ico Economie Chine: le thermomètre de Shanghai

6 juillet 2007 | Catégorie: économie

L’évolution de la Bourse de Shanghai est tout à fait passionnante, car elle matérialise la paradoxale harmonie qui s’est établie entre un libéralisme agressif et la dictature communiste.

Les Chinois ont vite compris que dans une économie en plein boom, même les «petits» peuvent avoir une part du gâteau. Pour peu qu’ils aient quelques économies, ils s’empressent d’ouvrir un compte et de placer leur argent sur le marché des capitaux. C’est ainsi que chaque jour, plusieurs centaines de milliers de nouveaux comptes sont ouverts, et le nombre des Chinois qui investissent en Bourse a dépassé les 100 millions (contre environ 2 millions de Suisses…).

Malgré le côté frénétique de cette course aux profits boursiers, les choses paraissent demeurer sous contrôle. Mais au prix d’émotions fortes: en février, le SSE Composite Index, l’indice de la Bourse de Shanghai, a fait une première plongée sévère; le 4 juin, la dégringolade a atteint 8%. Et ce 5 juillet, les cours ont plongé de 5,25%. Alors, désastre? Au contraire! Si on prend un peu de recul, ces plongeons successifs représentent peu de choses puisque sur le premier semestre 2007, la Bourse de Shanghai a gagné 60%, ce qui constitue probablement un record. L’explication, c’est que les cours remontent presque aussi vite qu’ils sont tombés! Ainsi, le 6 juillet, la Bourse de Shanghai a gagné 4,58%, soit presque autant qu’elle avait perdu la veille…

On ose donc dire que les investisseurs occidentaux qui ont écarté le marché chinois de leur portefeuille, par peur des secousses, ont eu tort. C’est d’autant plus vrai que les plongeons évoqués ci-dessus ont été provoqués non pas par des problèmes économiques ou politiques graves, mais par des déclarations ou des décisions politiques. Ainsi le 5 juillet, les autorités chinoises ont autorisé les investisseurs locaux à placer leur argent hors de Chine. C’est une bonne nouvelle pour les épargnants, mais un peu moins pour l’économie, qui pourrait manquer de liquidités — d’où cette baisse plus qu’éphémère — et un peu moins aussi pour l’Europe, qui pourrait souffrir au contraire d’un excès de liquidités.

Conscients des risques inhérents à la surchauffe de la machine, les dirigeants communistes essaient prudemment de réduire la pression, mais sans casser le rythme, ni tuer la poule aux oeufs d’or. Et c’est là, et on ne s’en rend pas assez compte, un formidable compromis historique, probablement sans précédent, entre un pouvoir communiste de fer et un système libéral ouvert.

Il est probable que le statut de Hong Kong a beaucoup pesé dans cette évolution, pour des dirigeants dont la marge de manoeuvre est paradoxalement très mince, malgré le côté autoritaire du pouvoir. Pourquoi? Les investisseurs occidentaux craignent une explosion de la bulle chinoise, or le risque est faible. Tout simplement parce que les dirigeants ne peuvent pas se permettre une telle éventualité: dans un pays où il n’y a ni sécurité sociale, ni assurance-chômage, mais une aspiration folle à un enrichissement considéré comme légitime, une crise économique prendrait une telle ampleur que le pouvoir serait inévitablement balayé: comment pourrait-il résister à des centaines de millions de Chinois en colère dans les rues?

Voilà pourquoi la Bourse de Shanghai, incomparable thermomètre, va continuer à jouer au yoyo pendant quelques temps encore…

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Griffures



Le foot, la nouvelle religion planétaire

L’Europe entière s’émerveille des centaines de millions d’euros dépensés par un club de foot pour un joueur. Personne ne se demande si cet argent ne serait pas plus utile ailleurs. Par exemple, avec cette somme, on pourraient nourrir tous les crève-la-faim du Sud-Soudan pendant au moins un an. Mais  tout le monde s’en fout, évidemment, car le foot, c’est bien plus passionnant que des enfants qui meurent de famine. Et le nouvel opium du peuple n’existerait pas sans sa profonde indécence financière, qui fait croire à des millions de gamins qu’ils vont devenir millionnaires.
Ils feraient mieux d’aller à l’école, si vous voulez mon avis.

Carlo, dégage !

Faisons un rêve: les auditeurs de La Première passeraient une journée entière sans entendre la voix de crécelle de Carlo Sommaruga. Mais ça, c’est impossible. Même en rêve. Les journalistes de la radio l’adorent, non pas pour la pertinence de ses analyses, mais essentiellement parce que c’est le seul qui répond toujours présent, même pendant les vacances. Vous verrez que bientôt, on lui demandera son avis sur la météo.
Et le pire, c’est qu’il aura un avis !


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