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Suisse
Chronique de la violence ordinaire




commentaires.com - Philippe Barraud

vendredi 2 mai 2008


La lecture de 24 Heures du vendredi 2 mai est profondément déprimante. Ce n’est pas une critique à l’égard de nos confrères, tout au contraire: ils font parfaitement leur boulot, en nous mettant le nez sur cette réalité que nous ne voulons pas voir: notre société s’enfonce inexorablement dans la violence.

Il y a par exemple le cas de cette mère de famille d’Yverdon, tabassée, poursuivie dans la rue et menacée de mort par des élèves musulmans (selon les premières informations), alors qu’elle essayait de protéger son fils, agressé par ses «camarades». Il n’y a eu pour l’heure ni suspension ni expulsion d’élèves.

Il y a les castagnes du 1er Mai dans lesquelles, comme à Lausanne, des voyous encagoulés peuvent tranquillement détruire un McDonald, puis aller se changer et disparaître dans la nature. Il n’y a pas eu d’arrestations, mais le directeur de police, Marc Vuilleumier, est très satisfait de l’action de la police. Toujours suffisant dans les discours, beaucoup moins dans l’action, M. Vuilleumier se satisfait de peu, comme d’habitude. Or, on reste persuadé que la police pourrait être plus efficace et plus incisive, par exemple en infiltrant ces milieux nuisibles et fascisants, pour mieux les neutraliser. Mais dans la crise de confiance actuelle, on comprend que les corps de police évitent de prendre des initiatives et de faire du zèle, sachant qu’à la moindre bavure, ce sera le lynchage médiatique, et le lâchage immédiat par leurs supérieurs politiques.

Mais à côté de ces événements graves et spectaculaires – et qu’attendre de l’Euro? On n’a pas fini de rire! – il y a ces collections d’incivilités et de violences gratuites qui exaspèrent et surtout inquiètent les honnêtes gens. Tenez: la petite gare de Cully, comme tant d’autres petites gares en Suisse romande, est régulièrement vandalisée: les vitres des salles d’attente sont explosées, des détritus jonchent le sol, les toilettes sont condamnées. L’autorité est totalement absente – d’ailleurs il n’y a jamais personne: jamais un képi, jamais un adulte responsable, l’autorité se cache parce qu’en réalité, elle a peur. On se croirait dans quelque banlieue française. Il n’y a évidemment jamais d’arrestation. Il n’y a d’ailleurs pas de nettoyage non plus, ni de caméras, sans doute pour ne pas traumatiser les jeunes qui se défoulent sur le bien public.

Il est parfaitement inutile de se demander si cette évolution mortifère est la conséquence de Mai 68 ou non: ce n’est qu’une astuce intellectuelle pour esquiver le problème. Il est vrai qu’il est quasi insoluble, dans la mesure où la profonde crise d’autorité dans laquelle nous plongeons est le fruit de l’évolution de la société dans son ensemble, et depuis longtemps. Dans 24 Heures du même jour, un lecteur ose les questions «interdites» – on se fait donc un devoir de les reproduire: «Pourquoi ne pas reconnaître que les divorces des parents, les familles recomposées, les parents laxistes ou indifférents, les mères au travail créent le désarroi chez les jeunes?»

On comprend bien que ces questions constituent un tabou de taille, et que le néo-conformisme persiste à nous faire croire qu’il s’agit d’un merveilleux progrès: vouloir s’y colleter, ce serait remettre fondamentalement en cause une évolution de la société dans laquelle tout principe d’autorité, d’ordre et de responsabilité est par essence condamnable et nuisible. Irresponsabilité et immaturité sont devenus les maîtres-mots de la structure sociale, et du haut des bas, du gouvernement aux parents frivoles. A partir de là, que voulez-vous faire?



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