ico Etranger Felipe VI, roi diviseur

4 octobre 2017 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

L’intervention du roi Felipe VI dans la crise catalane est une faute. Non seulement il prend parti sans nuances et agit ainsi en diviseur, mais encore donne-t-il l’impression de défendre des intérêts particuliers, ceux de sa famille.

En Espagne comme dans les autres monarchies d’Europe, le roi joue un rôle politique mineur, voire inexistant. Sa fonction se situe à un tout autre niveau; elle est à la fois identitaire, rassembleuse et… décorative. Il fait rêver les pauvres, incarne une continuité historique, et rassemble le pays en cas de division, en restant prudemment au-dessus de la mêlée, comme sait si bien le faire Elisabeth II.

Par son intervention intempestive et ses accents autoritaires de prof de classe, il se substitue au chef du gouvernement, ce qui est à la fois méprisant à son égard et surtout, parfaitement déplacé, au sens le plus premier du terme, puisque objectivement, ce n’est pas sa place. Et cela est vrai même s’il adopte intégralement le discours de fonctionnaire tatillon de M. Rajoy, qui place le droit et la loi au-dessus de tout. Au passage, on sourit en voyant un… monarque voler au secours de la démocratie ! Il n’a pas été élu, que l’on sache.

Personne ne nie que le respect de la Constitution et du droit est essentiel au fonctionnement d’une démocratie, et que les Catalans jouent un jeu dangereux mais, quelque part, légitime dans l’optique de leurs revendications. Or les revendications identitaires sont souvent légitimes, et ce ne sont pas les cantons suisses qui diront le contraire. Mais ce n’est pas agir en homme d’État, ni en monarque, que de faire de cette exigence une règle d’action systématique, nécessaire et suffisante, au mépris de toute autre considération. Or, l’aspiration à une forme d’autonomie de la part d’une région cohérente, structurée et disposant de sa propre langue – une véritable nation, disons-le – ne peut pas être balayée d’un revers de main fondé sur un juridisme étroit. C’est même faire preuve d’une myopie et d’un manque de hauteur de vues dramatique.

En essayant par la violence d’empêcher le référendum en Catalogne, Mariano Rajoy a allumé délibérément un incendie qui n’est pas près de s’éteindre, alors qu’il aurait été infiniment plus sage et plus intelligent de laisser aller, et de discuter ensuite d’un nouveau statut pour cette province. C’eût été, véritablement, l’attitude d’un homme d’État véritable et visionnaire.

On doit faire le même reproche au roi, et plus sévèrement encore, car il n’est pas aux affaires, il n’est pas un shadow government, il est la personne dont le rôle le plus remarquable doit être de rassembler les Espagnols lorsque pointe la division, et en l’occurrence de convaincre les Catalans de rester dans le pays parce que l’Espagne a besoin d’eux. Rien de tout cela, il n’a même pas eu l’élémentaire habileté de les caresser un peu dans le sens du poil. Dans tous les cas de figure, sa mission première est de tout faire pour sauvegarder la paix civile. Dans un pays qui a connu il y a moins d’un siècle une guerre civile épouvantable entre toutes, le roi prend une responsabilité terrible en jetant de l’huile sur le feu, en rejetant les aspirations identitaires des Catalans comme des graines de sédition. Car ce faisant, il les conforte dans l’idée qu’ils n’appartiennent plus à l’Espagne, puisqu’elle les rejette.

L’intervention intempestive et déplacée de Felipe VI ne sera pas sans conséquences graves, à la fois sur les relations entre la Catalogne et l’Espagne, et sur la place et l’avenir de la monarchie dans ce pays.

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Commentaire de Martin Leu le 4 octobre 2017 à 15:09

Complètement discrédités, le piètre prétendu roi ainsi que Rajoy ! Les violences policières, commises par des Robocops invincibles sous leur casques et leurs cuirasses, ne sont pas contestables. Ce n’étaient pas des casseurs qu’ils affrontaient, juste des citoyens désarmés qui voulaient voter, légalité ou pas du scrutin. Certains ont été jetés au bas d’un escalier ! L’Espagne de Rajoy a clairement renoué avec les pratiques franquistes. Qu’elle ne s’offusque pas d’un chaos qu’elle a elle-même provoqué !

Commentaire de garcia emmanuelle le 4 octobre 2017 à 16:09

Cher Monsieur , le Roi a fait son travail qui est de faire respecter à toutes les autonomies l’état de droit et la Constitution espagnole.
L Espagne est un pays souverain et démocratique pas une république bananière. tout est possible dans le cadre de la loi mais pas en essayant de faire un coup d’état. changement de la constitution double oui autonomie-peuple voila le chemin démocratique que les catalans pourrons suivre un jour . de quel droit on veut priver les citoyens espagnols de voter pour laisser partir une partie de leur territoire ou pas. si les catalans ont des droits les autres espagnols aussi .

Commentaire de garcia emmanuelle le 4 octobre 2017 à 16:28

Monsieur Martin , la police espagnole et la guardia civil ont eu un comportement exemplaire vous plaise ou pas. et la majorité des espagnols et une partie des catalans espagnols sont derrière eux , on les aime et on les respectes . c’est inique venir parler d’un Monsieur qui est mort depuis plus de quarante ans pour justifier ses dires , et accuser les forces de l’ordre de la sorte . la police espagnole et la guardia civil qui ont payé de leurs vies la folie meurtrière de l’ETA sont en ce jour les garant des libertés du peuple espagnol dans le cadre que la loi et la constitution leur donne. l”Espagne n’as pas a recevoir des leçons de moral d’aucun pays européens concernant sa police ou sa garde civile . A Davos la police a bien tapé pour restaurer l’ordre en France pareil et a Navarre aussi . heureusement c’est leur travail .

Commentaire de Michel Paschoud le 4 octobre 2017 à 22:41

Cher Monsieur,

Vivant en Catalogne depuis plus de 10 ans, je ne peux qu’adhérer à votre analyse qui est pleine de bon sens.

Félicitations.

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