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"Nation arabe", concept incendiaire




commentaires.com - Philippe Barraud

mardi 16 novembre 2004


Arafat disparu, certains intellectuels occidentaux se demandent avec angoisse quel leader émergera pour conduire désormais la «nation arabe». Faut-il donc admettre qu’il y a une nation arabe, face au reste du monde?

Le concept de nation arabe, popularisé par Gamal Abdel Nasser et perpétué par les mouvements baassistes, figure en tête de la Charte nationale palestinienne (art. 1) – on comprend bien pourquoi: c’est une manière de faire endosser à l’ensemble des pays arabes le conflit israélo-palestinien.
Mais au-delà de cette appropriation opportuniste, existe-t-il vraiment une «nation arabe», et si oui, de quoi serait-elle faite? Ce qui pose d’emblée problème, c’est le côté ethnique de ce concept: pour faire partie de la nation arabe, il faudrait forcément être génétiquement un Arabe, et vraisemblablement aussi être musulman.
C’est une approche raciale, sinon raciste, de la politique mais, curieusement, cela ne paraît pas choquer grand monde. Pourtant, imaginez un instant qu’en Occident, quelqu’un décrète la «nation blanche», ou la «nation chrétienne», et vous auriez immédiatement un beau tollé - justifié par ailleurs: une «nation blanche» n’aurait de sens qu’en adversaire d’autres entités fondées sur l’ethnie ou sur la race, et ce serait un formidable recul de la civilisation.
Pourquoi donc les intellectuels occidentaux prennent-ils la notion de «nation arabe» pour de l’argent comptant (Le Temps l’a fait récemment dans un éditorial), alors même qu’elle a non seulement un caractère raciste et guerrier, mais qu’accessoirement elle est le cheval de bataille d’un Ben Laden? Ce seul fait justifierait, au minimum, un semblant de recul et de précautions oratoires.
Ce qui est vrai, c’est qu’il existe un certain nombre de pays peuplés majoritairement d’Arabes, mais cela ne suffit pas à en faire une «nation». Prenez par exemple le Maroc: il est peuplé d’environ 50% de Berbères, qui ne sont pas des Arabes, et qui seraient donc ipso facto exclus de la «nation arabe» selon des critères de pureté ethnique.
Dans une tribune enflammée parue dans le Nouvel Observateur (20 mai 2004), le journaliste français Guy Sitbon, juif d’origine tunisienne, écrivait ces lignes pessimistes: «Tous les Arabes ne sont pas terroristes, mais tous les terroristes sont arabes. (…) Le mot «arabe» évoquait naguère hospitalité, chansons et plaisir de vivre. Aujourd’hui, il est synonyme de fanatisme, d’égorgement et de massacre des innocents. (…) S’affirmer arabe n’est pas décliner son identité, c’est faire le choix d’une idéologie simpliste et meurtrière: la nation arabe doit un, s’unir, deux, chasser les étrangers, trois, combattre inlassablement par le feu Occidentaux, Américains et Juifs. Le «tout-violence».
Qu’on partage ou non la virulence du propos, il constitue une mise en évidence parfaitement claire de la double perversité du concept de «nation arabe»: d’une part elle embrigade arbitrairement des millions d’individus au prétexte de leur origine ethnique, et d’autre part elle poursuit un rêve agressif de pureté ethnique et religieuse sur son sol, voire au-delà. C’est très exactement le discours de Ben Laden et de ceux qui le suivent: épurer la «nation arabe» des étrangers et des infidèles qui souillent son territoire, avant de partir à la conquête du monde pour le soumettre à son hégémonie.



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