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Berne cultive le "wishful thinking"




commentaires.com - Philippe Barraud

lundi 10 mars 2008


Le Conseil fédéral a redit le 10 mars sa confiance dans l’économie suisse et dans l’emploi, malgré la crise du subprime. Pas sûr qu’il faille être rassuré...
Ce ne sont certes que des hasards de calendrier, mais tout de même: le jour où le gouvernement apportait sa réponse empreinte de sérénité au groupe socialiste, l’action UBS passait le cap des 29 francs à la baisse (elle valait plus de 80 francs en juin 2007!), la Bourse suisse alignait une énième journée de plongeon, évitant de justesse la chute au-dessous des 7000 points – mais ce n’est sans doute que partie remise: les indicateurs techniques sont résolument au rouge, et la Bourse pourrait venir «tester» des plus bas historiques, comme disent les spécialistes.
Et comme les Bourses asiatiques et européennes ont suivi le même chemin, on commence à se demander si l’optimisme du Conseil fédéral ne relève pas du «wishful thinking», cette méthode Coué à l’anglo-saxonne qui consiste à répéter tout le temps les mêmes avis positifs dans l’espoir évidemment vain d’infléchir ainsi la réalité.
Or souvenez-vous: du «wishful thinking», on en a entendu jusqu’à plus soif aux Etats-Unis, lorsque la béance de la crise de l’immobilier commençait à s’imposer: les fondamentaux sont positifs, entendait-on, l’économie est saine, la croissance se maintient... Manifestement, ces incantations magiques n’ont pas suffi. L’économie américaine est déjà en récession, le marché immobilier est sinistré, les collectivités publiques sont à sec de crédit car les banques leur refusent tout, et pour ne rien arranger le pétrole flambe. La consommation américaine, moteur de l’économie mondiale, va donc continuer à diminuer, et entraîner dans son sillage les économies de ses fournisseurs aux quatre coins de la planète: déjà, la balance commerciale chinoise ressent les effets de ce brusque refroidissement.
On peut comprendre que le Conseil fédéral ne veuille pas inquiéter inutilement l’opinion publique, prompte à aggraver les signes de ralentissement, ni casser l’optimisme affiché des chefs d’entreprises. Mais un petit peu de recul philosophique ne messiérait pas, ne serait-ce que pour ne pas se voir accusé, demain, d’avoir dissimulé les difficultés qui viennent.
Car elles viennent, hélas.



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