Pathétique. Le forcing ordonné par M. Sarkozy en faveur de l’énergie nucléaire est pathétique, et condamne la France à un retard technologique qu’on mesurera dans vingt ans, quand l’Allemagne aura pris le leadership européen dans la production renouvelable.
Résolument en campagne électorale, le président français a pris des accents terriblement solennels pour réaffirmer son soutien indéfectible à la filière nucléaire, et sa volonté de l’établir pour le siècle à venir, comme si le sort de la République en dépendait. Parallèlement, il envoyait ses chevau-légers frictionner la tête des Français, et les menacer du pire. Ceux-ci, du directeur d’EDF à divers ministres désignés volontaires, insoucieux du ridicule de leurs projections apocalyptiques, annonçaient un million de chômeurs quasiment pour le lendemain d’une décision de sortie du nucléaire, et des investissements nécessaires de 400 milliards d’euros pour palier ses effets. C’est magnifique ! 400 milliards d’investissements, ce serait un sérieux ballon d’oxygène pour une économie en récession (la Banque de France évalue la croissance à 0,1% – chiffre politique qu’il s’agit de pondérer), et entraînerait la création de beaucoup d’emplois, peut-être un million ou davantage.
En réalité, la France est empêtrée dans le nucléaire, dont tout gouvernement soucieux de l’avenir aurait dû, depuis des années, réduire la part dans la production électrique globale. Mais en France on est les rois du gaspillage de l’électricité: une grande partie des logements sont chauffés de cette manière, et il y a peu encore, EDF offrait aux municipalités les équipements destinés à l’éclairage public, à condition que celui-ci reste allumé toute la nuit.
Faut-il rappeler, après Tchernonbyl et Fukushima, que les gouvernements ne sont pas maîtres du nucléaire ? Que survienne un gros accident, une erreur humaine ou un acte terroriste dans une centrale française, et M. Sarkozy lui-même serait obligé de prononcer le démantèlement des centrales. Car comment répondrait-il, par exemple, à ses partenaires allemands, suisses, luxembourgeois, et à ses concitoyens alsaciens, si la centrale de Fessenheim en difficultés entraînait le déplacement, pour 30 ou 50 ans, de millions d’habitants de ces régions ? Imagine-t-on les deux Bâle, le Bade-Wurtemberg, les départements de l’Est de la France transformés en no man’s land comme dans le film Le Stalker ?
Le credo du président français est d’autant moins défendable que la France n’est pas autonome sur le plan énergétique. Cet hiver, une fois de plus sans doute, elle devra importer du courant… d’Allemagne ! Et elle se retrouvera, dans vingt-cinq ans, avec un retard technologique insurmontable sur ses voisins, en particulier l’Allemagne et la Suisse, qui auront développé fortement les énergies renouvelables.
Il est d’ailleurs paradoxal qu’une Europe qui se veut fortement intégrée sur le plan économique, monétaire, agricole et tout ce qu’on voudra, ne manifeste aucun souci de ce genre en matière d’énergie, comme si l’énergie relevait de la défense nationale, comme si l’énergie s’arrêtait aux frontières.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Globalement d’accord. Mais il me semble que l’analyse de la situation énergétique de la France aurait due être mise en perspective. Historiquement. C’est l’abandon du plan et de toute initiative d’état en terme de politique industrielle depuis trente ans (pour cause d’idéologie libéralo – européisme puisque Bruxelles devait subvenir à tout) qu’aujourd’hui la France se trouve devant un parc nucléaire non renouvelé (ce qui aurait bien évité de saloper tous les paysages avec des éoliennes), une recherche scientifique qui marque le pas et un retard incontestable dans les énergies alternatives. Ce qu’il faut mettre donc en cause c’est la politique de rois fainéants successifs (de Giscard à Chirac), qui ont été incapables de faire un peu de prospective et d’être au niveau de leurs responsabilités politiques. C’était plus facile et plus gratifiant de tenir une sorte de magistère humanitaire en subventionnant SOS racisme et en se polarisant exclusivement sur un moralisme d’état ! Il ne faut donc pas tout mettre sur le dos de l’actuel président…même si sa gestion du sujet depuis 5 ans a été équivalent à celle de ses prédécesseurs immédiats. Sans alternative immédiate, on voit mal comment il pourrait avoir une autre position. Il a le dos au mur.
Bon article. J’espère que les suisses vont aider au changement qui parait souhaité en France en arrêtant, dès cet hiver et pour toujours, d’importer de l’électricité nucléaire française comme ils le font depuis des années et se tourner vers l’Allemagne dont les éoliennes pourvoiront surement (du fait de l’apport inespéré de courants d’air dus à la gesticulation de plus en plus forte des hommes politiques) à fournir la différence y compris à remonter l’eau, la nuit à faible tarif, dans le barrage de la grande Dixence. Eau qui sera moulinée quand le KWh vaut cher pour les utilisateurs. Business is business.
Petit regret, je n’ai jamais compris pourquoi les sommets venteux du Jura ne sont pas couverts, depuis longtemps, par des éoliennes. Cette belle aligné, qui permettrait de cacher la verrue du réémetteur TV du Chasseral, ne pourrait que prêcher l’exemple vers le pays voisin, lui dont les écologistes sont hostiles à ces grands mats sous le fallacieux prétexte qu’ils défigurent le paysage. Ce n’est pas en Suisse qu’on aurait des idées pareilles tant la fibre écologiste est amplement partagée par la population.
Le débouché du Valais, couloir à vents et à bise, vers Villeneuve, me parait également un bon site pour produire de l’électricité. D’ailleurs la région du Coude de Rhône valaisan (Martigny) est bientôt équipée. Dès que l’important problème des chauves-souris d’une espèce rare qui nichent dans le clocher de l’église de Fully sera résolu les villages voisins pourront bénéficier d’une énergie propre.
Je ne désespère pas que l’exemple du développement bien pensé de l’éolien suisse soit profitable au pays voisin.
Allons, M. Barraud. Si la France démantelait ses centrales, où la Suisse et l’Allemagne iraient chercher leur électricité nucléaire d’importation?
Avant l’idylle écolo-verte utopiste où tous les bobos de la terre se donnent la main, il y a encore un sacré chemin à faire (à supposer qu’on arrive quelque part.)
Il faudra bien trouver du courant électrique en attendant l’avènement du Paradis Terrestre.
Du reste, en gardant ses centrales, la France pourra aussi dicter ses tarifs. Et ça va faire mal.
Il y a l’hiver où la France importe, et puis il y a le reste de l’année…
Si je répondais sur le même registre que Guy Goudet, et en écho à la proposition de coordination/unification des politiques électriques de Bruxelles qu’avance Ph. Barraud à la fin de son article (je ne le croyais pas si européiste), je dirais que lorsque la Suisse aura intégré l’Union Européenne, on lui fera rapidement comprendre qu’elle pourrait être aussi le coffre fort énergétique d’Eurolandia. On lui dira qu’elle a un devoir de solidarité envers ses voisins. Et effectivement on ne voit pas pourquoi ses glaciers et ses vallées ne pourraient pas approfondir leur vocation à l’hydroelectricité, en les transformant en autant de lacs de barrage, de sorte que l’ensemble de l’Europe puisse profiter de cette manne énergétique. N’y aurait-t-il pas là une saine répartition des responsabilités ? Et un pas décisif et militant dans la direction d’une Europe enfin vraiment intégrée et écologiquement correcte ?
En Suisse, nos politiques ne veulent plus de nucléaire en sachant pertinemment qu’il n’y a pas grand chose pour le remplacer, à part acheter de l’énergie nucléaire chez nos voisins, quelle sagesse!!!
Dimanche dernier, je me suis promené dans cette magnifique région du Jura, j’ai constaté avec stupéfaction que cette belle région était en train de se détériorée par ces parasites que sont les éoliennes (et il y a des personnes qui trouvent cela beau). Il n’y avait pas de vent et en m’approchant j’ai failli mourir de rire, c’était nos quatre Conseillères Fédérales qui actionnaient les manivelles, eh oui ces mêmes personnes qui ne veulent plus du nucléaire !
On prône à nous consommateurs de faire des économies d’énergie et d’un autre côté l’on fait tout pour gaspiller cette énergie (nouvel éclairage du château de Chillon, environ 400000 CHF. Voitures électriques. Les nouveaux téléphones portables ou l’on ne peu plus téléphoner mais par contre s’amuser, dans la rue les gens ne regardent plus devant eux, ils ont la tête en bas et pianotent avec leurs nouveaux jouets, il faut les recharger ces jouets! etc…etc…etc)
Pour conclure, il y a peut être une solution pour un ajout d’énergie dans notre pays et qui est de plus gratuit, c’est d’utiliser ce grand moulin (Palais Fédéral), habité par pas mal de girouettes qui brassent du vent, l’on pourrait électrifier tout le canton de Berne.
Petit rappel: le complexe de la Grande Dixence n’est pas prévu pour du turbinage-pompage. En Suisse Romande deux projets sont en cours de réalisation: Nant de Drance 900 MW et Hongrin-Léman doublage de la puissance de 240MW.
Etonamment les discussions sur l’ énergie portent toujours sur l’électricité, qui ne représente en Suisse que le 25% de l’énergie totale. Les 75% restants, mazout, gaz, benzine, émetteurs de CO2, silence total, oubli ou sujet tabou?
Pas d’accord du tout avec l’article de M. Barraud. J’ai déjà, à maintes reprises, tenté d’expliquer pourquoi ici et ailleurs.
Alliance morganatique socialos, verts et PDC (!) chez nous pour en “sortir” ou similaires soubresauts electoralistes en Allemagne (le nucléaire là-bas?: un “ennemi commun à la mode” !) à part, il n’en demeure pas moins vrai que cette “sortie “est SANS ISSUE.
RETOUR A MAX WEBER
Je ne comprends pas que Ph. Barraud défende avec autant l’enthousiasme la sortie du nucléaire et les dites énergies renouvelables. Comment passer sur le fait que le renoncement des allemands à leurs centrales à uranium (est-il sûr qu’ils irontt au bout de leur démarche ?) se fera grâce à des centrales à charbon ou à gaz, et aussi sur cet autre fait incontestable que le nucléaire ne contribue en rien au réchauffement climatique contrairement à ces dernières.
Par ailleurs, comment fonder d’aussi grandes espérances, autant de prophétisme échevelé, sur l’alternative des renouvelables. Deux rappels :
1 / Je lis sur le monde de samedi 19 novembre un long article dithyrambique à la gloire du top du top des centrales solaires, celle nommée Gemasolar et située près de Séville. Renseignement pris, que va-t-elle produire ? 20 MW…..! Une misère !
2 / Le “fermes éoliennes” sont constituées de machines de 2 MW dont la disponibilité est de 25 % du temps, ce qui est piteux, avec l’inconvénient de transformer les montagnes (et le tourisme ?) en pelotes d’épingles…
Navré Pilippe, je me demande de quel côté se situe Sarko dans cette affaire. Et si ce n’est pas lui qui finalement et peut-être pour une fois, est du côté du principe de responsabilité !
Un tien vaut mieux que…etc !
M. Monneret:
“les fermes éoliennes…avec l’inconvénient de transformer les montagnes en pelotes d’épingles”
Pour confirmer vos dires, je rappelle ce que j’avais dis dans un autre lien: En France le grand plateau du fameux larzac, si cher à l’écolo José Bovet a été déclaré ( avec précipitation?) cet été, patrimoine mondial de l’UNESCO. Donc intouchable.Cette vaste région battue par les vents et innondée de soleil restera réservée aux chèves, aux moutons et aux touristes.
On ne veut plus de nucléaire mais l’on ne veut pas non plus la dégradation des paysages…L’incohérence des écolos me sidère…