ico Suisse Lavaux: le rapport du Prof. Pierre Frey

1 mars 2011 | Catégorie: suisse

PIERRE FREY *

«Mon sentiment personnel est que malheureusement l’inscription de Lavaux au patrimoine mondial de l’UNESCO a aiguisé les appétits sans créer une véritable conscience de ce qui la motivait à l’origine. Je suis d’avis qu’un examen attentif s’impose d’urgence tant la situation est compromise.»

(On lira ci-dessous le rapport consacré par le Prof. Frey, historien de l’art à l’EPFL, à l’évolution du site de Lavaux depuis qu’il a obtenu le titre de Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Les intertitres sont de la rédaction.)

«Il y a lieu de tenir compte préalablement d’une donnée générale concernant la viticulture de la région. Si l’on considère le prix au mètre carré des transactions portant sur les parcelles de vigne, on a une image synthétique mais fiable de la santé économique du secteur. En Suisse, les prix des terres agricoles ne sont pas entièrement libres et les transactions sont soumises à des commissions qui déterminent le «prix licite». Le montant des transactions est donc public. Ainsi, vers 1990 le prix moyen des vignes vendues se situait autour de 130- 140 francs suisses (240.- dans certains secteurs) par mètre carré alors que vingt ans plus tard il se situe au mieux entre 60 et 70 francs suisses par mètre carré. Ces chiffres indiquent clairement que le secteur est confronté à des difficultés importantes qui occupent une place centrale dans toute réflexion portant sur la relation de l’homme et de l’environnement dans cette région.

Chasse au rendement et dilution des responsabilités politiques

Hypothèses :

– Selon certaines sources, le passage d’une culture de la vigne «en gobelets», soit un plant par échalas et un labour dans le sens de la pente, à une culture «palissée» en lignes parallèles à la pente aurait permis dans un premier temps de mettre un terme à l’érosion superficielle des sols, supprimé ainsi le fastidieux travail de transport de la terre après chaque orage, mais causerait une importante surcharge des sols en eau, ce qui contribuerait à les déstabiliser massivement. Une étude devrait établir les faits et mesurer les impacts et les conséquences des modifications intervenues en raison de ce changement du mode de culture.

­– Les exploitants tendent à faire face aux baisses de leurs revenus par des mesures de rationalisation (accès aux vignes par exemple, mécanisation maximale du travail) qui sont financées par leurs investissements directs et par les investissements publics consentis au titre des «améliorations foncières». Ces réponses ont pour caractéristiques que ceux qui les mettent en œuvre ne maîtrisent pas les externalités et ne produisent pas d’analyses des écobilans à long terme. Il se peut ainsi que les mesures prises n’occasionnent que des pics de productivité à courte échéance et qu’elles déploieront des effets pervers à long terme. Une étude centrée sur «l’économie de l’environnement» devrait permettre de mieux décrire les phénomènes et éventuellement de dégager des issues, de proposer des politiques alternatives.

– La législation et la réglementation tendant à «sauver Lavaux» est d’ores et déjà importante et contraignante, une nouvelle initiative cherchant à la renforcer, polarise le débat sans que la gestion réelle des autorisations de construire ne s’en trouve améliorée. Au contraire, les crispations qu’elle engendre bloquent les possibilités de débattre. Les législations fédérales et cantonales sur la protection des monuments et des sites semblent à première vue fournir les instruments nécessaires à l’accomplissement de leurs buts, mais toute une série de mesures administratives de report des charges entre Etat fédéral, Etats cantonaux et Exécutifs communaux, intervenues ces vingt dernières années, ont dilué les responsabilités et rendu l’application des lois et règlements incohérente et labile. Les autorités locales semblent incapables dans la plupart des cas de faire face aux initiatives des particuliers, elles ne sont pas en mesure d’endiguer un enlaidissement rapide des villages du secteur protégé. Une étude approfondie permettrait de fournir aux autorités locales des bases pour une mise en œuvre cohérente des politiques qui découlent des lois et règlements existants.

Des infrastructures surdimensionnées

A mon avis, les vues aériennes et les photographies, confirment les observations sur le terrain et mettent en évidence de très graves dérives dans la gestion de l’environnement naturel et construit. Le vignoble en terrasse a été endommagé et réduit significativement et substantiellement depuis l’inscription de «Lavaux» au Patrimoine mondial de l’UNESCO. La typologie des circulations, de verticale et piétonne qu’elle fut, est transformée en un réseau horizontal de voies de circulations et de places d’évitement dont l’importance et la densité sont clairement surdimensionnées. Elles sont autant d’infrastructures lourdes et coûteuses à mettre en place, qui vont s’avérer dévoreuses de crédits pour leur entretien alors que leur utilisation effective ne sera jamais que de quelques heures par année.

La mise en place massive d’ancrages, éventuellement rendus nécessaires par des choix de culture, l’édification des murs de soutènement rompent de manière radicale avec les pratiques anciennes. Les murs en béton armé, habillés de pierres de provenance exogène se substituent aux murets de pierres sèches ou faiblement maçonnées. Ils détruisent l’importante flore qu’hébergeaient les murs traditionnels, les habitats de la faune disparaissent également. Je m’interroge sur la possible corrélation entre ces actions sur l’environnement construit et les méthodes de cultures de la vigne, orientées sur un contrôle absolu du sol par l’apport d’intrants. Divers aménagements particuliers demandés au génie civil sont grossièrement surdimensionnés et superflus, l’automatisme seul des subventions publiques peut expliquer de tels excès.

Une volonté politique faible

Au point de vue de la protection des Monuments et de la police des constructions, j’observe que les municipalités n’ont guère de volonté d’endiguer l’enlaidissement du bâti. A leur décharge il faut dire qu’elles n’ont guère de moyens non plus. Elles tolèrent les fenêtres en PVC (dont les performances énergétiques sont notoirement faibles mais dont la mise en place donne le plus souvent lieu à des avantages fiscaux au titre de l’entretien des immeubles), des persiennes ou volets en aluminium ; acceptent sans précisions sur les couleurs et les matériaux des dossiers d’enquête publique gravement lacunaires, valident après coup des interventions réalisées «le samedi» en infraction.

L’autorité cantonale (Service des Monuments historiques) n’a pas connaissance des dossiers considérés de «peu d’importance» (de compétence municipale) et focalise son action à contretemps, occupée par exemple à entraver l’installation de capteurs solaires, pourtant réversibles et «vertueux» en termes d’environnement, alors qu’elle n’a pas de volonté ou de pouvoir d’empêcher des interventions qui altèrent lourdement, au plan de la typologie spatiale et constructive, le bâti traditionnel.

Ces attitudes laxistes sont souvent justifiées par le «réalisme» ou par la volonté de ne pas entraver le «développement économique». En réalité l’impact de ces actions désordonnées sur la prospérité est au mieux instantané, mais elles occasionnent à la longue une perte de crédibilité des autorités, qui se montreront également débiles le jour où il y aurait lieu de défendre une dérogation vraiment nécessaire pour rationnaliser une exploitation.

Le label UNESCO stimule les atteintes au site

L’exploitation des avantages provenant de l’inscription de Lavaux à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, pour le tourisme notamment, donne lieu à des initiatives qui sont, presque sans exception, autant d’atteintes au site. La transformation de l’hôtel Bellevue par exemple, satisfait sans doute aux règlements et normes, mais constitue une verrue qui se donne à voir comme une véritable encyclopédie de la vulgarité, du tape à l’oeil et du mauvais goût. Pour autant, il serait erroné de croire qu’on y a maximisé la capacité d’accueil ou les conditions d’exploitation ou de travail du personnel !

La question des transports est abordée avec la même désinvolture. Alors que le chemin de fer (ligne Vevey-Chexbres ; lignes régionales au nord et au sud du site) offre une infrastructure exemplaire, le maillage serré est abandonné à des initiatives dignes du siècle dernier. Le transport des visiteurs est confié à un improbable attelage tracté par un moteur polluant et bruyant dont ne voudrait aucune municipalité du «tiers-monde» ! Dans l’ensemble, en Lavaux comme ailleurs, la nature est considérée comme une ressource exploitable sans frein, les animaux (chevreuils, blaireaux, renards) sont considérés le plus souvent comme des prédateurs de la vigne et braconnés, de même que les vipères du Dézaley (animal protégé). Les oiseaux sont blessés par les filets qui protègent la vigne en août et septembre.

Très logiquement, dans une telle hiérarchie qui place en son sommet l’homme riche, blanc et propriétaire, les hommes au travail ne sont pas épargnés. Si un certain nombre de propriétaires vignerons travaillent la vigne eux-mêmes, beaucoup de travailleurs agricoles sont engagés à l’heure, le samedi et ne bénéficient d’aucune sécurité d’emploi, alors que les travaux saisonniers (effeuilles, vendanges) sont assurées par des équipes au noir, venant de Macédoine ou même de Thaïlande.

Mon sentiment personnel est que malheureusement l’inscription de Lavaux au patrimoine mondial de l’UNESCO a aiguisé les appétits sans créer une véritable conscience de ce qui lamotivait à l’origine. Je suis d’avis qu’un examen attentif s’impose d’urgence tant la situationest compromise.

J’espère que ces arguments retiendront toute votre attention et que vous serez en mesure de lancer au sein des instances de l’UNESCO une enquête sur cette situation.»

* Historien de l’art, professeur EPFL

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Commentaire de Jean Romain le 1 mars 2011 à 23:14

Suis-je fondé à dire que parce que c’est protégé c’est devenu plus fragile?
Bel exemple d’inversion des causalités, assez emblématique, somme toute, de notre monde à l’envers.

Commentaire de Pierre Frey le 2 mars 2011 à 8:31

Dans une certaine mesure seulement, oui. Sans la protection de Lavaux I, qui a résulté de l’initiative Weber, ce territoire serait irrévocablement perdu, mité par des villas. Ce processus était déjà engagé en 1974, il a été entravé efficacement. Ce n’est sans doute pas suivant une relation rigoureuse de cause à effet que l’inscription au patrimoine de l’UNESCO a fragilisé ce territoire, mais on observe en effet une nette aggravation depuis cette inscription qui a aiguisé les appétits de son exploitation touristique.

Commentaire de Jean-Patrice Hofner le 2 mars 2011 à 10:00

Tout à été dit et bien dit, j’ajoute simplement que “tout cela” pour faire du sous-Lavaux, vendu encore trop cher pour ce qu’il est, en supermarchés et discounters, ou des habitats du même acabit, c’est à en pleurer …reviens Gilles, ils sont devenus fous!

Commentaire de Pierre Frey le 2 mars 2011 à 12:26

“Préservez-nous de ce luxe insolent, fausse monnaie et faux-semblants, faux certificats d’origine” disait Gilles dans sa “Prière à Saint-Saphorin”. Sur ce dernier point, je suis d’accord.

En revanche, la remarque sur la qualité des vins est profondément injuste. Ils sont un certain nombre et forment une solide minorité, les vignerons de Lavaux qui “soignent” eux-même leurs vignes, qui vinifient avec intelligence et finesse, produisant des vins qui soutiennent très largement la comparaison: Blaise et Vincent Duboux, Henri Chollet, Gilles Wannaz, mes préférés et bien d’autres à découvrir.

Dans leur rang s’élèvent des voix courageuses contre le laminage du territoire, sa banalisation. Ils comprennent en effet qu’il existe un lien profond entre l’attention porté à la terre et au territoire et la qualité produite.

Commentaire de Pierre Bonnard le 2 mars 2011 à 20:56

Entièrement d’accord avec le constat de Pierre Frey.,auquel j’aimerais ajouter quelque chose d’inquiétant,l’emploi de pesticides pour le traitement des vignes. Certains, dont la pyraclostrobine massivement répandue en Lavaux, ont un impact inconnu à long terme.
Voir http://www.pesticideinfo.org/Detail_Chemical.jsp?Rec_Id=PC38957
Ils finissent dans l’eau de boisson.
Le temps du sulfatage au cuivre est-il révolu?

Commentaire de Christophe Chappuis le 9 mars 2011 à 11:47

Je lis avec intérêt les messages de personnes qui, manifestement, connaissent peu leur sujet concernant la viticulture à Lavaux. Il y a une quantité d’erreur et de croyance infondée dans ces lignes qui me surprend. En effet, certaines communes de Lavaux n’ont pas attendu la première initiative Sauvez Lavaux pour protéger leur village de la construction. Je veux parler par exemple de Rivaz ou St-Saphorin, par exemple, qui avaient mis la chose en place bien avant l’initiative. Concernant la qualité des vins, je ne peux laisser écrire, sans réagir, que la qualité des vins n’est pas à la hauteur. Les vignerons ont sans cesse améliorer cette qualité au fil des ans. Les vignerons sont très bien formés et n’ont rien à envier au vin du monde entier. En ce qui concerne la protection de l’environnement, les vignerons suisses sont à la pointe mondiale des techniques visant à réduire l’impact de leur travail sur la nature. Je vous rappelle que la Suisse est le premier pays à avoir mis en place un cahier des charges très strict pour travailler ses vignes en production intégrée (label vitiswiss). Les autres pays du monde sont d’ailleurs en train de copier notre système. Autre inéptie, tous les vignerons de Lavaux pratiquent une viticulture artisanale et non une viticulture industrielle. Le 99 % des vignerons travaillent leur domaine en famille ou avec l’aide d’un employé viticole avec un contrat de travail. Les vignerons qui ont été cités par un de vos lecteurs ne sont pas meilleurs que les autres à ce niveau là. Au sujet du prix des vins de Lavaux dans certains commerces, il est clair que les vignerons seraient les premiers contents de pouvoir vendre leurs bouteilles à des prix permettant de mettre en valeur leur travail. Malheureusement, c’est le marché des vins en général qui amène à cette situation. La suisse ne produit que 37 % de la consommation suisse, le reste étant des vins étrangers. Si les suisses consommaient plus local, nous ne serions pas dans cette situation. Il y a quand même un sérieux problème avec tous ces vins venant des quatre coins de la planète en avions, en bateaux et en camions ! Derniers points, les vignerons suisses et notamment ceux de Lavaux n’utilisent pas des pesticides dans leurs vignes, mais en majorité des fongicides contrairement à monsieur et madame tout le monde pour leurs fleurs ou leurs potagers. J’espère que ces quelques lignes auront permis à certains lecteurs de connaître un peu mieux notre viticulture. Nos vignerons ne sont pas des monstres et ils font du mieux qu’ils peuvent pour offrir aux consommateurs des vins de qualité tout en préservant la santé de leur clientèle et bien entendu la leur !

Commentaire de Gaillard Géraldine le 22 mars 2011 à 22:53

Christophe Chappuis à tout dit! Merci.
Personnellement je trouve choquant cet article qui accuse une profession qui travaille et produit depuis des générations sur ce site qu’ils respectent, contrairement à vous Mr Frey qui sous votre appellation de professeur venez donner des leçons sans fondements ! Puisque vous ne vous gênez pas, je tiens à vous dire que votre vitrine “approuvée certainement par la commune” n’est pas de mon goût! Mais je trouve que ma belle mère(depuis 10 ans) Thaïlandaise est visible mais n’a pas la marque « légale » sur son front !

Commentaire de Constant Jomini le 23 mars 2011 à 9:40

Quelle naïveté !!! Monsieur Frey et tous les gens qui partagent votre triste opinion de notre magnifique région, je vous pose une simple question :

Pensez vous sincèrement que le vignoble sud-africain est plus “traditionnel” que le nôtre, que les vignerons de là-bas sont plus respectueux de l’environnement, que les vins sont plus bio que chez nous quand ils sont vendus comme cette semaine à CHF 3.70/bt de blanc et CHF 3.95/bt de rouge chez Landi ?

Réfléchissez bien ! … …
Encore un peu … …

Réponse :

Vous déduisez la marge de Landi, puis celle de l’importateur, les frais de transport (min 15’000 km), les taxes douanières, la marge du négociant sud africain, etc…
Alors vous aurez le prix payé au producteur pour son travail soit quelques dizaines centimes par bouteille. Et vous pensez qu’avec ça il aura plus de possibilités que nous de soigner ses terres, qu’il utilisera des produits phytosanitaires plus respectueux de l’environnement (donc plus chers que les produits courants), qu’il travaillera manuellement pour ne pas utiliser “vos” moteurs polluants, et qu’au final tous les employés qui auront travaillé chez lui profiteront non seulement d’un très bon salaire mais en plus d’un système social avs et 2ème pilier tellement mieux que le notre!

Redescendez de notre nuage et arrêtez de croire que tout est mieux ailleurs. Et si vous vous êtes toujours persuadé de détenir la vérité absolue, allez jusqu’au bout de vos convictions et troquez votre place de professeur d’EPFL contre un poste égal en Papouasie par exemple, dans un petit village reculé sans béton et sans municipalité à moteur polluant !

P.s.: dans le petit robert on peu lire :

EPFL [epfl] n.m. Bâtiment construit en pierre sèche abritant plus de vipères que dans le vignoble du Dézaley.

Commentaire de Pierre.frey@epfl.ch le 23 mars 2011 à 22:44

Le vignoble Sud-Africain produit aussi des vins de très haute qualité, vendus très cher. La dernière bouteille bue par l’empereur Napoléon était du “Groot Constantia”, un domaine prestigieux au Sud de Cape Town.

J’ai entendu récemment un vigneron et syndic de Lavaux expliquer que ses concurrents étaient des producteurs allemands, dont les chasselas étaient importés au prix de 2,40 le litre, franco la Suisse !

Il est certain que si le “business plan” de la viticulture en Lavaux est de concurrencer de telles boissons alcoolisée à base de jus de raisin que l’on n’ose qualifier de “vins”, l’avenir s’annonce sombre.

C’est un peu comme si Hermès venait se plaindre de la concurrence que lui ferait “Zara” ou “H & M”. !

Telle n’est pas l’attitude de tous les producteurs. Beaucoup d’entre eux, y compris à Lavaux, ont fait le choix le choix de la qualité, du haut de gamme. Le plus souvent leurs méthodes du culture sont aussi les plus respectueuses de l’environnement naturel et construit. Elles vont de la “production intégrée” à la biodynamie, leurs vins sont de très haut niveau et se vendent. Ils ne se plaignent pas de la concurrence de boissons sans valeur. produites n’importe comment.

D’autres secteurs de production, d’autres vignobles ont fait les mêmes expériences. Mais partout, les éléments les plus faibles, n’ont pas su s’adapter, ils ont disparu.

Commentaire de Longet Patricia, cave de Moratel, Cully le 24 mars 2011 à 15:27

Tout à fait d’accord avec M. Chappuis

La plupart des domaines vignerons sont des entreprises familiales.
Leurs vignes se situent à moins de 5 km de leur cave, lieu de vinification et de vente ; le bilan écologique au niveau du transport est donc très bon; les transports étant réduit au minimum.

Le label Vitiswiss et les mesures de protection intégrée appliqués depuis longtemps contribuent à protéger l’environnement.

Les chemins construits permettent de maintenir l’entretien des parcelles de vignes éloignées et difficile d’accès, parcelles qui seraient peut-être sans celà abandonnées et laissées en friche.

N’oubliez pas que le paysage que vous admirez est faconné par le travail des vignerons.

Commentaire de Constant Jomini le 24 mars 2011 à 16:07

Je suis ravi de constater que vous pensez que les vins étangers dont je parlais sont “sans valeur” et “produits n’importe comment”.
Dès lors, je réalise qu’au fond de vous même vous appréciez certainement le soin et la qualité des vins que nous produisons ici à Lavaux, et que contrairement à vos propos très critiques envers notre profession et ses intervenants, vous savez que nous sommes dans le “véritabe” et “sérieux” de la viti-viniculture mondiale.
J’ai volontairement pris l’exemple sud-africain qui est extrême, et je rejoins mon collègue vigneron et syndic dont je ne connais pas le nom, qui présentait l’exemple allemand. Il faut savoir qu’en Suisse on ne produit que 37 % de la consommation comme le précisait Christophe Chappuis dans son réctificatif ci-dessus.
Il est donc necéssaire d’importer des vins étrangers pour subvenir à la consomation de vins en Suisse. Paradoxalement, le droit de production de vin en suisse est géré par la confédération et les cantons qui le modifient en fonction de la consommation. En résumé, moins on consomme de vins suisse, moins on a le droit d’en produire. Dès lors, on peut facilement imaginer que si on autorise et facilite l’importation de vins “produits n’importe comment” et “sans valeur”,on assistera dans les prochaines décénies à la décadance de notre vignoble comme en Italie, dans le vignoble des Cinque Terre, lui aussi classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Concernant le choix de la qualité, je l’ai fait avant bon nombre de mes collègues, qui heureusement ont suivi le mouvement lancé par les plus dynamiques de notre vignoble. Il y a plus de vignt ans que nos vins sont labelisés par Terravin chaque année, primés par Vinavenir et l’OVV, et même issés au rang de meilleur Chasselas vaudois, deuxième meilleur Suisse en 2003 !
J’ai également été un des premiers vigneron de la région à inscrire l’entier de mon domaine en P.I.
Je pense même avoir une longueur d’avance puisque en plus d’être le premier vigneron suisse (et encore le seul) membre de l’association d’entrepreneurs “1 % for the planet” ( qui reverse annmuelement 1 % de son chiffre d’affaire à une organisation écologique à but non lucratif) depuis plus de trois ans, j’ai lancé cette année un concept de proximité appelé “www.eco-lavaux.ch” qui cherche à sensibiliser le consommateur aux effets négatifs de surconsommation d’énergie liée à l’importation massive de vins produits à l’autre bout de la planète ! Je redonne 10 % du prix de vente de ce vin et c’est le consomateur qui choisit à qui le don sera versé.
Comme quoi il ne faut pas tirer de généralités sur “les vignerons” de Lavaux, et que ” l’inscription de Lavaux au patrimoine mondial de l’unesco N’A PAS aiguisé l’appétit des vignerons sans créer une véritable conscience de ce qui la motivait à l’origine” !

Et je suis heureux de cotoyer bon nombre de collègues et amis de ma proffession qui partagent mon avis et par conséquent, PAS LE VOTRE dans vos propos cité en titre.

Au plaisir de débattre de ce sujet autour d’un verre de ma production, je vous accueille volontiers dans ma cave pour que vous puissiez constater par vous-même que mes propos ne sont pas de vains mots, mais de “vins mots”…

dont la quasi totalité des murs (à part les murs des chemins AF) sont encore en pierres

Commentaire de Christophe Schälchli le 24 mars 2011 à 16:32

Une chose est sûre: le “Jomini Barrique” est un grand vin qui fait plaisir à déguster.

Commentaire de Nicole Gross, syndic d'Epesses le 25 mars 2011 à 13:22

Votre vision apocalyptique d’un Lavaux « irrévocablement perdu, mité par les villas » sans la protection instituée par l’initiative Franz Weber appelle quelques correctifs. Le législateur n’a pas attendu Franz Weber pour instituer une base légale relative à l’aménagement du territoire. La gestion d’un sol limité par les caractéristiques topographiques particulières de la région de Lavaux a été encadrée par un ensemble de lois et règlements assurant la préservation du territoire tout en permettant le déroulement des activités humaines. Ce cadre a été renforcé par la loi-cadre sur le plan de protection de Lavaux initié par Franz Weber en 1979. Ceci pour confirmer qu’on ne peut pas faire « n’importe quoi, n’importe où » comme vous le prétendez. Vos attaques contre les syndics de Lavaux, véritable fossoyeur du territoire à vos yeux, placent le débat au niveau de la polémique démagogique. Et la vision d’un Dézaley abandonné par les vignerons et bétonné par les promoteurs immobiliers relève de la caricature. Elevons le débat pour que les générations futures aient à leur disposition un sol dont ils seront fiers, à l’image des vignerons d’aujourd’hui redevables à leurs aïeuls d’avoir été les véritables gardiens du paysage de Lavaux.

Commentaire de pierre.frey@epfl.ch le 26 mars 2011 à 1:13

Merci M. Jomini de votre invitation à boire votre vin et à débattre, j’y donnerai suite. J’apprécie je soin que vous mettez à construire votre argument, même si des désaccords nous divisent sans doute. Dans la forme et le fond, votre intervention honore l’idée du débat démocratique et se distingue de ce qu’on a pu lire plus haut.

Madame Gross, votre texte commence par une contre-vérité, vous mettez entre guillemets et vous portez implicitement à mon compte des termes que vous avez inventés pour dramatiser l’argument. Je ne les ai jamais tenus, jamais écrit et vous le savez.

Votre action en qualité de syndic d’Epesses depuis 1998 est par contre une démonstration éloquente dans les faits, de la manière critiquable dont les autorités locales ont rempli leur mission. Deux exemples:

Comme chef de l’exécutif, vous êtes comptable de la rénovation du “Vieux collège” d’Epesses qui a englouti environ 2,4 millions et n’offre que des appartements chers et sans intérêt (vue sur la route…) dont les locataires changent sans cesse.
Du même coup, vous avez privé le village de logements, qui même rénovés simplement pouvaient continuer à être loués à bas prix et satisfaire par exemple la demande du personnel des exploitations viticoles.

Faut-il ajouter que l’annexe semi-circulaire a été édifiée surtout pour empêcher un voisin, vigneron-encaveur de disposer d’un dégagement qui lui eût pourtant été fort utile ?

Vous répondez également du dispositif consistant à avoir placé une déchèterie à l’entrée du cimetière; une manière incompréhensible d’insulter les ancêtres qui y sont enterrés et de dire votre mépris pour ceux d’entre nous qui un jour où un autre y seront portés.

Et ne venez pas nous dire que “ce n’est pas terminé”, parce que si votre intention avait véritablement consisté à couvrir cette chose, vous auriez mis ces travaux au budget et à l’enquête publique. En outre l’argument selon lequel l’ancien emplacement était visuellement choquant ne tient pas davantage, il était moins visible et aisé à enclore ou à couvrir.

Avez-vous jamais observé que souvent les visiteurs étrangers parcourent les allées des cimetières pour connaître les patronymes du lieu ? Pratiques de voyageurs cultivés. A Epesses, ils seront à jamais édifiés !

Ces deux exemples très flagrants d’enlaidissement de Lavaux, dont vous portez personnellement la responsabilité ont une caractéristique commune: ils ne contribuent en rien à faciliter l’exploitation des vignes et ils ne contribuent en rien au rayonnement et au prestige de la région.

Au contraire, la clientèle que cherche à séduire une viticulture de haut de gamme, voyage, observe l’effort minutieux et les investissements importants que consentent d’autres régions (le Chianti par exemple); elle se montre informée et exigeante quand à la qualité de l’environnement naturel et construit, au soin mis à son entretien.

Cette clientèle sait profondément qu’il existe une relation entre le soin et le respect porté au territoire et la qualité de ce qui est dans le verre. Cette clientèle est aussi capable de payer le prix.

Allez vous promener en amont de Sion, le long du bisse de Clavaux, observez comment ces trois hectares de terrasses vertigineuses sont entretenues “à l’ancienne” et demandez-vous comment il se fait que les familles Gilliard et Varone, qui affrontent les mêmes conditions de marché que nous, s’en sortent !

Vous me blâmez d’avoir décrit ces laideurs mais vous vous acquittez bien vite de les avoirs commises ! Considérez, au moins par hypothèse que l’amour d’un terroir peut s’exprimer par la colère contre ceux qui le détruisent sans raison ni bénéfice !

Commentaire de Christophe Chappuis le 26 mars 2011 à 12:29

Ce qui m’attriste en lisant tous ces commentaires, c’est que nous voulons tous le bien de notre belle région mais qu’il semble impossible de le faire d’une même voix. Tout est une affaire de consensus, de discussions constructives. On fait toujours certaines erreurs, c’est normal ! Il n’y a que ceux qui n’entreprennent rien qui n’en font pas ! Le but étant d’en faire le moins possible ou de les corriger si possible.
En ce qui concerne nos vins, boissons de partage et de plaisir, je suis aussi persuadé que dans quelques années, quand ils auront acquis une notoriété à l’étranger, nous pourrons les offrir à des prix plus en rapport avec tout le travail que demande le soin de nos vignes en terrasses. Mais à l’heure actuelle, la viticulture est dans une période difficile et il nous faut faire le dos rond quelques temps. Il faut voir l’avenir avec optimisme et se battre pour convaincre les suisses de boire local et d’ être fier de leurs producteurs. Et pour ça, je crois qu’on est tous d’accord !
Santé !

Commentaire de pierre.frey@epfl.ch le 26 mars 2011 à 16:12

Il est réjouissant de constater que mis à parts quelques grognements déplacés, un débat s’établit et je suis heureux de lire la contribution de M. Chappuis. Le problème est peut-être un peu plus ardu dans la mesure où il ne s’agit pas de “certaines erreurs”, mais d’une manière de faire du passé avec laquelle il est impératif de rompre si on veut s’en sortir “par en haut”.

Seul le travail de terrain compte. Les lois, je l’ai dit et répété sont suffisantes, mais il faut les appliquer avec intelligence et il faut avoir un projet clairement explicité qui intègre ces notions de qualité des produits et d’harmonie avec le soin à l’environnement qui permet de les créer.

Dans deux semaines, nous aurons de nouvelles municipalités et on peut espérer que leur profil sera sensiblement meilleur que jusqu’ici. Des importants contributeurs au budget de la CIL, comme Lutry et Bourg-en-Lavaux vont être en situation de reprendre la main et de lui imprimer une volonté nouvelle. Le gestionnaire du site se trouvera renforcé dans son action.

C’est l’unique chance de progresser et d’éviter le double écueil que constitue d’une part le projet de loi de la commission du Grand Conseil et la menace d’une loi Weber III ou IV.

Faire le dos rond, n’est pas une politique, seul le meilleur est souhaitable. Il existe des centaines d’exemples de valeur et le district a toutes les compétences pour bien faire.

A titre personnel, permettez-moi de dire que je me verrai bien plus volontiers à mettre mon expertise à disposition dans mon domaine de compétence que des dénoncer des fautes aussi grossières que celles que j’ai relevées à Epesses.

Commentaire de suzanne deblue le 31 mars 2011 à 22:11

Malheureusement les villages de Rivaz, St-Saphorin, Epesses, Riex et les autres ne sont pas protégés. Si vous regardez la carte des zones, vous verrez que chaque village de Lavaux s’est réservé la possibilité de construire une petite banlieue. Ces zones actuellement plantées en vigne ou en nature de jardin tout autour de ces anciens petits bourgs peuvent donc être demain transformés en petits immeubles….de luxe ça c’est sûr. Il n’y aura donc plus que les cartes postales pour nous souvenir de comment c’était avant. Allez donc voir déjà à Aran : 5’000 m2 de terrains en nature de prés et de jardins sont en train de disparaître pour faire place à un nouveau quartier d’appartements de luxe. Avec la bénédiction des autorités qui auraient pourtant pu faire oeuvre de défenseur du label UNESCO puisque la commune est majoritairement propriétaire avec 3’000 m2.
Suzanne Debluë 1095 Lutry

Commentaire de Glaisen Marc le 15 avril 2011 à 14:53

L’article paru ce vendredi 15 avril dans Le Temps ne manquera pas d’intéresser certaines personnes..

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0caaa312-66d7-11e0-916a-58689a6a8c32/Le_vigneron_qui_veut_pacifier_Lavaux

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