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e-magazine contre le néo-conformisme












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"Nation arabe", concept incendiaire
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 Arafat disparu, certains intellectuels occidentaux se demandent avec angoisse quel leader émergera pour conduire désormais la «nation arabe». Faut-il donc admettre qu’il y a une nation arabe, face au reste du monde? Suite... |
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La notion de nation et la nation arabe
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 La "nation arabe" est peut-être un concept incendiaire, elle n'en est pas moins une réalité. Il convient pour s'en convaincre de rappeler qu'il existe deux conceptions de la "nation": la nation de type civique, à la française, et la nation de type ethnique, à l'allemande. Depuis un célèbre débat entre historiens français et allemands à la fin du XIXe siècle (Renan et Fustel de Coulanges d'un côté, Strauss et Mommsen de l'autre; cf. p.ex. Renan E., Qu'est-ce qu'une nation? et autres essais politiques, Paris, Presses pocket 1992), cette dichotomie est devenue un lieu commun. Nous autres, français de souche ou de culture, avons souvent peine à comprendre la notion même de nation ethnique, dont la seule évocation provoque parfois une intolérance surprenante, peut-être inconsciente, jusque chez les plus savants. Il s'agit pourtant d'une réalité profonde, qui affecte le coeur et les tripes des "nationaux ethniques", même les plus ignorants.
Les Balkans en fournissent un exemple saisissant : Autrefois poudrière de l'Europe, cette région n'a trouvé le repos - certes encore tout relatif - qu'à partir du moment où l'idée nationale a pu se concrétiser de manière satisfaisante pour les communautés ethniques qui la composent. Il existe bel et bien une nation croate, distincte de la nation Serbe ; de même revendique-t-on une nation macédonienne, distincte de la nation bulgare. Dans les Balkans, la réalisation de l'idée nationale s'est faite dans la violence ; il y a sans nulle doute de nombreuses explications, mais on ne peut s'empêcher d'y voir également l'effet de la diplomatie occidentale, qui, au sortir de la Première Guerre Mondiale, n'avait qu'imparfaitement appliqué le principe des nationalités, dont est issu le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
On peut à mon sens établir un parallèle avec le monde arabe : Alors que les Anglais avaient promis aux bédouins du chérif de la Mecque, en échange de leur aide à l'effort de guerre occidental, l'établissement d'un Empire arabe sur les ruines des villayets ottomans, ils n'en firent rien et se partagèrent avec la France les territoires arabo-musulmans. En dépit d'engagements clairs, on sacrifia sans retenue les aspirations nationales légitimes du peuple arabe. Or le nationalisme, d'où qu'il soit, n'est jamais aussi dangereux que lorsqu'il est bradé. Par la suite, la formation de l'Etat d'Israel ne devait qu'aggraver la situation et ajouter au sentiment d'injustice de ces gens, qui ne voulaient initialement que vivre ensemble.
Ce ne sont là que des explications partielles (et partiales, je le reconnais), qui ne sauraient à elles seules suffire à appréhender une des situations géopolitiques les plus complexes de notre temps. Voici toutefois où je veux en venir : Le concept de nation arabe, même fondé sur l'appartenance à une comunauté ethnique, existe incontestablement, parce qu'il relève de la notion même de nation et parce qu'il est vécu et ressenti comme tel par la majorité des arabes eux-mêmes. Rappelons que la nation, définie comme une communauté de personnes vivant sur un même territoire, parlant la même langue, pratiquant souvent la même religion et cimentée par une identité culturelle, est avant tout une notion subjective, que ne recouvre pas forcément la réalité étatique. Il ne me semble pas que ce seul sentiment procède du racisme, pas plus que la volonté historique des Croates, des Slovènes ou des Macédoniens d'être les seuls maîtres de leur destinée. C'est l'exacerbation de ce sentiment et son détournement à des fins sanglantes qui sont condamnables et qui justifient une guerre contre le terrorisme exempte d'arrières-pensées - et non contre le sentiment national arabe ! L'utilisation de l'expression "nation arabe" me paraît donc tout-à-fait justifiée. Ce n'est pas faire le jeu de Ben Laden que de s'en servir. C'est au contraire en niant l'évidence d'un sentiment national qu'on renforcera les ressentiments des peuples arabes. Car enfin, que diraient les Allemands si on leur reprochait, voire si l'on niait leur sentiment national ? Le sujet est certes délicat ; mais le passé des Allemands, aussi horribles qu'aient pu être les conséquences de leur nationalisme, ne les empêche pas de se ressentir aujourd'hui Allemands et fiers de l'être. Il y a une différence entre le nationalisme et le sentiment national : nier la réalité de la nation, ce n'est pas lutter contre le nationalisme (supposé incarné par l'islamisme radical), c'est porter atteinte à l'identité de chacun de ses ressortissants.
A l'heure où on exige des Arabes de mesurer leurs propos et leur idéologie, on s'imposera de mesurer les nôtres et de ne pas revisiter les concepts les plus élémentaires de la science politique.
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| Jérôme Levrat |
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