Il suffit d’aller faire une tour sur le site qui s’est battu avec virulence contre Nicolas Sarkozy (www.toutsaufsarkozy.com) pour mesurer l’indigence de la pensée de la gauche actuelle. Où sont passés les Rocard, les Delors et autres cerveaux ? Entre un Fabius, un Hollande et un Lang, la platitude règne, et c’est à qui plongera dans le stéréotype. Quant à la pauvre Ségolène Royal, la campagne a montré combien son conservatisme arc-bouté sur ses acquis obsolètes ne parvenait pas à convaincre. « La France présidente » était son slogan. Beau slogan, creux comme sa pensée. Ce que veulent les Français n’est pas une chaise vide, une entité abstraite à la tête du pays, ce n’est pas la France qui doit être présidente mais une personnalité porteuse d’idées et capable de les réaliser.
Les adversaires de Sarkozy n’ont agité frénétiquement qu’une seule image : celle d’un homme plutôt « fascisant », dangereux, qui faisait peur, qui n’avait pas d’humanité mais seulement des ambitions, dont l’agitation remplaçait l’efficacité, qui pactisait avec les riches et les puissants. L’habituelle ritournelle de la gauche s’est alors mise en route : la droite est fasciste, égoïste et autoritaire. Mais dans une bouche vitrifée de lieux communs, le mot fasciste n’a plus fait recette comme aux temps bénis du parti communiste de la grande époque. Cette gauche méprisante, qui pense que lorsqu’on est un médecin on est un salaud et lorsqu’on est un ouvrier on est un con, cette gauche qui a vomi contre ceux qui se lèvent tôt pour travailler et payer les indemnités que ceux qui ne se lèvent pas reçoivent indûment, cette gauche qui a méprisé les notions de patrimoine et de mérite, qui a piétiné l’école au motif qu’elle était le lieu de reproduction des privilèges, est en train de comprendre une chose infiniment simple : sa parenthèse au pouvoir (Mitterrand) est refermée en France. Et les législatives qui s’annoncent vont être meurtrières pour elle.
C’est qu’on ne peut plus convoquer les vieux schémas marxistes pour analyser notre époque post-historique. Les anciennes oppositions historiques ne sont plus, dans leur conflit, porteuses de progrès ; les dialectiques se sont grippées. La réalité prouve que ces grilles d’interprétation éculées ne fonctionnent plus, elles tournent à vide. C’est peut-être dommage (on l’avait tant aimée, la Révolution de Mai ’68 !) mais c’est comme ça ! Il faut d’autres concepts pour analyser notre monde, mettre l’accent sur d’autres importances. C’est ce que Nicolas Sarkozy a fait, et c’est pourquoi il a gagné la bataille des idées. Tant que la gauche persistera à maintenir au bain-marie un fond d’analyse sur lequel elle vivote, il n’y aura pas de quoi enthousiasmer ceux qui pensent que c’est avec des idées qu’on gagne les paris les plus importants.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
La gauche n’a plus de pensée ou si elle en a une…
C’est de dire qu’on est tous égaux mais que certains sont plus égaux que d’autres et donc on s’entre-dévore. J’ai toujours été frappé par le constat que ceux-là même qui prônent la justice, la fraternité et l’égalité sont les plus magouilleurs, faux-frères et égoïstes. Amen. Ah! j’oubliais, demain on rase gratis!
Félicitations à M. Romain
Excellente analyse dans l’ensemble, émaillée de très belles trouvailles verbales ! J’interviendrais sur un point, celui où M. Romain fait observer que « le mot fasciste n’a plus fait recette comme aux temps bénis du parti communiste de la grande époque ». On se réjouit effectivement qu’il n’ait pas fait recette, mais cela a-t-il forcément grand-chose à voir avec le déclin du parti communiste ?
Il me semble que cet terme connoté négativement conserve encore tout son attrait aux yeux des tenants du bien obligatoire et qu’on ne l’a jamais autant entendu que depuis que les dernières craintes dont l’Europe soit officiellement capable sont dirigées vers des personnalités et programmes de droite. De Berlusconi au regretté Pim Fortuyn, des frères Kaczyński à Christoph Blocher, du Vlaams Belang à Nicolas Sarkozy et à ses réserves sur le cas turc, tous doivent porter bien en évidence la mise en garde solennelle de l’Office des beaux esprits. Pour n’être qu’un paravent, cache-misère de la pensée de la gauche actuelle, le terme garde tout son pouvoir de stigmatisation et il y aura encore fort à s’employer pour faire tomber tous les masques, et réclamer le respect.
Des idées…
En tant qu’écrivain et philosophe, cela n’étonnera personne que j’aime les idées, même les idées provocatrices. Surtout elles. La gauche n’en guère actuellement.
@ Mme Oberson : sachez, chère Madame, que “La Gruyère” n’entend plus poursuivre avec mon Bloc-notes. Trop d’idées… ?
La gauche n’a plus de pensée
Bravo à M. Jean Romain et à son courage..si si son courage! Etre écrivain et oser nager à contre-courant du politiquement correct, il y faut du courage : la bienpensance a vite fait de vous dresser un bûcher! car contrairement à ce qu’il semble croire, le qualificatif de “fasciste” est toujours très vivace et a encore de beaux jours devant lui ! Là , je rejoins M. Dougoud!
Merci encore à Jean Romain et à Commentaires.com !!!
Marie-France Oberson
Jean Romain
Je suis désolée pour vous M. Romain et surtout peu-être pour les lecteurs de la Gruyère auxquels votre bon sens va manquer! J’espère que ce n’est pas à cause du soutien que vous apporte Mme Oberson et bien d’autres lecteurs politiquement incorrects ,que La Gruyère veut se passer de vous! Personnellement, les médias fribourgeois ne m’aiment pas beaucoup, je ne suis pas très fréquentable; en effet, si je partage votre opinion sur bien des sujets de société, je le dis moins bien que vous et souvent avec assez de virulence : je ne suis pas très dipolmate et encore moins écrivain; de plus je suis tellement exaspérée par la dictature qui pèse sur notre pensée que je prends vite le mors aux dents en lisant certains articles ou commentaires sur la TSR…
Espérons que Le Matin va continuer à travailler avec vous..c’est pour cela que je l’achète…
Si non, il faut que M. Barraud vous donne souvent la parole. J’essaie d’ailleurs de faire connaitre le site le plus possible.
Bonnes salutations et encore merci pour vos commentaires.
Gauche droite gauche droite gauche droite gauche droite… Halte!
Finalement, ce qui est ennuyeux sur votre site, pour ne pas dire carrément chiant, Philippe Barraud, c’est votre obsession de la dualité gauche-droite. A la manière d’un fanatique religieux qui sépare l’humanité en deux (les hommes et les femmes, les croyants et les mécrants, etc), vous fonctionnez de manière binaire, comme un logiciel, comme une puce.
C’est dommage, car en dehors de ça, vous êtes un des rares réactionnaires et un des rares adorateurs de l’économisme que je lis avec plaisir et intérêt, ne serait-ce que pour votre sincère sensibilté écologiste, mais aussi pour votre goût du parler vrai, pour votre courage aussi.
Quant à l’indéniable indigence actuelle de la pensée dite de gauche, elle trahit simplement le nivellement général de la pensée tout court, l’accomplissement de la décérébration globale. Aujourd’hui, la culture est une marchandise et la science un marché. Les intellectuels et les scientifiques du XXIe siècle ne sont donc plus que des représentants de commerce.
Il reste pourtant quelques résistants superbes, même dans notre médiocre Romandie: Michel Thévoz par exemple, dont le dernier livre, “L’Heure d’hiver”, édité tout récemment aux éditions Favre, permet de mesurer ce qui distingue le vrai grand intellectuel des petits quérulents de l’internet comme nous.
Et je me moque de savoir si cet homme est de gauche, du centre ou de droite. Il est juste génial.