 |
 |
e-magazine contre le néo-conformisme












|
 |

 
Suisse |
 |
 |
Suisse-Iran: un désatre diplomatique
    
|
 commentaires.com - Philippe Barraud |
 jeudi 20 mars 2008
|
 Valait-il la peine de détériorer gravement nos relations avec les Etats-Unis et Israël, Etats démocratiques et amis de la Suisse, pour quelques mètres cubes de gaz?
La réponse est évidemment non. Et si les médias et l’opinion publique (iranienne comprise) se sont beaucoup émus de l’ «affaire du voile», celle-ci apparaît futile par rapport au vrai faux-pas diplomatique commis par Mme Calmy-Rey.
Il est vrai que la question de savoir si la ministre devait porter ou non un voile devant le président iranien a permis de faire oublier l’essentiel, et Berne a sans doute saisi la perche. Mais cet aimable camouflage a fait long feu, et ce voile transparent ne pouvait plus masquer les protestations de l’ambassadeur des Etats-Unis à Berne, puis la colère du Département d’Etat — dont la patronne n’a pas une estime très grande pour Mme Calmy-Rey — et enfin les protestations d’Israël, qui voit dans ce show médiatique à Téhéran un «acte inamical à l’égard d’Israël».
L’Etat hébreu ne manque pas d’arguments pour le démontrer: comme il l’a aimablement rappelé à des autorités suisses sans doute distraites, «l’Iran poursuit son programme nucléaire, offre un soutien financier aux organisations radicales, soutient le terrorisme, foule aux pieds les droits de l’homme et nie le droit à l’existence d’un Etat indépendant membre de l’ONU, alors que l’antisémitisme et la haine d’Israël sont affichés ouvertement.»
Face à ce désastre diplomatique, il faut se demander si Mme Calmy-Rey dispose vraiment d’un staff à la hauteur, à défaut d’avoir elle-même une idée claire de ce qu’un ministre peut faire et ne pas faire en soutien à des opérations commerciales, d’ailleurs discutables dans le cas présent. On s’étonne aussi que ses collègues l’aient laissée s’enfermer dans ce piège — à moins qu’ils n’aient fait exprès...
Ce qui est sûr c’est que le mal est fait, l’image d’une Suisse fricotant avec un Etat-Voyou a fait le tour du monde, accréditant l’idée détestable que notre pays n’a pas d’amis, mais que des intérêts, en fonction de quoi quelques millions de mètres cubes de gaz valent bien un plat de lentilles.
La cheffe du DFAE a beau se défendre en brandissant les analyses de ses juristes, cela ne pèse pas lourd face aux vives critiques internationales, pour la bonne raison qu’elles sont justifiées, et doublement: d’abord, l’opération commerciale de Electricité de Laufenburg est inopportune en elle-même et, au minimum, le Conseil fédéral aurait dû émettre des réserves. Ensuite, la caution politique apportée par le gouvernement suisse a bien entendu été instrumentalisée par le pouvoir iranien qui, disons-le clairement, nous a bien eus, s’offrant à peu de frais une apparence de respectabilité.
En attendant, l’Iran continue son programme nucléaire, avec pour objectif à long terme de rayer Israël de la carte. Pour ce motif seulement, le Conseil fédéral devrait s’interdire toute relation avec ce régime. On ne peut pas à la fois faire son fond de commerce avec les droits de l’homme, et poser tout sourire à côté de ceux qui les foulent aux pieds.
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
 |