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e-magazine contre le néo-conformisme












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Quand la Chine se fâchera
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 Mais d’où vient cette soudaine passion pour le Tibet? Et pouvons-nous nous permettre d’humilier la Chine? Suite... |
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CHINE, TIBET & OCCIDENT
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 La Chine n’est certes pas une démocratie mais il est assez piquant de voir des pays comme la France, l’Angleterre ou les Etats-Unis lui donner des leçons en matière de droits de l’Homme alors que ces pays sont en réalité les derniers à pouvoir y prétendre.
Depuis leur proclamation à la fin du XVIIIème siècle, ces beaux principes n’ont en effet empêché ni la France et l’Angleterre de se doter d’un passé colonial particulièrement gratiné, ni les Etats-Unis de traiter leurs Noirs comme du bétail tout en exterminant simultanément leurs Peaux-Rouges.
Surtout qu’envers la Chine, ces pays se sont comportés jusque vers les années 1970, de manière particulièrement odieuse. C’est à ces occasions que sont nées des expressions et des pratiques politiques qui parlent d’elles-mêmes comme la « politique de la canonnière », les « concessions étrangères », les « réparations » ou les « traités inégaux ».
Face aux actuels donneurs de leçons, parlons des évènements les plus importants de cette conception passée des droits de l’homme :
· Pour y vendre son opium indien, l’Angleterre n’a pas hésité à attaquer ce pays (première guerre de l’opium en 1841-42), lui arrachant Hong-Kong au passage.
· Seconde guerre de l’opium en 1858-1860), aboutissait à la prise de Pékin et au honteux pillage par les troupes franco-anglaises de tous les extraordinaires trésors du Palais d’Eté, joyau de la combinaison de l'architecture au style chinois et européen, quintessence des arts orientaux et occidentaux.
· En 1900, après la révolte des Boxers et les « 55 jours de Pékin » le corps expéditionnaire de huit puissances se livre à un second pillage du Palais d’Eté et à des opérations de « nettoyage » qui vont déployer une exceptionnelle violence : assassinats, viols, pillages, destructions de biens frappent sans discrimination de statut, de sexe ou d'âge. Elles mettent en pratique les exhortations de Guillaume II qui, dans son discours aux troupes partant pour la Chine (Hunnenrede), leur avait recommandé : « Sus à l'ennemi, écrasez-le ! Pas de pitié ! Pas de prisonnier ! Celui qui vous tombera sous la main est un homme mort : il y a mille ans, les Huns du roi Attila se sont fait un nom qui retentit formidablement aujourd'hui encore dans les mémoires et les contes ; que le nom des Allemands acquière en Chine la même réputation, pour que jamais plus un Chinois n'ose même regarder un Allemand de travers ! ».
· En septembre 1931 le Japon s’empare de la Manchourie, les Chinois, pourtant membres de la S.D.N., sont restés livrés à eux-mêmes sans aucun soutient des Puissances. Cette campagne fut l’occasion pour les Japonais de faire preuve, une fois de plus, d’une sauvagerie particulière, sans guère de réactions en Occident.
Examinons maintenant plus spécialement le problème du Tibet qui est au centre des discussions actuelles.
Par l’une des ironies de l’histoire, le premier Dalaï-lama Getun Drupa a été installé par une armée chinoise envoyée au XVème siècle par l'empereur de Chine. C’est en 1720 que l’empereur mandchou de Chine K’ang-hi installa une garnison à Lhassa et instaura son protectorat sur le Tibet qui va durer jusqu’en 1911 où, à l’instigation des Anglais, et suite à l’affaiblissement du pouvoir impérial, les troupes chinoises en furent chassées. Cependant les seigneurs et les lamas tibétains qui avaient vu les Chinois aller et venir au cours des siècles continuèrent à entretenir de bonnes relations avec Tchang-Kaï-chek et son pouvoir réactionnaire sur la Chine du Kuomintang. A cette époque, l'approbation de son gouvernement était du reste apparue nécessaire pour valider le choix du Dalaï-lama et du Panchen-Lama.
Mais qu’en était-il donc du Tibet d’avant 1950 ?
La propriété foncière était encore répartie en domaines seigneuriaux. Les monastères étaient de grands propriétaires terriens dont les richesses allaient aux lamas ayant le grade le plus élevé. La plus grande partie de la population rurale - environ 700.000 sur une population totale évaluée à 1.250.000 - était des serfs. Ceux-ci ne bénéficiaient d’aucune scolarité, ni de soins médicaux. Ils passaient la plupart de leur temps à peiner pour les lamas de haut rang ou pour une aristocratie foncière séculière. Ils devaient avoir une permission pour tous leurs déplacements. Ils étaient dans l’obligation de travailler à vie la terre du seigneur ou du monastère sans être payés. Les monastères enrôlaient de force des enfants de paysans pour être formés comme moines ou aux fins de servitude perpétuelle comme domestiques ou soldats. Au Tibet du Dalaï-lama, la torture et les mutilations - incluant l’énucléation, l’arrachage de la langue, le sectionnement du tendon du jarret et l’amputation - étaient des punitions infligées ordinairement aux serfs fugitifs, aux voleurs comme aux révoltés de toutes sortes. Les grands propriétaires terriens et les prêtres exerçaient, chacun dans leur domaine respectif, un pouvoir despotique sans appel.
Après la Seconde guerre mondiale, une fois les Anglais partis des Indes, la nouvelle République populaire de Chine communiste va réoccuper le Tibet le 7 octobre 1950.
Pour le gouvernement de Pékin, le Tibet faisait partie de la Chine depuis plus de deux siècles. Pendant la guerre, les Etats-Unis avaient clairement fait connaître leur position en admettant sans réserve ce point de vue. Ce n’est qu’après la révolution communiste que Washington devient plus équivoque sur le sujet. Pour soutenir le régime corrompu de Tchang-Kaï-chek, les Américains mènent dès 1945 une campagne incessante de harcèlement contre les communistes chinois, puis contre la République populaire. L’administration Eisenhower décrète contre elle un embargo commercial, culturel et économique, malgré les demandes d’aide et d’amitié de Chou-En-Lai. Sous l’égide de la C.I.A., en plus de diverses tentatives pour assassiner des dirigeants communistes, de nombreux commandos sont parachutés en Chine pour des missions de sabotage ou de renseignement. Celle-ci organise dans la région du Triangle d’Or un fructueux trafic d’opium pour le financement d’une armée de plus de 10'000 nationalistes à la frontière birmane.
Dès le milieu des années 1950 la C.I.A. commence à recruter des exilés tibétains pour engager la lutte contre le pouvoir de Pékin. Beaucoup de lamas, de membres séculiers de l'élite et le gros des officiers de l'armée tibétaine rejoindront le soulèvement mais, le gros de la population ne l'a pas fait, ce qui va entraîner son échec.
Contrairement à la croyance populaire occidentale, les Chinois montrèrent d’abord du respect pour la tradition tibétaine. Jusqu’en 1959, aucune propriété aristocratique ou monastique n'a été confisquée et les seigneurs féodaux continuèrent à régner sur les paysans qui leur étaient héréditairement attachés. Mais ce qui contrariait les seigneurs et lamas tibétains, c’était que ces Chinois là étaient désormais des communistes qui allaient finalement imposer leurs solutions collectivistes et égalitaires au Tibet. Ils trouvèrent bien entendu immédiatement de l’appui auprès de la C.I.A..
Quels que furent les maux et les nouvelles oppressions introduits par les Chinois au Tibet après l’insurrection 1959, nous devons cependant constater que ceux-ci ont :
· Supprimé l'esclavage et le servage.
· Mis un terme aux flagellations, aux mutilations et aux amputations comme méthodes de sanctions criminelles.
· Entrepris de grands travaux et, par exemple, mis en place la distribution d'eau courante et d'électricité dans Lhassa.
· Instauré l'éducation laïque, brisant ainsi le monopole des monastères.
· Exproprié les propriétés foncières tenues par les seigneurs et les lamas, puis lancé une vaste réforme agraire et distribué des centaines de milliers d'acres à des paysans sans terre.
· Permis à de nombreux moines qui avaient été enrôlés de force de renoncer à la vie monastique, même si beaucoup de paysans sont restés aussi religieux qu’avant.
Cela n’a cependant pas été sans répression : Après le soulèvement de 1959, des milliers de Tibétains ont été incarcérés. Pendant les années 1990, les Tibétains soupçonnés d'entretenir des sympathies nationalistes ont été licenciés, arrêtés, emprisonnés ou soumis au travail obligatoire.
Pour les lamas et les seigneurs, ces réformes étaient une calamité. La plupart d'entre eux se sont enfuis à l'étranger avec l’aide américaine. L'organisation du Dalaï-lama a elle-même reconnu avoir reçu des millions de dollars de la C.I.A. et des services secrets indiens pendant les années 1960. Aujourd'hui, le Congrès US continue d'allouer 2 millions de $US par an aux Tibétains en Inde, plus quelques millions complémentaires pour « des activités démocratiques ».
Bon nombre de Tibétains ordinaires souhaitent le retour du Dalaï-lama dans leur pays mais il apparaît que bien peu souhaitent un retour à l’ordre ancien des clans aristocratiques corrompus qu’il représente.
Ainsi, tant qu’un régime conservateur a été en place à Pékin, personne ne s’est étonné de la participation chinoise aux affaires tibétaines. Personne n’a soulevé la question de son autonomie et encore moins de son indépendance. Personne ne s’est vraiment préoccupé de la façon dont les droits de l’Homme étaient appliqués dans ce pays. Ce n’est que lorsque le régime politique chinois est devenu communiste que ces problèmes sont devenus extrêmement sensibles. Dès les années cinquante, les forces réactionnaires se sont mises à travailler l’opinion internationale. En effet, comme toute organisation hégémonique, les Etats-Unis pratiquent constamment la règle universelle du « diviser pour régner » et le cas de la Chine ne fait pas exception. Dans le monde entier, la C.I.A. cherche donc par tous les moyens à exacerber les divisions et à creuser les antagonismes, entre personnes, entre clans, entre ethnies ou entre nationalités, soutenant les uns, puis les autres, au mieux de ses intérêts, sans oublier de recourir aux provocations chaque fois qu’il est possible. Il n’est donc pas étonnant qu’elle cherche à tirer le meilleur parti contre la Chine de la dissidence des conservateurs tibétains et qu’elle finance, soutienne et organise aujourd’hui encore leur mouvement.
Voir aujourd’hui ces même forces réactionnaires réclamer avec véhémence dans tous les médias l’application des droits de l’Homme alors elles ont tout entrepris pour maintenir le peuple tibétain dans la servitude lorsqu’elles étaient au pouvoir ; voir ainsi ces anciens esclavagistes exiger davantage de liberté de ceux qui ont, chez eux et contre leur avis, aboli le servage et fait une réforme agraire, c’est le monde à l’envers. Cela nous prouve bien que ces gens manipulent effrontément l’opinion internationale au profit des forces conservatrices américaines.
Après avoir fait subir à la Chine toutes ces calamités, les Puissances occidentales ont accumulé une énorme dette à son égard. Que d’autres morigènent les Chinois passe encore, mais que ces pays viennent aujourd’hui lui donner des leçons de démocratie ou de droits de l’Homme, après s’être livrés à toutes ces exactions, c’est proprement intolérable.
Les protestations actuelles constituent donc bien l’une des plus grandes escroqueries médiatiques du moment.
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| Pierre Girod |
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