ico Economie France: comment casser la relance

4 juillet 2012 | Catégorie: économie

PHILIPPE BARRAUD

Prôner la relance tout en faisant tout ce qu’il faut pour l’empêcher: c’est la curieuse alchimie que le gouvernement français tente de vendre à la population de l’Hexagone. Laquelle, déjà, tombe de haut.
C’est là toute l’ambiguïté d’une politique qui, sur le terrain, est à l’opposé du discours présidentiel. Les mesures annoncées par un Premier Ministre à la recherche désespérée des milliards manquants à son budget, s’attaquent essentiellement à ceux qui pourraient être les instruments de la relance: les riches et les entreprises.
Ah ! Enfin on va faire payer les riches, on va prendra l’argent là où il est ! Une nouvelle fois, on va vérifier que ces slogans sont bien légers lorsqu’il s’agit de les concrétiser, et que cette manière de réinventer la lutte des classes attise la fracture sociale, mais ne résout rien. Fidèle aux promesses du candidat Hollande, le gouvernement va assommer les hauts revenus avec des taxations aberrantes dans leur ampleur, doublées de contributions supplémentaires diverses au nom de la solidarité. Au reste, les riches ne seront pas les seuls à passer à la caisse: déjà soumis à une TVA exorbitante, les Français vont probablement la voir augmenter, ce qui mangera largement l’augmentation du SMIC royalement accordée. C’est qu’il faudra en plus financer la retraite à 60 ans, et 60’000 fonctionnaires supplémentaires.
Or, il est évident que les Français réputés riches ne vont pas se laisser tondre. Les plus fortunés iront s’établir à Londres, à Bruxelles ou en Suisse; les autres chercheront des échappatoires, même légales, comme celle qui consiste à travailler moins, pour gagner moins et payer moins d’impôts. On a vu ce phénomène en Suède, où la charge fiscale est telle qu’elle tue l’ambition et la créativité – et donc, au bout du compte, l’impôt.
Il n’en va pas autrement pour les entreprises, les grandes comme les PME. Le gouvernement va rendre encore plus difficile l’exercice de l’activité économique, en augmentant les impôts, les cotisations et les prélèvements sociaux, et surtout, en renforçant encore la législation sur le travail, qui va rendre les licenciements extrêmement difficiles. Ce n’est pas une spécialité française: en Italie aussi, licencier du personnel pour qui l’on n’a plus de travail relève des travaux d’Hercule.
Or, on ne le dira jamais assez: pour qu’une entreprise embauche, il faut qu’elle puisse licencier lorsque le carnet de commandes est vide, sauf à disparaître. C’est cette souplesse qui assure le dynamisme de l’économie suisse. Le chômage en France diminuerait de plusieurs points si le gouvernement appliquait une politique inverse, et permettait aux entrepreneurs une gestion souple et rapide des forces de travail.
C’est évidemment inimaginable, dans un pays où l’idéologie prévaut sur toute autre considération. Le travail est un droit, très bien, mais qui paie, lorsque l’entreprise court à la faillite ? Pourquoi gaspiller des ressources et du temps en conflits interminables, procédures judiciaires et autres plans sociaux, alors qu’il faudrait plutôt encourager les entrepreneurs à rebondir le plus vite possible, et donc à embaucher? Mais il est vrai que pour nos voisins français, l’entrepreneur est par définition un salaud de patron, qui s’enrichit sur le dos des travailleurs. Donc, il faut faire payer les riches. Logique…

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Commentaire de Xavier Gruffat le 4 juillet 2012 à 14:37

Bien entendu, excellent article, c’est une évidence. Pour regarder presque tous les jours le Journal de France 2, j’ai de la peine pour tous les conservateurs français: mariage et adoption homesexuelle, augmentation des impôts, absence totale du religieux, mentalité de classe moyenne, etc.
Bref tout ce que je déteste dans la Gauche, alors qu’au font je suis de gauche (au niveau du partage des richesses, en tout cas un peu).
C’est un pays qui fait “mal à voir”, même l’équipe de France de foot se comporte mal. En tant que Franco-suisse j’ai clairement honte de mon 2ème pays, la France. D’ailleurs pour habiter au Brésil, je le répète, c’est un peu le seul pays (la France) qui a une très mauvaise image dans le monde entier, même au Brésil on parle d’un pays communiste, sans compter les Américains qui détestent la France, là c’est clair (il y a vraiment une sorte de haine des Américains envers la France, maintenant je comprends pourquoi, je suis intellectuellement bien plus proche des Américains que des Français, c’est pourquoi j’habite sur le continent américain).
Bref, bien entendu je parle de la politique des Français et d’une partie des Français (ne les ou ne nous mettons pas tous dans le même panier), mais ce pays ne doit plus du tout être une référence pour la Suisse.
Je demande donc à la RTS de parler autant de la France qu’elle parle du Brésil ou de la Chine. Actuellement je trouve l’Italie bien plus intéressante que la France, d’ailleurs j’apprends l’italien et regarde la RAI de temps en temps. Il y a bien plus d’intelligence chez Mario Monti que chez François Hollande, “une racaille” de politicien selon moi, taxer à 75% les riches, même le Brésil ne dépasse pas les 29% ! Vous avez entendu ! Pourquoi donc la France monte-t-elle jusqu’à 75 ? Stupide et pays sans intérêt qui va générer que de la médiocrité. Ecoutez d’ailleurs la musique française, elle est actuellement nulle et sans intérêt ! La musique italienne est bien meilleure, peut-être un lien de cause à effet…

Commentaire de Xavier Gruffat le 4 juillet 2012 à 15:10

J’aimerais encore ajouter une chose.
Je ne suis pas sociologue mais je lis beaucoup à ce sujet.
Selon moi, la richesse d’un pays est toujours liée à sa mentalité, prenez l’Allemagne et le Japon, des pays entièrement detruits qui ont réussi à se construire et à avoir du succès. Pourquoi ? La mentalité.
Et en Suisse, pays de tradiition protestante, on ne doit jamais jamais oublier les théories de Max Weber et donc tous les mouvement calvinistes par exemple de Vaud et Genève.
Selon moi, c’est par là que passe le salut, revenir à une idéologie calviniste: Dieu enrichit des gens, un peuple, etc. On revient un peu à la “théologie de la prospérité”.
Ce genre de théorie ne peuvent pas être véhiculées sur des médias main-stream, même si Forum s’y essaye un peu, mais comme M. Revat est catholique il est très embetté avec Max Weber, il cite la Bavière, une exception qui confirme la règle.
Mais que cela soit clair, je n’ai rien contre les Catholiques. Simplement en tant que protestant je défends mon idéologie et si vous regardez bien: tous les pays riches du monde sont toujours protestants, la seule exception étant le Japon. Mais Coréé du Sud (toujours plus de protestants), USA, Canada, Royaume-Uni, Suède, Allemagne, Suisse, etc. Le Brésil risque de venir riche, car d’ici 30 ans il y aura plus de 50% d’Evangélique (ou protestants).
Donc je persiste et signe que le protestantisme a beaucoup influencé la richesse d’un peuple et va encore continuer dans ce sens.
Je sais que c’est polémique, un thème difficile. Mais il y a beaucoup de preuves sur l’influence de la religion et de la richesse, regardez aux USA, les plus riches sont: Mormons, Juifs et Protestants. Pourquoi ? En partie car il y a une hygiène de vie, une façon sacrée de voir le travail (un don de Dieu), etc. C’est pourquoi les USA resteront à jamais probablement le peuple le plus riche et puissant du monde, car ils ont des millions de Juifs, Mormons et Protestants.
J’espère que Commentaires.com va rentrer plus sur cet axe de travail, car il explique les grandes différences entre l’Allemagne, la Suisse et la France par exemple.
La France est condamnée selon moi à être un pays de classe moyenne, sans tête qui dépasse, tout le monde un peu riche un peu pauvre. Après je ne dis pas que c’est pas bien, des gens aiment la mentalité française, mais moi vous l’aurez compris je préfère la mentalité protestante et moins républicaine ou égalitaire (voire catholique, mais là je ne suis pas sûr du lien entre république et catholicisme).
ps. c’est très intéressant de voir qu’aux USA ou au Brésil tout cela est très connu, mais aucun média main-stream n’ose parler de cela, l’influence du protestantisme et des mouvements évangéliques sur un peuple, est-ce un trop grand tabou ? Commentaires.com, j’espère va oser s’attaquer et M. Barraud reliera Max Weber

Commentaire de Christophe Schälchli le 4 juillet 2012 à 19:48

@M. Gruffat. Merci pour vos posts.

J’ai cependant du mal à vous croire sincère quand vous vous distanciez de la France: une personne qui manie la langue de Molière avec tant d’aisance ne peut pas ne pas aimer la France. Soyez honnête;-)

Commentaire de Pierre Santschi le 6 juillet 2012 à 14:59

“C’est évidemment inimaginable, dans un pays où l’idéologie prévaut sur toute autre considération.” écrivez-vous… N’est-ce pas une forme d’idéologie que de défendre systématiquement la cupidité des “relanceurs” pleins aux as? Ceci dit, il est regrettable que les dits “relanceurs” n’aient pas encore compris que leur exemple conduit à la ruine de tous et qu’il vaudrait mieux qu’ils fassent profiter l’économie (et surtout les salariés) de leur fortune avant que l’impôt ne les frappe, plutôt que d’en faire profiter la bureaucratie étatique alimentée par le fisc.

Commentaire de Marie-France Oberson le 14 juillet 2012 à 9:39

M. Gruffat,

S’il est vrai que le protestantisme a eu une grande influence sur le développement économique de certains pays, (je pense en tout premier lieu aux Pays-Bas) et sur l’enrichissement de certaines populations grâce à l’éducation et l’instruction (je pense aux protestants de la Révocation de l’Edit de Nantes ), il ne faut pas oublier quand même que le catholicisme n’a pas empêché les échanges, le commerce bien avant la Réforme.
Mais le problème en France n’est pas le catholicisme (les moines ont été les premiers “capitalistes” et le développement fabuleux de la République de Venise, bien avant la Réforme, ne doit rien au protestantisme )
En réalité, le problème en France , c’est la franc-maçonnerie qui pèse sur le pays comme une chape de plomb par son corporatisme et ses copinages.

C’est pour cela que droite et gauche (PS et UMP ) se partagent le pouvoir en alternance et ne supportent aucun intrus.
Ils font semblant d’être adversaires, mais c’est du cinéma. Ils font l’un et l’autre, partie de la Loge.
Une franc-maçonnerie qui s’acharne à écraser, voire à éliminer le catholicisme,non pas parce qu’il freinerait le développement économique, mais parce qu’il est sa conscience, le catholicisme ayant encore un minimum de moralité- pardon, d’éthique- en ce qui concerne les lois qu’il considère comme contraire à la morale ou tout au moins les lois qui favorisent le délitement de la société , à commencer celui de la famille qui en est le socle ( mariage homo, avortement,..)

Commentaire de Denis Loviat le 16 mars 2016 à 22:39

Quand on parle de richesse d’un pays, ce serait bien de préciser si on parle de la richesse médiane des habitants, ou simplement du PIB? Je partage totalement l’avis de l’influence de la religion sur la philosophie d’une population, et donc sur sa vision du travail, et donc sur ses revenus, et finalement sur sa richesse, et même sur le partage de cette richesse. Vision du partage qui a donnée naissance, sous certains cieux, à des personnages comme Raiffeisen (la Banque) ou Dutweiler (la Migros).
J’imagine parfois, par exemple, l’Afrique du nord sous ce type d’influence. Il y aurait alors mieux que la Floride et la Californie au sud de la Méditerranée.

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