plus prendre en compte les sondages.

Commentaire de Pierre Bonnard le 9 novembre 2016 à 11:58

If you think education is expensive… Try ignorance! (autocollant de pare-chocs dans les 90’s aux USA)
Je suis bien d’accord avec vous M. Barraud, pour constater que, comme il y a bientôt un siècle, les mythes et les rêves ont dominé les choix rationnels. Cela arrive aussi chez nous, mais pas toujours dans le sens UDC
Cependant votre comparaison implicite avec Hitler est excessive, les discours de Trump me font plutôt penser à ceux de Mussolini, les chemises noires en moins.
Mais pas d’accord avec votre pessimisme, si celui qui nous apparaît comme un bouffon tient certaines de ses promesses comme reconstruire l’école publique et les infrastructures usées.
En effet, contrairement à l’époque Nixon, les USA ne peuvent plus faire payer au reste du monde leur politique belliqueuse, il devra faire des choix s’il ne veut pas augmenter les impôts.
La mort quasi certaine du traité TAFTA est pour moi une excellente nouvelle.

Commentaire de Jeanne Fressineau le 9 novembre 2016 à 12:09

Une résistance sinon une rébellion des américains face à une «invasion» d’hispaniques, somme toute chrétienne et de culture/langue de base européenne alors que dire de nous les européens à qui l’on voudrait imposer massivement une culture arabe et la religions de l’islam ??? Les politiques sont effectivement trop occupés à leur mégalo, loin des peuples et de leur bien-être. Les faits, que ce soit en Europe (brexit) en Asie (Philippines) et maintenant aux Etats-Unis le prouvent sans conteste. Les bisounours et autres bienpensants auront beau crier au racisme et autres politiquement corrects, le ras-le-bol est en marche et va s’accentuer. Il faudra bien des générations avant que les peuples ne soient unicolores et indifférents à tous les dogmes religieux, quels qu’ils soient.

Commentaire de P.M. Vergères le 9 novembre 2016 à 14:30

@ Pierre Bonnard: bien évidemment, les gens rationnels (sous-entendus intelligents et structurés) pensent comme vous. C’est une stratégie habituelle de la gauche que de se prendre pour une élite de la pensée dédaignant les autres et les considérants comme des attardés, pour ne pas dire cons ! Mais, quel bonheur, l’homme à peut-être encore des rêves et il les exprime. Avoir des rêves de vie meilleure vaut bien ceux de la nomenklatura de parsemer le monde d’un tapis de bombes et de réduire l’ex-citoyen en esclave de la machine à sous. Chacun ses idées, effectivement.

Commentaire de Marie-France Oberson le 9 novembre 2016 à 16:05

Vous devriez pourtant être content Monsieur Barraud,! Trump est opposé à l’accord TAFTA; il est pour faire la paix avec Poutine.. ce qui devrait être plutôt rassurant , non ?La Clinton est une va-t-en guerre et tous les observateurs honnête l’ont dit avant moi !

Ce que j’aime chez Trump c’est qu’il voudrait que tout le monde devienne riche comme lui !
C’est la différence avec notre Europe qui ne supporte pas les riches , car sans pauvre, pus possible de se montrer généreux en leur faisant la charité, en décidant des aides diverses.
Donner la possibilité aux pauvres de devenir riches, tout au moins de vivre sans avoir besoin de recourir à l’aide sociale.. C’est la différence entre la droite et la gauche.
Mais voilà,plus de grands show à la TV où les “artistes” en mal de reconnaissance s’exposent pour montrer leur monopole du coeur..

Mais de quel côté êtes-vous donc Monsieur Barraud??
Comparer Trump à Hitler, et déclarer « la libération de la parole» et lorsqu’on soulève ce genre de couvercle, tout peut arriver , comme si la parole du peuple qui n’en peut plus devrait être interdite. on peut se poser la question en effet de savoir de quel côté vous êtes !!

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 9 novembre 2016 à 19:56

Mais, M. Barraud, qu’est-ce-que la République de Weimar , dans votre titre un peu raccoleur, a à voir avec Donald Trump.?

La République en question fut fondée sur les cendres de la première guerre mondiale, après l’écroulement de l’empire austro-hongrois. Elle n’était ni populiste ni nationaliste (en 1919 !!!). Elle était démocratique et aussi “rationnelle” qu’on pouvat l’être à l’époque.De fait, ses premiers ennemis furent tes spartakistes, d’obédience communiste déclarée, et autres socialistes.
Je ne sais pas, moi non plus, de “quel côté vous êtes” mais, dans le cas précis, vous êtes complètement “à côté”.

Commentaire de François de Montmollin le 10 novembre 2016 à 0:30

Le populisme est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. L’intellectuel, lui, par définition ne peut être que de gauche.

Commentaire de Joseph Richoz le 10 novembre 2016 à 13:10

Me voilà, comme la plupart des personnes, submergé depuis 24 heures de doctes commentaires et de pénétrantes analyses pour m’expliquer les raisons pour lesquelles Trump a finalement été élu, alors que ces mêmes médias, 48 heures plus tôt, avaient déjà débouché des bouteilles de mousseux en prédisant à 93% de certitude l’élection de Clinton.

Il est ainsi douloureux de lire sur commentaires.com une énième hagiographie de l’ex-candidate à la fonction suprême et l’annonce de l’arrivée de terrifiantes nuées de sauterelles qui vont s’abattre sur notre pauvre monde si, par malheur, Trump met en oeuvre une fraction du dixième de son programme politique. J’imagine que tout commentateur de l’actualité a parfois besoin d’adopter cette posture pour ne pas sombrer complètement au moment où il réalise que son analyse de la réalité était erronée.

Dans le flot ininterromptu d’inepties des dernières heures et qui seront notre lot quotidien ces prochaines semaines, quelques rares lueurs d’espoir apparaissent ici ou là, hélas trop rarement. Comme ce matin, sur les ondes de la Première lorsque Hélène Miauton a tenté de faire comprendre aux auditeurs qu’il était faux de juger sous l’angle de la morale le résultat d’un choix démocratique. La seule attitude digne est de prendre acte des résultats. Et se taire, par respect vis-à-vis d’un choix démocratique.

Commentaire de Noel Cramer le 10 novembre 2016 à 15:28

Et… ne perdons pas de vue que les propos outranciers de Trump pendant sa campagne avaient avant tout une fonction électoraliste.

Les réalités du Monde l’encadreront par la suite dans ses fonctions.

Pas de catastrophisme…

Commentaire de Philippe Lerch le 11 novembre 2016 à 19:23

Je suis assez agé et j’ai vécu, aux USA, la montée et l’élection d’un certain Monsieur Reagan. Plus tard, le monde et l’Amérique à vu passer la Famille Bush au pouvoir. Que n’a ont pu lire lors de toutes ces élections, une longue liste d’exagérations, portées à bout de bras par le “wishful thinking”. Que dire des espoirs surdimensionnés exprimés suite à l’élection de l’actuel locataire de la maison blanche.

Certes, la dernière campagne ne brila que par l’invective et il est légitime de s’inquéter, si d’aventure le nouveau président élu tente de transformer l’essai de ces excès verbaux.

Mme et M Citoyen savent (devraient savoir) que la grande majorité des politiques sont des menteurs, payés pour dire aux Electeurs ce qu’ils veulent entendre. Et que dire des prétendues “elites” qui connaissent parfaitement tous ces mécanismes et seraient à même d’en tenir compte; en l’espèce il aurait été possible pour le parti de la perdante de travailler à mettre une autre canditature sur pied. Mais voilà, il y a le “wishful thinking” qui ressère le champ de vision. Il y a la lutte pour le pouvoir aussi, et elle ne guide pas les choix pour un avenir meilleur destiné à la majorité.

La démocratie américaine est plus solide que les capacités d’analyses de tous nos spécialiste autoproclamés, médias et autres idiots utiles inclus, bien entendu.

Nous sommes habitués en suisse à accepter un résultat démocratique. Il serait à mon sens approprié de ne pas leur faire la lecon.

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