ico Etranger Cyberguerre: l’incroyable odyssée d’Olympic Games

9 juin 2012 | Catégorie: étranger

PHILIPPE BARRAUD

Dans un livre publié le 5 juin1, David E. Sanger, journaliste au New York Times, raconte par le menu l’incroyable histoire de l’opération «Olympic Games», la cyberattaque qui a détruit des milliers de centrifugeuse à uranium en Iran.
Cette opération militaire est extraordinaire parce que, pour la première fois à cette échelle, une attaque informatique provoque d’importants dégâts matériels chez l’adversaire, sans engagement militaire d’aucune sorte.
C’est à la demande de George W. Bush que les spécialistes de la National Security Agency (NSA) et ceux de Unit 8200, la cellule cyberguerre des services de renseignements israéliens, se sont mis au travail, avec l’objectif de freiner les Iraniens dans leur course à la bombe atomique. Pour George W. Bush en effet, l’alternative proposée par ses stratèges n’était pas acceptable: soit laisser les Iraniens se procurer la bombe, soit les attaquer militairement. Il leur demanda donc une troisième voie, susceptible aussi de calmer les ardeurs guerrières des Israéliens: ce serait la  cyberattaque.
Dans un chapitre très documenté, qui ressemble à un thriller, David Sanger raconte comment un premier virus a été introduit, probablement à leur insu, par des collaborateurs de Siemens, dans les machines qui contrôlent les centrifugeuses à la centrale de Natanz. Après quelques mois, le virus a transmis un organigramme complet et les plans de l’usine d’enrichissement. A partir de là, le virus destructeur pouvait être développé par les informaticiens américains et israéliens.
L’envahisseur était pour le moins sophistiqué. C’est ainsi que les opérateurs ont pu programmer les dispositifs de contrôle pour qu’ils restent tous au vert, alors que les centrifugeuses étaient en train de s’emballer, puis d’exploser. Panique chez les physiciens iraniens, qui pendant des mois ont stoppé les machines en cherchant, en vain, où se trouvait le problème. Les Américains avaient poussé le souci de réalisme jusqu’à recréer dans un laboratoire une mini-centrale d’enrichissement d’uranium avec des machines identiques, récupérées en Libye, pour les faire… exploser avec le virus.
Pendant trois ans, l’opération Olympic Games a parfaitement marché. Puis un jour, un employé de la centrale de Natanz a connecté son portable sur les ordinateurs de contrôle, et chargé sans s’en douter le virus. Celui-ci, dès que le PC fut connecté à internet, s’est répliqué et répandu dans le cyberespace. Sans faire de dégâts, puisqu’il était programmé spécifiquement pour casser des centrifugeuses. Vite repéré par les sociétés de protection anti-virus, ce cheval de Troie fut dès lors baptisé Stuxnet. Une révélation qui suscita quelques tensions entre les équipes américaines et israéliennes, qui s’accusèrent mutuellement d’avoir modifié le virus.
A son entrée en fonctions, Barak Obama a été naturellement informé par George W. Bush de l’opération en cours. Il l’a approuvée, d’autant plus facilement qu’elle s’inscrit bien dans la stratégie d’interventions à l’étranger initiée par son prédécesseur: des interventions «légères» et sans engagement militaire classique coûteux. C’est typiquement le cas de la cyberguerre, c’est aussi le cas avec les drônes, qui font de l’élimination ciblée sans engager de troupes, et c’est enfin l’opération Ben Laden.  «A light footprint», comme le dit l’auteur, qui alliée efficacité, économie de moyens, et évite un engagement de longue durée.
Plus largement, David Sanger analyse une stratégie Obama bien plus dure qu’on ne le pense, voire agressive, mais aussi habile dans son souci de faire les choses de manière discrète, sans effets colatéraux inutiles sur les populations civiles – mais avec une totale efficacité.
Aujourd’hui, l’opération «Olympic Games» se poursuit, avec des versions sans cesse améliorées du virus. Sans parler, naturellement, des autres opérations en cours. Elle a fait perdre plusieurs années aux Iraniens, mais aussi, peut-être, aux Israéliens, directement menacés par la bombe iranienne: les nouvelles centrales sous rocher sont devenues quasi indestructibles par voie aérienne.

1. Confront and Conceal: Obama’s Secret Wars. Crown Publishers. Disponible en Kindle Book.

 

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Commentaire de D.Baettig le 9 juin 2012 à 20:39

A votre place, je mettrais un bémol à la “Schadenfreude”. Peut-être que le secret bancaire helvétique a aussi été forcé comme ça, ou des pans de notre économie…

Commentaire de David Rouzeau le 14 juin 2012 à 8:52

Intéressant M. Barraud.
Nous devrions faire le même travail de recherche sur beaucoup d’autres sujets. Quand on voit ce qui est fait dans le domaine informatique, beaucoup d’autres choses deviennent suspectes :
- guerres en Irak et Lybie
- déstabilisation extrêmement violente de la Syrie
- 11 septembre
- catastrophe financière provenant de Wall Street, tous les processus financiers criminels (fraudes, manipulation abusive, mensonges, etc.) soutenus par Obama entre autres
- toutes les problématiques financières et économiques (grands banquiers internationaux : Rotschild, Rockefeller, Morgan, etc.)
- la presse possédée soit par l’industrie militaire soit par les banquiers
- regardez aussi ce que Sutton dit, sur les transferts de capitaux et de technologie entre les USA et Hitler, et aussi entre les USA et l’URSS en pleine guerre froide… Très intéressant.
- etc.
Il y en a des choses à découvrir!

Vive la vérité! N’ayons pas peur de la vérité. Ceux qui en ont peur sont des lâches. Ceux qui ne la disent pas sont des menteurs. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Ceci dit, achetez un peu d’argent-métal (de pièces d’une once en argent). Il n’est pas cher, 30 Frs l’once (31,1 gr) et cet investissement résistera à un krach boursier ou monétaire… celui qui semble se profiler ces jours dans la zone euro (cf. jovanovic.com/blog)
Deux bons sites suisses :
- suissegold.ch
- geiger-edelmetalle.ch

Cordialement à tous.

Commentaire de Paul Bär le 15 juin 2012 à 9:56

“la presse possédée soit par l’industrie militaire soit par les banquiers…”

A propos de la participation du directeur de Tamedia à la dernière conférence de Bilderberg (pas un mot chez les “encartés”) :

http://images.4chan.org/hr/src/1339716685805.jpg

Commentaire de David Rouzeau le 16 juin 2012 à 8:21

Joli ce schéma… mais je n’ai pas vu Tamedia.
Pourriez-vous M. Bär faire la liste des médias détenus par Tamedia et bien montrer en quoi ce groupe défend une maffia mondialisée qui provoque guerres et crises économiques, et qui veut, par le biais de la dette, tous nous rendre esclaves (pour dire les choses sommairement).
Sinon, je vous conseille d’aller sur le site de Max Keiser qui avec beaucoup de fougue et beaucoup de compétences expliquent les vraies rouages pervers de ce qui se passe au plan financier, monétaire et économique (maxkeiser.com).
Il propose, en particulier pour la Grèce, une monnaie en argent (1/10 de once par pièce, à la valeur variable, fixée par la Banque centrale en fonction de la valeur de l’argent). Je vais proposer cela au Conseil fédéral et à la BNS, car cela nous serait aussi utile pour ne pas nous faire avoir par le papier-monnaie.
Achetez de l’argent-métal! Rien que pour le plaisir de faire tomber JP Morgan, qui est une banque de prédateurs sans la moindre once de morale. Il faut faire payer les salauds. Il faut un minimum de justice tout de même… sinon où va-t-on?
Cordialement à vous.

Commentaire de Paul Bär le 16 juin 2012 à 11:29

“Joli ce schéma… mais je n’ai pas vu Tamedia.”

+++++++++++++++
CHE Supino, Pietro Directeur et gestionnaire de la publication de Tamedia AG
+++++++++++++++

http://www.nouvelordremondial.cc/2012/06/01/liste-des-participants-a-la-conference-de-2012-du-groupe-bilderberg/

P.S. tout à fait d’accord sur l’argent métal, le meilleur moyen pour conserver sa fortune hors des griffes du système, banksters et Etat confondus. Pas encore digéré la mesure d’alignement sur l’Euro qui m’a, grosso-modo, fait perdre 10% de mes économies. Une fois, pas deux !

Commentaire de David Rouzeau le 16 juin 2012 à 16:36

Merci pour votre précision, M. Bär.

Commentaire de Paul Bär le 19 juin 2012 à 19:03

Débat très intéressant, tout à l’heure sur le JT du soir de la RSR, entre la talentueuse et percutante Myriet Zaki et un journaliste “occidental” standard, défendant apparemment des intérêts qu’il ne serait pas opportun de citer de façon trop explicite (journaliste utilisant entre parenthèses toutes les bonnes vieilles ficelles néocons de la “théorie du complot”, du “ho, mais c’est du révisionnisme” etc…). Quelquefois, on se demande quelle est la limite entre le travail de journaliste international sur un média de masse et le boulot plus discret d’agent d’influence ?

Commentaire de Paul Bär le 19 juin 2012 à 19:12

P.S. le plus drôle, c’est que le journaliste en question est un petit employé de Pietro Supino, directeur de Tamedia, membre du groupe Bilderberg (vu qu’il travaille dans un des journaux du groupe).
D’une certaine façon, c’était ce soir le groupe Bilderberg qui répondait à Myriet Zaki.
Evidemment, quand on croit au complot, qu’on est nauséabond, qu’on “révisionne” etc…

Commentaire de David Rouzeau le 21 juin 2012 à 15:48

Tout à fait M. Bär. Idem sur Forum où c’est le bien-pensant Serge Enderlin, journaliste de gauche classique, qui était en face de l’excellente Myret Zaki. Il n’argumentait pas, ne répondait pas aux arguments de Mme Zaki, c’était pitoyable. Il répétait la bien-pensance non démontrée propre à la vision impérialiste occidentale. C’est triste, et ça se dit journaliste… Au secours.
Il faut réfléchir, donner des informations, chercher, débattre vraiment, ect. C’est cela le travail de recherche du journaliste ou que tout un chacun doit faire. Mais c’est vrai que les 10′ de l’entretien sont trop courts. Ces formats de Forum sont souvent trop courts… il faudrait faire une émission d’une heure trente avec 2-3 bons débats de 15-20′.
On peut toujours rêver!
Bien à vous tous, et un bel été à tous les lecteurs de commentaire.com.

Commentaire de Paul Bär le 2 juillet 2012 à 18:51

Très drôle, ce soir sur Forum (lundi 2 juillet), l’intervention en rattrapage du “petit télégraphiste” mentionné plus haut ; comme un fumet de bombardements pour la démocratie et de guerre pour la paix…

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