ico Etranger Des frappes nécessaires et justifiées

17 avril 2018 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

Les frappes ultra ciblées sur les installations militaires chimiques de la Syrie ont, comme prévu, déclenché toutes sortes de polémiques, davantage inspirées par l’idéologie que par une analyse froide des faits. Car la seule alternative, c’était de ne rien faire, et donc accorder implicitement à Assad, où à tout autre va-t-en-guerre, le droit de continuer à utiliser de telles armes.

Dès lors que le recours à des armes chimiques est contraire au droit international, il est impératif de réagir, faute de quoi on officialise l’impunité. Or si quelqu’un mérite d’être rappelé à l’ordre, c’est bien Bachar El Assad, même s’il est couvert de manière systématique par la Russie chaque fois qu’il utilise des armes chimiques (près de 200 fois depuis le début du conflit).

Certains disent, comme le chef de l’opposition travailliste au Royaume Uni: il fallait d’abord épuiser les voies diplomatiques. Ce discours prétendument raisonnable est d’une totale hypocrisie: les six veto russes qui ont pilonné d’innombrables tentatives diplomatiques sont là pour montrer que, précisément, cette voie-là était épuisée. A quoi bon ressasser ce mantra, alors qu’on sait qu’il n’a plus aucune pertinence ?

D’autres, comme notre Conseiller fédéral Guy Parmelin, ont dit qu’il fallait attendre les résultats des expertises indépendantes sur le terrain. Là encore, on est en pleine hypocrisie: le chef de notre armée est suffisamment bien informé – en tout cas on l’espère ! – pour savoir que cette exigence est irréalisable: les experts ne peuvent accéder aux sites bombardés, dans le meilleur des cas,  que plusieurs jours après les faits – le temps que les militaires syriens et russes effacent les traces ! De plus, et quels que soient les résultats des analyses, le Kremlin dira, comme d’habitude, soit qu’elles sont truquées, soit qu’il faut mener de nouvelles études car elles ne sont pas convaincantes. Enfin, après plusieurs dizaines de bombardements chimiques, M. Parmelin paraît un peu ridicule – ou pro-Assad… – lorsqu’il prétend que rien n’est prouvé.

Et de toute façon, y avait-il des alternatives, à part… ne rien faire ? C’est là la grande faiblesse de l’argumentation de ceux qui condamnent les frappes: ne rien faire, se soumettre aux veto russes, laisser Assad s’en sortir une fois de plus, c’était accepter tacitement l’utilisation d’armes chimiques, puisque leur utilisation massive ne donne lieu à aucune sanction. L’exemple serait désastreux, et pourrait donner lieu à une nouvelle course aux armements chimiques, ce qui serait une catastrophe et une insulte à la civilisation.

En attendant qu’Assad comparaisse devant la Cour pénale internationale, il faut s’accrocher strictement à la ligne rouge qui a été tracée, bombarder de nouveau si nécessaire, et affirmer que cette règle doit valoir dans n’importe quel pays du monde.

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Commentaire de Bernard Erlicz le 18 avril 2018 à 14:21

Aussi bien les Américains que le Français nous affirment «avoir les preuves» qu’Assad a utilisé des armes chimiques à Douma… Qu’attendent-ils pour les présenter? De mauvaises langues finiront par dire qu’ils n’ont pas encore fini de les fabriquer! Je rappellerais juste qu’on nous a déjà fait le coup avec l’Irak, et qu’il faudrait peut-être attendre les résultats d’une enquête neutre avant de commettre des actes d’agression contre un pays (est-ce la nouvelle diplomatie droitsdel’hommiste que de lancer des missiles sur des pays qui ne nous menacent pas, et ce, sans aucune déclaration de guerre?).

Il faudrait d’abord se poser une simple question: «À qui profite le crime?» Depuis l’antiquité, tout enquêteur un peu sérieux se pose cette question… Mais pas les journalistes des médias mainstream, ni Monsieur Barraud malheureusement…

D’où vient l’accusation? Du groupe terroriste Jaïch al-Islam et des «Casques blancs» (qui sont eux-mêmes des djihadistes, camouflés en secouristes). Pas forcément très fiable comme source.

Quel est l’intérêt pour Assad d’utiliser des «armes chimiques»?

Niveau militaire: inutile, ses troupes et ses alliés n’en ont pas besoin pour vaincre les islamistes.
Niveau diplomatique: nul ; il se met à dos les USA, l’UE et plein d’autres pays, il risque même de perdre le soutien des Russes qui sont accusés avec lui.
Niveau relations publiques: nul, il se met à dos l’opinion mondiale.
Conséquences: bombardements et mesures de rétorsion des Occidentaux, perte de soutien aussi bien au niveau politique que diplomatique, renforcement des islamistes.
Intérêt final pour Assad? Nul, totalement négatif!
Assad serait-il capable d’utiliser de tels moyens contre son propre peuple? Assurément.

Quel est l’intérêt pour les Islamistes d’utiliser des «armes chimiques» et d’en faire porter le chapeau à Assad?

Niveau militaire: grand, ils reçoivent l’appui direct des Occidentaux qui attaquent leur ennemi.
Niveau diplomatique: grand, ils reçoivent le soutien des USA, de l’UE et d’autres pays.
Niveau relations publiques: très grand, ils passent pour des victimes aux yeux de la «communauté internationale».
Conséquences: ralentissement de l’avancée des troupes syriennes et de leurs alliés; livraison de nouvelles armes par les Occidentaux, pour «lutter contre le monstre Assad».
Intérêt final pour les islamistes? Très grand, la «communauté internationale» faisant pression sur leur ennemi.
Les islamistes seraient-ils capables d’utiliser de tels moyens contre leur propre population, femmes et enfants compris? Assurément, ils utilisent déjà des femmes et des enfants comme bombes humaines.

«À qui profite le crime?» On pourrait d’ailleurs se poser la même question au sujet de l’intoxication de l’ex-espion russe Skripal, en Angleterre…
Intérêt de la Russie: très faible, tout à perdre, rien à gagner, si ce n’est de montrer qu’on ne la trahit pas impunément.
Intérêt de l’Ukraine: très grand, pressions occidentales sur leur ennemi russe, qui leur a «volé» la Crimée et qui soutient les russophones ukrainiens.
Intérêt de la Grande Bretagne: moyen, détourne l’attention du public des problèmes internes (Brexit, islamisation, viols de mineurs par les migrants, etc.) ; peut servir de prétexte au boycott du Mondial en Russie, où les spectateurs anglais risqueraient de constater que la Russie n’est pas ce pays dictatorial sous-développé que les médias leur présentent sans cesse.
Intérêt des USA: très grand, monter l’Europe contre la Russie empêche tout rapprochement de ces deux entités; une Eurasie serait trop puissante économiquement et militairement et serait une menace pour la suprématie américaine dans le monde.
Qui dispose d’agents chimiques de type Novitchok? Les Russes et les Ukrainiens (le novitchok a été créé lorsque l’URSS existait encore), les Américains (un des scientifiques travaillant à son développement s’est réfugié aux USA depuis des années), peut-être même les Britanniques, qui auraient pu les recevoir des USA.
Cela dit, il est possible que ce soit bien Assad qui ait utilisé ces armes chimiques… Ce serait idiot de sa part, mais c’est possible. Mais dans le doute, je préfère ne pas accuser trop vite…

Commentaire de Alexandre Medawar le 18 avril 2018 à 15:40

A quand le bombardement de la Suisse pour utilisation de pesticide mortifère et production massive de produits chimiques qui sont à la source des développements inégalitaires socialement destructifs comme des grandes désertifications biologiques de nos écosystème ?
Si vous êtes pour, vous avez mon soutien.

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