Il est sans doute exagéré de dire, comme certains l’ont fait, que la France est entrée dans une période révolutionnaire. Mais le fait est que le non à la Constitution européenne ne peut que précipiter le pays dans une crise politique, à court terme, et accélérer la spirale descendante dans laquelle il est entraîné.
La «France d’en-bas» est l’artisan du non, mais elle risque bien de payer cher ce cri du cœur. En effet, le vote français est surtout celui du refus des réformes, dans un pays qui ne cesse de réclamer des réformes – et qui en a bien besoin. Encore faut-il savoir lesquelles!
Très fiers de leur système social, les Français refusent de voir qu’il n’est plus adapté au monde moderne, qu’il est même un frein mortel, et qu’il empêche la France de «régater» dans un marché de plus en plus concurrentiel. Les imprécations contre la mondialisation n’y feront rien, pas plus que les processions ne font pleuvoir. La France ne pourra remonter à la surface qu’en remettant en cause, précisément, un système social fossilisé.
Les entrepreneurs ne créeront pas des emplois si on leur interdit de licencier quand la conjoncture l’exige; ils ne résisteront pas à la concurrence si la productivité de leurs entreprises diminue sans cesse, sous l’effet conjugué des 35 heures, des grèves incessantes, de la tyrannie syndicale et des pressions fiscales confiscatoires.
Et faut-il rappeler, quoi qu’en pensent les Français, que ce n’est pas l’Etat qui crée des emplois, mais bien le secteur privé? L’Etat peut bien sortir quelques milliers de postes de fonctionnaires de son chapeau, ou conserver des effectifs pléthoriques à la SNCF, mais ces emplois-là sont non-productifs, et ne font donc que coûter à la collectivité.
La France a besoin d’une révolution, certes, mais pas d’une révolution socialiste! Il lui faut une révolution libérale, celle-là même dont le peuple vient de refuser les prémisses, celle-là même qu’aucun gouvernement n’est assez fort, actuellement, pour mettre en œuvre.
Ce défi, l’économiste Beat Kappeler l’a expliqué de manière lumineuse dans Le Temps du 31 mai 2005: «Les politiciens nationaux et européens feraient bien de regarder vers les solutions, très variées, aux défis de la nouvelle société tertiaire, mondialisée, informatisée que choisissent les Anglo-Saxons, les Asiatiques, les Nordiques, les pays de l’Est – et la Suisse. Cette société demande moins de régulations, sa culture est sur les réseaux, elle anime et elle se vend, cette économie est libérale et libertaire à la fois. Les pays sont ouverts par l’Organisation mondiale du commerce, et non plus par des organisations régionales comme l’Union européenne. On aura, après la ronde de négociation en cours, pratiquement les mêmes droits d’accès aux marchés par l’OMC que par l’UE. Celle-ci était une solution aux disparités des années 50 du siècle passé, elle est devenue un souvenir charmant et dérangeant de la société industrielle de l’après-guerre sur ce continent jadis isolé, hautain et fortement régulé. Elle n’est pas un rempart contre l’empire américain, elle ne le sera jamais.
Et elle n’est pas l’instrument de la paix depuis soixante ans. C’est l’Allemagne, devenue démocratique, et la protection de l’OTAN qui assuraient la paix. Les quatre dernières guerres en Europe ont été fomentées par l’Allemagne non-démocratique. L’idée du rempart et de la paix sont des chantages additionnels proférés par les politiciens pour justifier leur Europe. Ces idées nobles ne tiennent pas, et elles justifieront de moins en moins les politiques intérieures et du marché du travail actuelles, totalement inadaptées. Les peuples commencent à le remarquer, et à le dire.»
Le soutien de l’UDC au référendum contre la vignette à 100 francs suscite quelque colère dans le canton de Vaud. On laisse entendre en effet que le succès du référendum devant le peuple compromettrait le financement du contournement autoroutier de Morges.
Sachant l’impact dévastateur de ce projet sur une région encore relativement préservée, comme le montre cette vidéo effarante, on se dit que la vignette à 50 francs a du bon !
Pour les épargnants européens, le moment est peut-être venu de vider leur compte-épargne, d’acheter une maison, un cheval, ou de prendre une retraite largement anticipée. Bref, mieux vaut tout dépenser avant la Grande Confiscation. Selon le patron d’UniCredit, l’une des grandes banques italiennes, cité par Le Temps, il est “acceptable de confisquer les comptes d’épargne pour sauver les banques pour autant qu’il s’agisse d’une solution européenne commune.”
Quand on vous disait que le précédent de Chypre allait faire des petits! Les Suisses sont-ils à l’abri? Bien sûr que non, puisque notre gouvernement veut tout faire comme les Européens.
Et si les peuples voulaient autre chose ?
Les NON français et néerlandais n’ont sûrement pas tous été des refus de l’Europe mais on peut être bien certain qu’une bonne part ne voulait pas de CETTE Europe sans institutions dignes de ce nom ni projet fédéraliste.
Mais vous vous laissez abuser par M. Kappeler qui voudrait tant faire oublier son passé de singe savant de l’Union syndicale Suisse qu’il se met à vendre les plus grossières inepties et tente de faire passer l’asservissement à la loi de la jungle pour des idées libertaires. Imaginons, pour prendre un exemple simple, que vous teniez à une provenance locale et à un mode de production respectueux de la nature pour ce que vous mangez. Qui d’autre que ces eurocrates tant décriés ont freiné le déferlement de nourriture US (OGM, boeuf aux antibiotiques, etc) dans votre assiette ? Qui construit des intérêts communs (la seule vraie base de paix) à des peuples qui s’ignoraient ou se faisaient la guerre? Qui pèse d’un grand poids pour nous tous dans les négociations de l’OMC face à la Chine ou aux USA ? La Suisse?
Et si M. Kappeler veut rester soumis à l’OTAN comme le stipulait la moribonde “constitution” ce n’est heureusement pas l’avis de la majorité des Français. Des Suisses aussi, je parie…